Transformers 5 : comment Michael Bay est devenu le facho le plus chaos d'Hollywood

La Rédaction | 28 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 28 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Certains de ses films nous sidèrent, d’autres nous atterrent. Il est l’un des techniciens les plus virtuoses et bosseurs d’Hollywood, et un de ses conteurs les plus incompétent, voire irresponsable. Michael Bay n’est pas seulement le plus gros bourrin d’Hollywood, c’est aussi un de ses idéologues les plus déments.

Le réalisateur pense-t-il vraiment ce qu’il montre ? Bien malin celui ou celle qui pourrait prétendre savoir exactement ce qui se passe sous le crâne du cinéaste. Une chose est sûre, à force d’envolées ultra-patriotiques et de sublimation de la force brute, à coups de virilisme anachronique et de populisme hors-sujet, Michael Bay pourrait passer le facho le plus sympa d’Hollywood.

 

Photo

 

Le réalisateur de Pearl Harbor se rêve-t-il pour autant Mussolini de pellicule ? Probablement pas et il y a fort à parier que le sous-texte idéologique de son œuvre soit davantage la coagulation de divers marottes esthétiques et raccourcis politiques, plutôt qu’un quelconque programme pensé comme tel. Il n’empêche, il se passe de drôles de trucs sous la caboche de Michael.

À en croire le Larousse, le fascisme est un mouvement de révolution conservatrice, initialement théorisée et mise en œuvre par l’Italie Mussolinienne, qui tend à la mise en avant d’un surhomme, lui-même noyé dans un fantasme de collectif masculin, qui fait la part belle à l’action militaire violente, à la diabolisation puis destruction physique de ses adversaires. Et le cinéma de Michael en coche à peu près toutes les cases... à première vue.

 

photo michael bay

 

 

PRESENTEZ ÂMES

Dans chaque Transformers, les marines de les Etats-Unis d’Amérique occupent une bonne partie de l’écran. Pourtant, ils ne sont jamais d’aucune utilité scénaristique, leur arsenal ne leur permettant pas d’affronter réellement les robots géants qui se castagnent de par le monde.

Pourquoi donc leur donner tant d’importance au sein d’une narration qui n’a jamais besoin d’eux ? Parce qu’en substance, le héros apparent du film (Shia Labeouf, Mark Wahlberg) n’est jamais qu’un écho des militaires qui l’entourent, une sorte d’aspirant, de combattant recouvert d’un vernis de cool. A priori impuissant, ils sont néanmoins les héros des métrages, et c’est toujours leur esprit de corps et de sacrifice qui débloquent des situations désespérées, quitte à renier les enjeux mis en place plus tôt. 

L’occasion pour Bay de verser alors dans un de ses exercices de style préféré : le clip à la gloire des forces armées. Cette figure de style atteint son paroxysme dans Transformers 2, interrompant totalement le récit, pour nous montrer la force de frappe américaine, la variété de son matériel, sa puissance, sa rapidité. Les soldats ne sont pas nobles en vertu de leurs combats et des valeurs qu’ils défendent, ils doivent leur noblesse de leur nature de soldat. Essence qui est d’ailleurs le seul trait qui les caractérise.

 

PhotoSHOOT TO KILL

 

KILLER ELITE

Il y a plusieurs raisons d’être tourné en ridicule chez Michael Bay. La première d’entre toute étant l’intelligence. C’est vrai quoi, qu’y-a-t-il de plus détestable que ces gens qui savent des choses et qui pourraient les transmettre aux autres ? Pour qui se prennent-ils à vouloir parler plutôt que tuer, encore et toujours ? Dans Transformers 5, un cadre en costard cravate humilie un scientifique, renvoyé à une image de "geek" ou "nerd", telle qu’on n’en avait plus vues depuis les pires divertissements des années 80.

 

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"J'ai comme l'impression qu'on va me prendre pour un con..."

 

Ce n’est pas un hasard si dans Transformers 3 un Autobot se masturbe sur la jambe de John Malkovich. Pas non plus une coïncidence si on traîne plus bas que terre un simili Steve Jobs dans Transformers 4. On ne s’étonnera pas non plus que dans son belligérant 13 Hours, il condamne l’ambassadeur (préalablement présenté comme un pacifiste irresponsable) à mourir hors-champ, victime de sa lâcheté devant un incendie incontrôlable, quand tous les personnages de soldats (en réalité des mercenaires) ont droit à une mort plein cadre iconisée.

