L'indéfendable : Basic Instinct 2, le gros nanar pas sexy avec Sharon Stone

Mise à jour : 23/09/2017 15:01 - Créé : 15 juillet 2017 - Geoffrey Crété
Sharon Stone
9 réactions

Parce que le bon sens a ses limites, certains films restent difficiles voire impossibles à défendre. Ecran Large leur consacre donc une rubrique spéciale : les indéfendables. L'occasion de revenir sur des ratages plus ou moins célèbres et controversés, salués par la presse, le public ou les deux.

 

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"La comédie accidentelle de l'année" (Boston Globe) 

"Fabriqué à ce point d'artificialité et de manque d'inspiration, le salace, ça lasse" (Les Inrocks)

"Jadis à tomber, Sharon Stone succombe à une vulgarité évocatrice de la Française Régine" (Les Cahiers du cinéma)

"Pire qu'un mauvais film, un sale produit mercantile et ne s'en cache même pas " (Mad Movies)

"Il y a des jouets gonflables plus vivants que Sharon Stone. Ce n'est pas un thriller érotique, c'est de la taxidermie" (New York Post) 

 

   

LE RESUME EXPRESS

Catherine Tramell vit à Londres et s'ennuie. Elle plonge donc dans la Tamise en voiture de course, tout en se doigtant avec la main de son petit ami sportif, qui en meurt.

Soupçonnée de l'avoir tué, elle suit une thérapie avec Michael Glass, un psy divorcé avec quelques problèmes de colère qui a l'impression que Catherine est une grosse menteuse pathologique. Alors qu'il commence à avoir envie de (se) la taper, les cadavres se multiplient : un journaliste qui préparait un article méchant sur lui, son ex-femme égorgée dans les chiottes.

Enervé, Michael couche avec Catherine et essaie de la tuer. Il est encore plus énervé quand il lit son nouveau roman : l'histoire d'un psy. Il pense que Catherine va tuer une pote à lui comme raconté dans le roman, mais Michael pète un plomb : il tape son amie, et tue le policier sur les conseils de Catherine, parce que pourquoi pas.

Michael finit dans un hôpital psychiatrique. Catherine lui rend visite et essaie de tous nous aider à comprendre le film : elle a manipulé le pauvre homme et l'a poussé à commettre tous ces meurtres. Magie, ni lui ni le public ne l'a vu venir. Elle est ravie.

FIN

 

Photo Sharon Stone

Collection Sharon pouffe de luxe automne-hiver 2006

 

LES COULISSES

Les coulisses de Basic instinct 2 ont été plus palpitants que le film lui-même. Annoncé en 2000 avec une sortie en 2002, la suite du Basic Instinct de Paul Verhoeven mettra six ans à arriver, en grande partie parce que trouver un acteur et un réalisateur sera compliqué. Michael Douglas aurait refusé de reprendre son rôle, de nombreux noms (Robert Downey Jr., Harrison Ford, Ewan McGregor, Jude Law, Pierce Brosnan, Kurt Russell ou encore Bruce Greenwood) ont circulés, David Cronenberg aurait témoigné un certain intérêt avant de rencontrer Sharon Stone et changer d'avis, et John McTiernan décide de s'en aller à son tour pour réaliser Basic à la place. Le plus drôle : Sharon Stone aurait posé son véto sur Benjamin Bratt (qu'elle croisera néanmoins dans un autre nanar, Catwoman).

Lorsque la MGM décide d'abandonner le film en 2001, l'actrice s'énerve : elle attaque les producteurs Andrew G. Vajna et Mario Kassar (déjà derrière le premier film), estimant avoir été lésée. Elle réclame 14 millions, expliquant avoir refusé plusieurs offres à cause de cet engagement qui lui promettait ce salaire, ainsi qu'une participation sur les recettes. Stone parle d'une clause "pay or play", qui signifie que l'acteur sera payé que le film se fasse ou non. Les producteurs démentent.

En 2004, contre toute attente, l'affaire est réglée : Sharon Stone a trouvé un accord avec Vajna et Kassar, et Basic Instinct 2 est remis en route. En 2005, le film est enfin annoncé : l'histoire ne se déroule plus à New York mais à Londres, David Morrissey donnera la réplique à Sharon Stone, et Michael Caton-Jones (Rob RoyLe Chacal) est choisi pour réaliser. Preuve d'une production tout à fait normale et sérieuse : il n'aura que cinq jours entre la fin du tournage de Shooting Dogs et celui de Basic Instinct 2, résumant clairement son rôle à un simple exécutant puisqu'il ne pouvait activement participer à la pré-production.

Jerry Goldsmith était a priori d'accord pour revenir, après avoir composé la superbe musique du premier film. Il est mort avant, en juillet 2004. 

