Conférence de presse Nick Cassavetes et Gena Rowlands

Stéphane Argentin | 8 septembre 2004
Stéphane Argentin | 8 septembre 2004

Nick, est-t-il difficile de diriger sa mère ? Quant à vous Gena, est-ce difficile d'être dirigé par son fils ?
Nick Cassavetes : Ce n'est pas difficile le moins du monde. Nous sommes une famille d'amoureux de cinéma et ce n'est finalement qu'une extension logique de notre vie quotidienne. Donc, lorsque nous sommes ensemble sur un tournage, je suis le réalisateur, elle est l'actrice et nous nous entendons très bien.
Gena Rowlands : Nick est formidable. Je sais que je devrais trouver quelque chose de terrible à dire à son sujet mais en l'occurrence, je ne trouve rien. En plus de cela, comme il possède un grand sens de l'humour, tout comme James Garner, l'atmosphère était constamment détendue sur le plateau, même pour les scènes les plus sérieuses.

C'est une magnifique histoire d'amour qui traite également de la mémoire et des souvenirs ? Quelle partie vous a le plus attiré ?
Cassavetes : Quand on m'a offert la réalisation de ce projet, son script était déjà intégralement rédigé mais je m'étais déjà engagé sur autre chose. Ce qui m'a fait changer d'avis, c'est la singularité avec laquelle l'histoire traite d'un amour unique qui dure jusqu'à la fin de la vie de ce couple, même si le scénario qui m'a été présenté approfondissait bien davantage la thématique de la maladie d'Alzheimer. Mais selon moi, une fois parvenue en salle de montage, c'est en quelque sorte le film qui vous dicte à quoi il doit ressembler et non l'inverse. Et au final, ce film là ne s'attarde plus autant sur la maladie mais plus sur la question suivante : « Peut-elle ou non se souvenir de lui ? ».
Rowlands : Tout simplement le fait que c'était la première fois que je rencontrais une histoire qui avait le courage de parler d'un amour inaltérable. Et si le film rencontre un tel succès, je crois que c'est tout simplement lié au fait que de nombreuses personnes de part le monde croient en cet amour unique.

Vous êtes-vous spécialement préparée pour ce rôle d'une personne atteinte par la maladie d'Alzheimer ?
Rowlands : Malheureusement, ma prestation n'est pas liée à mon seul talent pour la simple et bonne raison que j'ai vécu pareille expérience avec ma mère qui était très âgée et atteinte par cette maladie. Donc, je n'ai rien eu à inventer pour interpréter mon personnage, je me suis contenté de me rappeler cette terrible épreuve que j'avais déjà traversée, et je crois que Nick s'est lui aussi souvenu de cette maladie qui a frappée sa grand-mère. C'est une bonne chose que ce film aborde cette maladie de front. Quand j'étais plus jeune, le mot « cancer » était tabou et du jour où la femme du président des Etats-Unis a annoncé publiquement qu'elle avait un cancer du sein, la recherche a fait un bond en avant significatif. J'espère que ce film aura le même impact pour la maladie d'Alzheimer.

Qu'en est-il du casting ? Gena Rowlands, James Garner, Ryan Gosling et Rachel McAdams ont-ils tous les quatre fait parti de ce projet dès le départ ?
Cassavetes : À la lecture du script, j'ai immédiatement su que je voulais Gena et James pour le couple âgé. Pour les deux autres, comme il s'agit là d'un film américain, je vous laisse imaginer la liste de noms qui m'a été présenté pour ces rôles. Et comme ils voyaient que je n'étais pas très enthousiaste face à cette liste (par « ils », je vous laisse imaginer de qui je veux parler), ils m'ont posé la question : « Qu'est-ce qui ne vous plait pas dans cette liste ? ». Ce à quoi je leur ai répondu : « Si une personne doit tomber éperdument amoureuse à vie d'une autre, je préfèrerais avoir des acteurs que je n'ai pas déjà vu dans pareille situation dans quatre ou cinq autres films au préalable. » Et ils ont bien voulu accéder à ma requête en me laissant choisir qui je voulais. J'avais vu un film intitulé The believer de Henry Bean dans lequel j'ai trouvé Ryan Gosling absolument fabuleux. Donc, je l'ai appelé pour lui proposer le rôle et il m'a répondu : « Pourquoi tu as pensé à moi, je ne joue pas dans des films romantiques ? ». Et je lui ai dit : « Ca tombe bien, moi non plus ! ». Quant au rôle féminin, le jour où Rachel est venu auditionner, l'alchimie avec Ryan était si évidente que le choix s'imposait de lui-même.