Déjà dans Rock, tous les personnages de commando, rebelles et militaires variés se comprenaient et fraternisaient quasiment en se truffant les tripes de plombs, pour bien nous faire comprendre combien l’administration les traitait mal et ne comprenait rien aux héros dont elle oblitérait les destins.  Le héros de Michael Bay ne comprend pas ce qu’il se passe, ignore presque systématiquement les enjeux des situations qu’il traverse. Il s’en remet à ses grosses couilles, son bon sens, et son allégeance envers un totem de puissance (ici Optimus Prime).

 

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On sert à rien, mais on a quand même grave la classe

 

GIRL POWER

Ce qui est bien, c’est qu’il suffit d’une poignée de clics pour tomber sur des propos ahurissants du metteur en scène, ou des comédiennes ayant travaillé avec lui, souvent sidérées par le manque de considération à leur égard, assumé par le cinéaste. Qu’il s’agisse de Megan Fox, Rosie Huntington-Whiteley ou Nicola Peltz, elles ne sont jamais représentées que comme des trophées et des bouts de viande, littéralement des réceptacles vouées à accueillir nos héros et leurs grosses médailles. La palme revenant probablement à Kate Beckinsale, qui est revenue récemment sur ce que pouvait représenter un tournage aux côtés de Michael Bay.

 

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Isabella Moner, une chtite ado vraiment trop choupinette

 

On notera d’ailleurs que le metteur en scène ne craint pas de recycler tout un pan du machisme le plus old school, en envisageant le personnage de Tessa Yeager que par l’angle de son éventuel futur dépucelage, quand il ne s’inquiète pas outre mesure de sexualiser lourdemment un personnage d’adolescente âgée de 14 ans dans le dernier épisode de la saga. Encore une fois, on retrouve cette bonne vieille obsession pour la satisfaction du mâle, un système dans lequel la femme est toujours une récompense, un biais, un pur objet, dénué de toute influence sur le récit, et ultimement, de toute forme d’existence à part entière.

 

Photo Mark Wahlberg"Je suis inventeur, môssieur"

 

MISE A MORT

Chez Tonton Michael, l’idée n’est pas tant de vaincre pour des lendemains qui chante, ni même de triompher de son ennemi. Plus qu’avoir le dessus, ce qui compte, c’est de le tuer, le plus sauvagement et cruellement possible. Si possible au cours d’une exécution sommaire qui convoque une nuée d’images des conflits les plus violents à avoir émaillé le XXème siècle.Dans Transformers, Optimus transperce plusieurs fois The Fallen, avant de lui arracher la peau du visage (ce dont il se félicite), puis de lui retirer le « cœur » à main nue. Dans Transformers 3, Optimus décapite Megatron à coups de hache, dans une gerbe d’huile de moteur rougeâtre très explicite. Il s’avance alors vers Sentinel Prime, son mentor, qui le supplie de l’épargner, à genoux. Optimus l’exécute à bout portant, sans un instant d’hésitation, lui faisant bien comprendre qu’il est ici question de châtiment.

Notre héros au grand cœur ne se montrera pas plus clément avec Lockdown dans Transformers 4, l’empalant dans le dos avec sa grosse épée, avant de le trancher en deux. L’adversaire n’a jamais droit à une once de dignité chez Michael Bay, il s’agit toujours d’un nuisible qu’il convient de massacrer, et encore une fois, d’humilier.

 

Photo"Beau jouet"

 

CHAOS RIGOLO

Le metteur en scène est-il, dès lors un salopard de la pire espèce ? Et bien non. Car il existe, au coeur de son cinéma, un principe de chaos, de dérégulation, qui retourne souvent ses films comme des gants. Bay a beau baver devant une certaine idée de la virilité, traiter les femmes avec un mépris confondant et se rouler par terre de bonheur au premier torse de marine exposé au soleil couchant, tout cela est instantanément balayé dès que l'occasion lui est donnée de laisser libre cours au grand n'importe quoi. Plus qu'un cinéaste viriliste, c'est un metteur en scène du dérèglement.

Un constat qui se fait évidence quand on observe la progression, dans la narration et dans l'agencement de l'action, entre RockBad Boys II et tout récemment 6 Underground. Le mouvement, la démence, s'y font toujours plus fous, et les muscles, s'ils sont bien là, n'existent finalement que pour être pulvérisés au gré d'un roller coaster qui perd progressivement contact avec le réel. Ce même constat émergeait déjà dans No Pain No Gain, le "petit" film du cinéaste. Entamé comme une sorte de satire, ou de réflexion décalée sur les perversions du rêve américain, le récit se transformait petit à petit en pur trip absurde et déréalisé, au cours duquel la caméra scrutait avec gourmandise les signes du déraillement de ses protagonistes, réduits au rôle de bibendums musculeux et caricaturaux.