  

Photo Sharon Stone

"Stp, shoote Catherine, je veux plus jamais jouer ce rôle" 

 

LE BOX-OFFICE

Bide. Basic Instinct 2 a coûté officiellement 70 millions, et n'a même pas atteint les 39 millions au box-office mondial. Très, très loin du premier film de Paul Verhoeven, qui avait coûté à peine 50 millions et engrangé près de 353 millions en 1992. Le cinéaste néérlandais ne tirera pas sur l'ambulance : interrogé sur le flop, il parle d'une Amérique de plus en plus conservatrice.

Avec une audace qui frôle l'indécence, Sharon Stone déclarait quelques semaines après la sortie que le scénario de Basic Instinct 3 était en cours d'écriture : l'histoire se déroulait à nouveau en Angleterre, mais elle souhaitait ne pas reprendre le rôle de la psychopathe pour réaliser le film à la place. La chose n'a bien évidemment pas eu lieu, et n'a d'ailleurs pas été discutée au-delà de ses déclarations.

Une version longue sortira, et sera une mauvaise blague : avec quelques minutes supplémentaires parfaitement insignifiantes. Environ 17 minutes de scènes coupées seront livrées sur le DVD, mais là encore rien de notable, hormis peut-être une scène de triolisme avec Catherine, Michael et une amie.

Le film sera sacré aux Razzie Awards : pire film, pire actrice, pire suite, pire scénario. Il sera également nommé pour pire couple de l'année, pour les deux seins de Sharon Stone.

 

Photo Sharon Stone, Charlotte Rampling

Charlotte Rampling lorsqu'elle réalise qu'elle a signé pour ce film 

 

LE PIRE

Basic instinct 2 a plus à voir avec Sliver, thriller oublié des années 90 où Sharon Stone réessayait déjà d'exploiter le filon, qu'avec le film culte de Paul Verhoeven : une mauvaise parodie du thriller avec Michael Douglas, qui se prend dramatiquement au sérieux malgré une intrigue ridicule, des acteurs en roue libre et une somme d'hommages médiocres qui ressemblent presque à un sketch du Saturday Night Live.

Par où commencer ? Michael Glass peut-être, nom du nouveau personnage masculin en gros clin d'œil à Michael Douglas, qui a eu la présence d'esprit de ne pas revenir. Ou l'immeuble-pénis de Londres peut-être, hautement mis en valeur par la mise en scène pour renforcer la sensualité du film. Sharon Stone, dans l'une de ses pires performances, d'un grotesque absolu tant l'actrice pourtant fantastique dans le film original s'enterre dans un défilé de poses et postures risibles - regard de braise détecté dans chaque scène, comme un signal lumineux « Attention psychopathe ».

La pauvre n'est pas aidée par l'affreux scénario de Leora Barish et Henry Bean, rempli de dialogues de série Z : "Je suis traumatisée, qui sait si je vais pouvoir jouir à nouveau", "Alors, c'est ici qu'on va le faire ?", "Le problème des psy : trop de réponses, trop de questions, personne ne tire son coup" "Le prend pas si mal. Même Oedipe n'a pas vu sa mère venir". L'espèce de twist censé renverser le film (Michael a tué tout le monde ! mais ne s'en souvient pas ! et vous êtes étonnés puisqu'on vous a montrés le contraire !) relève du degré zéro de la dramaturgie, et est si bête qu'il mérite d'être considéré comme un autre mensonge de cette succube de bas étage pour un peu aider le film.

 

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Michael Douglas, Sharon Stone : le seul Basic Instinct à retenir

 

Le film entier hésite entre le remake du film de Paul Verhoeven et une autre chose encore non identifiée - une version un peu chère de Hollywood Night peut-être, ou une vengeance savamment orchestrée pour flinguer la carrière de Sharon Stone. La scène du fameux croisé de jambes, la scène où le héros change sa manière de faire l'amour, la scène de voiture qui file à toute vitesse, le personnage masculin qui déraille pour se laisser peu à peu consumer par ses pulsions destructrices, la scène dans un club branché qui finit dans les toilettes : Basic Instinct 2 regorge de lourdes références au premier film. La fixation sur l'interdiction de fumer est presque drôle : elle est rejouée plusieurs fois, témoignant de la simplicité dramatique d'un scénario qui met en scène les rapports de force de manière bien stupide.

Il y aura même des dialogues dédiés aux personnages du film de Verhoeven : une mention de Johnny Boz, une autre du policier Phil Walker, et une discussion sur Nick Curran, qui sous-entend que Catherine l'a tué et a encore une fois échappé à la justice.