Et vous, Gena, quelle ont été vos contacts avec Ryan et Rachel ? Les connaissiez-vous avant le tournage ou non ? Et que pensez-vous de leurs prestations à l'écran ?
Rowlands : Je ne les ai rencontré qu'au tout début du tournage. Je ne leur ai donné aucun conseil car je ne crois pas que cela leur aurait été d'une aide quelconque. Quant au résultat, je les trouve tout simplement exceptionnels tous les deux.
Cassavetes : J'ai justement une anecdote au sujet de la préparation de Ryan Gosling. Nous étions déjà en Caroline du Sud en train de préparer le tournage tandis que Gena Rowlands et James Garner ne nous avait pas encore rejoints. Et Ryan est venu me voir pour me faire part de ses inquiétudes quant aux différences physiques entre lui et James Garner. Ryan a les cheveux blonds tandis que ceux de James sont noirs, il a les yeux bleus, ceux de James sont marrons, quel accent il devrait prendre… ? Et il n'arrêtait pas ! Donc, j'ai fini par le mettre en relation téléphonique avec James Garner et leur conversation a été à peu près la suivante :

« Bonjour, M. Garner, ici Ryan Gosling. Je suis du Canada vous savez !
–Je suis content pour vous mon p'tit gars !
–J'aimerais mettre au point différentes petites choses avec vous car comme vous le savez, nous sommes censés interpréter la même personne à des époques différentes. Nous devrions par exemple nous mettre d'accord sur l'accent.
– Je ne prends jamais d'accent pour mes rôles, c'est stupide !
– Mais il faudrait tout de même que je fasse quelque chose pour ça car je viens du Canada.
– Faites ce que vous voulez et j'en ferais de même !
– Mais comment faire pour les yeux ? J'ai les yeux bleus.
– C'est ce que j'ai entendu dire !
– Vous pourriez peut-être porter des lentilles de contacts bleues ou bien je devrais peut-être en porter des marrons ?
– Des lentilles, mon cul !
– Et à propos des cheveux ?
– Tout le monde sait que les cheveux de James Garner sont noirs !
– Eh bien, je pourrais peut-être justement me teinter les cheveux ?
– Bien, content d'avoir parlé avec vous mon p'tit gars ! »

Ce film traitant du souvenir et de la mémoire, pourriez-vous tous les deux nous livrer votre première émotion au cinéma ?
Cassavetes : Je dirais que la première fois où je me suis littéralement retrouvé bouche bée devant un film, c'était Notorious d'Alfred Hitchcock et notamment la scène où la bouteille de vin se brise et où rien ne se passe. Ce film et cette scène en particulier ont véritablement lancé mon intérêt pour le cinéma.
Rowlands : En ce qui me concerne, quand j'étais très jeune, Bette Davis était partout ! Elle était très différente des autres actrices de l'époque et j'étais impressionné par sa grâce, son attitude, ses rôles. J'admirais tout ce qu'elle faisait.

Nick, croyez-vous plus facile de devenir réalisateur lorsque l'on a ça dans le sang ?
Cassavetes : Lorsque j'habitais encore chez mes parents, ma chambre à coucher me servait de salle de montage. Aux Etats-Unis, il y a deux façons de devenir réalisateur aujourd'hui. D'un côté, il y a ceux qu'on appelle les « shooters », qui viennent notamment de l'univers du clip et qui attachent beaucoup d'importance à l'image. De l'autre, il y a ceux qui écrivent une histoire de leurs propres mains et qui ne veulent laisser personne d'autre qu'eux la mettre en scène. C'est un peu la manière forte, vous devenez réalisateur en faisant du chantage. En ce qui me concerne, c'est ainsi que je suis devenu metteur en scène.

Nick, jusqu'à présent, vous avez fait quasi exclusivement des drames à petits budgets. Peut-on en conclure que ce type de films a votre préférence et que vous êtes un directeur d'acteurs ?
Cassavetes : Sur un film, vous avez de nombreux « outils » dont vous pouvez faire usage pour raconter votre histoire, aussi bien au niveau de l'image que du son. Les acteurs sont l'outil absolu. Vous aurez beau avoir le meilleur script au monde et tentez de vous démener autant que vous le voudrez avec vos autres outils, si vous n'avez pas de bons acteurs, vous n'obtiendrez jamais un bon film. J'ai eu la chance en ce qui me concerne d'avoir de très bons acteurs sur chacun de mes films. Lorsque c'est le cas, il vous suffit de les mettre en confiance en leur parlant énormément car ça leur montre que vous croyez en eux. Et pour ma part, je crois aux acteurs et en ce sens, j'espère en effet être un directeur d'acteurs qui continuera encore longtemps à raconter des histoires au travers d'eux.

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