Et c'est peut-être ce qui achève de faire de Bay un artiste trouble et passionnant. Pour turbo-débiles que soient de nombreux motifs de son cinéma, épais comme des troncs de séquoias et compatibles avec une certaine imagerie crypto-viriliste, son amour immodéré pour la destruction de ces mêmes totems en fait un auteur bien plus ludique et imprévisible qu'il n'y paraît.

Tout savoir sur Transformers 5 : The Last Knight

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commentaires
gege le vrai
09/11/2020 à 17:28

" il ne s’inquiète pas outre mesure de sexualiser lourdemment un personnage d’adolescente âgée de 14 ans"
En même temps c'est le public visée l'ado de 14 ans qui découvre sa libido

Simon Riaux - Rédaction
02/10/2020 à 11:22

@Jgig

Du coup, je me demande bien pourquoi, sous cet article, et tant d'autres, apparaissent des commentaires, qui nous critiquent, qui me critiquent, et avec lesquels on interagit, paisiblement.

Du reste, comme vous venez de poster sur une page où on explique précisément que les clichés représentant Bay comme un fasciste sont faux... peut-être avez vous besoin de repasser un peu sur vos derniers cours de français.

Bisous.

Jgig
02/10/2020 à 11:07

Riaux censure les commentaires qui lui déplaisent (cad qui critiquent sa démarche).

S'il avait du pouvoir (et plus de malice) ça serait un parfait dictateur.

Et après ça dit que Bay est un "facho" haha

Quelle ironie

Roro
02/10/2020 à 03:05

???? C'est bien connu qu'il hypersexualise les femmes.
Cependant en tant que fan boy invétéré de la saga transformers de Michael Bay (l'autre bumblebee était pour moi une réelle décéption) je doit avouer que je ne peut pas voir l'article d'un œuil objectif par ce que justement ça trash talk transformers. Autre point que je tiens à soulever c'est que on parle de hypersexualisation mais, par exemple pas de Megan fox, qui, s'est exprimée, sur sa page Instagram au sujet de ses anées de travail avec Michael bay

Birdy
29/09/2020 à 20:04

@ Miami : disons que c'est tellement stupide (le mec qui passe par les toits et rattrape des voitures en pleine course poursuite) qu'après 10min de vide j'ai décidé de perdre mon temps sur autre chose. Dans une salle, j'aurais sans doute tenu bon. Mais chez moi, j'ai le privilège de pouvoir zapper, alors ciao Michael, on se reverra sur Transformers 12...

Cliop
29/09/2020 à 19:57

Dire que le cinéma de Michael Bay n'est pas très inspiré, qu'il idéalise la guerre, qu'il sexualise à outrance les femmes ok, mais de là à comparer sa filmographie à du fascisme "à première vue" pour le réfuter 4 lignes plus bas, c'est clairement faire des raccourcis rapides et qui n'existent pas.

Miami81
29/09/2020 à 18:52

@birdy. Perso j ai trouvé 6 underground sympa. Et même au dessus de ce qu il a fait sur les transformers et les bad boy. Hormis peut être un manque d inspiration dans la real par rapport à ce qu il fait habituellement.

Birdy
29/09/2020 à 17:33

OK merci. J'ai bien compris le fond de ton article, et que justement tu n'adhères pas à la caricature. Mais je pense que ton argumentation laissant un peu sur le bas côté l'aberration terminologique (utiliser le mot fascisme plonge immédiatement la réflexion au point Godwin, peu importe ce que tu développes derrière), tu auras du mal à discuter réellement du fond, et du cinéma de Bay.
Ce qui est bien dommage, car il y a effectivement un vrai débat que j'ai régulièrement avec mes potes.
Bon ce débat a tourné court avec les suites sans intérêt des Transformers et surtout 6 underground, que même ses defenseurs acharnés ont exercé.

Simon Riaux - Rédaction
29/09/2020 à 16:13

@Birdy

Là comme ça, à peu près toute la presse anglo-saxonne sur à peu près tous ses films à partir d'Armageddon (peur de dire une connerie mais j'ai souvenir d'une critique particulièrement énervée du Guardian sur le premier ou le deuxième Transformers, The Daily Beast également).

En France, une partie de la presse aussi, les Inrocks ont probablement été les plus virulents. Bref. Il a toujours été assimilé à un beauf et à un facho. Bêtement.

Birdy
29/09/2020 à 16:10

Fascisme, pardon pour l'orthographe. Je me disais bien qu'un truc clochait dans ma façon de l'écrire depuis hier...

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