 

Sharon Stone

Flashback : Sharon Stone réalise que le premier film était bien, lui

 

Basic Instinct 2 est le film du "trop" : trop de vêtements de luxe pour Sharon Stone, trop de regard torride de Sharon Stone, trop de second rôle inutiles, trop de meurtres, trop de spectaculaire. La partition musicale de John Murphy a beau pomper allègrement celle de Jerry Goldsmith, fabuleuse, il n'y a plus aucun trouble, plus aucune étrangeté, plus aucun mystère : cette suite verse dans le thriller de pacotille, et y plonge la tête la première jusqu'à un épilogue dans un hôpital psychiatrique. Même le pic à glace, mis en avant sur l'affiche française, est trop gêné pour jouer un quelconque rôle dans l'intrigue.

Basic Instinct 2 est donc à ranger parmi les nanars cosmiques de ces dernières décennies, laissant même l'étrange impression que Sharon Stone est plus convaincante dans Catwoman de Pitof. Le triste retour de Catherine Tramell n'est qu'une occasion pour elle de jouer à la vieille Barbie intouchable, irréelle, artificielle, sexualisée à outrance mais sans aucune fêlure ni humanité, contrairement au film de Verhoeven. Réduite à une caricature, mal dirigée ou trop dirigée par son ego, l'actrice est grotesque, parvenant à mal jouer absolument chaque moment - même se recoiffer, être assise ou se retourner. Plus encore que le film, c'est elle le vrai naufrage. Triste, mais évident à l'écran.

 

Sharon Stone

 

LE MOINS PIRE

Il sera possible de saluer le courage kamikaze de Sharon Stone. Pas uniquement parce qu'elle offre un full frontal au bord d'un jacuzzi à 48 ans, mais aussi parce qu'elle aligne les moments gênants et les dialogues excessifs et gratuits, peu importe l'âge. En ça, Basic Instinct 2 rappelle que l'actrice a joué un jeu dangereux mais particulièrement intéressant à Hollywood. 

 

Photo Sharon Stone

 

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES INDÉFENDABLES AU RAYON NOSTALGIE

 

Photo Sharon Stone

 

commentaires

Prometheus56 15/07/2017 à 23:28

Basic Instinct est énorme. Un vrai thriller machiavélique comme on n'en fait plus.
Votre article m'a donné envie de le revoir tiens. Et le 2 aussi du coup. ;-)

Sharko 15/07/2017 à 23:23

A Corleone, n'oubliez pas qu'elle a du lutter contre un cancer du sein, elle est diabétique, elle a fait plusieurs fausse couche, son ex-mari Phil Bronstein a été victime d'une crise cardiaque et qu'une rupture d'anévrisme, qui lui a laissé de lourde séquelle, à failli l'emporter.

corleone 15/07/2017 à 20:51

C'est exactement ce que je dis Sharko et Kean, c'est une actrice formidable avec des roles inoubliables, mais sa carrière globale n'est pas à la hauteur de son immense talent, ou du sommet qu'elle aurait pu atteindre dans son art. Elle aurait pu être au niveau d'une Meryl Streep ou au moins d'une Julia Roberts de nos jours.

Sharko 15/07/2017 à 18:45

Il faut rappeler qu'avec Demi Moore et Sigourney Weaver, elle a été l'une des premières à défendre des rôles de femmes fortes dans les années 90. Sans leurs combats d'hier, aujourd'hui on aurait pas les Theron, Robbie, Lawrence , Chastain, Hattaway,... Puis quand dans ta filmographie il'y a Total Recall, Basic Instinct, Casino, L'expert(oui, je sais c'est pour la scène de douche), Mort ou Vif et Les puissants. Tu peux dormir tranquille.

Kean 15/07/2017 à 18:31

Bon..
Mais le monde au final retiendra deux performances qui resteront.
Basic instinct bien sur, mais surtout celle ds le magistral Casino de Scorsese.
Bcp de comediennes ds le milieu reverait d'avoir deux roles absolument cultes qui resteront ds la memoire collective cinephilique.
Et c deja bcp ds un sens.

corleone 15/07/2017 à 17:25

Oui. C'est bien le film qui a donné le coup de grâce à la carrière de Sharon Stone, carrière déjà agonisante à la fin des années 90. Une sévère leçon à toutes ces idées de suites tardives improbables basées sur l'opportunisme et le cynisme. Je suis toujours très amer quand je pense à la carrière médiocre de cette femme que j'adore, qui avait tout pour elle, car depuis les actrices fétiches de l'age d'or hollywoodien (Grace Kelly,Marilyn Monroe, Ava Gardner, Elisabeth Taylor...) c'était très rare de voir une telle combinaison parfaite de talent et de beauté chez une actrice. Quel gâchis !!!!

maxleresistant 15/07/2017 à 17:21

ca à l'air horrible.
mais ça me fait pensé que j'ai jamais vu le premier.

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