Nous sommes tous les zombies de George A. Romero

Mise à jour : 18/09/2017 20:49 - Créé : 17 juillet 2017 - Simon Riaux
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Ecrire « George A. Romero est mort », c’est fatalement, l’espace d’une seconde, imaginer cet homme à l’état de cadavre. C’est, le temps d’un battement de cils, accepter que l’homme qui nous a appris à redouter les corps, soit lui-même allé grossir les rangs de l’armée anonyme des monceaux de chairs. Idée vertigineuse, ritournelle évidente et néanmoins d’une impeccable cruauté.

Avant le grand George, un zombie n’était pas un mort-vivant. Il fut le visionnaire qui nous permit d’entrevoir, derrière la putrescence des chairs, au-delà de la déprédation des corps, le néant que nous promettait notre société de consumation. Cet horizon encombré de millions de corps, réduits à un instinct de pure dévoration était à la fois notre devenir, le repoussoir contre lequel il nous mettait en garde, et le miroir funeste qu’aucun d’entre nous ne pouvait s’interdire de regarder.

 

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La Nuit des Morts-Vivants (1968)

 

Ces héros qui se massaient dans une bâtisse promise à l’apocalypse, ces survivants qui refusaient de voir dans leur fort en forme de supermarché un tombeau, ces soldats qui espéraient trouver dans le cerveau décati de Bub une réponse, ou encore les désespérés qui espéraient quitter l’enfer à bord du Dead Reckoning, tous reproduisaient un tropisme évident, celui du spectateur, prêt à se masser dans les ténèbres de la salle, pour peu qu’on lui promette une apocalypse à laquelle il ne serait jamais confronté.

Pourtant, la répétition du même, l’horreur du similaire, l’avènement des simulacres et la tristesse indicible des corps désarticulés est advenue, sous les yeux mêmes des cinéphiles, et souvent avec leur consentement enthousiaste.

 

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Zombie (1978)

 

Quelques heures avant que les Internets ne s’émeuvent de la disparition de George A. Romero, père des zombies, ces mêmes réseaux sociaux célébraient avec moult joie des annonces du D23, grand-messe au cours de laquelle Disney dévoilait les premières miettes de ses prochains assauts sur les écrans. Trois années d’annonces. Deux malheureux films originaux perdus dans une multitude de suites, de répétitions et autres décalques.

 

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Le Jour des Morts-Vivants (1985)

 

George A. Romero nous manque. À lui seul cœur palpitant d’un des pans les plus fascinants de la culture occidentale, il fut également le maître d’œuvre de Martin, chef d’œuvre ascétique qui pointait du doigt notre rapport à la communauté et à la croyance. Il fut l’ordinateur de La Nuit des Fous Vivants, sommet de terreur azimutée, l’équinoxe de la Season of the Wich, le maître à penser d’un inoubliable Creepshow, un artiste dont on cherche encore les Incident de Parcours, tant sa carrière fut une plongée éclairante dans le devenir-clone de notre civilisation.

George A. Romero nous donnait à voir l’horreur absolue d’un univers dénué de palpitation, où des hordes de spectres à température ambiante réduisaient à la seule force de leurs mâchoires tièdes toute singularité à l’état de purée sanguinolente. Reste désormais à décider de quel côté nous nous rangeons. 

 

Photo Land of the dead

Land of the Dead (2005)

 

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Diary of the Dead (2007)

 

commentaires

LaTeub 17/07/2017 à 12:45

Non, non, noooooon! Triste, merde...:(

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