The Jane Doe Identity : Carpenter, Insidious, Stephen King... quelles sont les influences de ce terrifiant joyau ?

Simon Riaux | 22 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 22 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

C’est le 31 mai prochain que la mystérieuse Jane Doe viendra hanter les écrans français. Histoire de patienter, on fait le point sur les influences très riches de cette petite perle horrifique.

André Øvredal a beau faire preuve d’une immense maîtrise, The Jane Doe Identity n’est que son deuxième long-métrage, qui nous arrive bien après le rigolo The Troll Hunter sorti en 2011. C’est qu’après avoir usé du found footage pour se faire un trou sur grand écran, le réalisateur norvégien aura souffert de l’image du genre, que les producteurs espéraient le voir investir.

Il lui aura fallu plusieurs années pour pouvoir retrouver le chemin des plateaux de tournage, bien décidé à livrer un récit plus classique dans sa forme, qui lui permette de concocter un petit bijou de terreur, porté par Emile Hirsch et Brian Cox. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il connaît ses classiques.

 


 

WAN HABIT

La première influence de The Jane Doe Identity, et la plus évidente en cela qu’Øvredal la revendique souvent en interview, c’est celle de James Wan (Saw, Insidious, Conjuring). D’ailleurs, ce n’est qu'après avoir découvert Insidious que l’artiste a décidé de se lancer dans l’aventure de ce second long-métrage.

Pour le coup, impossible de ne pas ressentir une parenté claire entre les deux auteurs, notamment dans leur volonté de ne jamais sur-découper l’action, mais plutôt de l’inclure dans un cadre ample, qui accompagne les mouvements et confère aux séquences une immense fluidité.

Dans la première partie du récit, Jane Doe sait aussi reprendre de Conjuring son art du jump scare bourrin, et surtout le soin apporté dans la dissémination d’indices visuels, appelés à devenir ultérieurement des sources d’angoisse. Des procédés en apparence très simples, mais qu’Øvredal est un des rares à maîtriser aussi bien que Wan.

 

Vera Farmiga

Conjuring 2 : Un soin dans la composition que l'on retrouve dans Jane Doe

 

PRINCE DU CARPENTER

Nous abordions il y a peu la figure du médecin légiste dans le film : il semble qu’elle fasse écho à une œuvre du pape du genre américain, John Carpenter, réalisateur du terrible Prince des ténèbres. Une équipe scientifico-spirituelle tentait d’y empêcher l’avènement de l’antéchrist, permettant au récit de marier le fantastique à l’ancienne et une approche scientiste. Une alliance particulièrement malaisante, qui est au cœur du dispositif de The Jane Doe Identity.

En effet, le scénario mène de front la progression du surnaturel, et l’importance prise dans le récit par les actes chirurgicaux de nos deux légistes. Ainsi, l’horreur progresse, sans qu’il soit possible de tout à fait définir si nous sommes révulsés par le viol boucher pratiqué par les personnages, où les monstruosités surnaturelles qui s’abattent sur eux.

Une chose est sûre : vous réfléchirez à deux fois avant d’ouvrir le thorax d’une inconnue à coup de burin.

 

john carpenter

Olwen Catherine Kelly

 Horreur du corps malmené et torturé, dans Le Prince des Ténèbres et Jane Doe 

 

COURAGE, FULCI

Si The Jane Doe Identity joue parfaitement sa partition à base de frissons choc, il laisse la place dans sa seconde partie à une horreur beaucoup plus atmosphérique, qui fonctionne selon un rythme bien différent. Plutôt que le frisson immédiat et le sursaut, le réalisateur joue sur le sentiment d’inéluctabilité, et la lenteur inexorable avec laquelle les différentes menaces se referment sur les personnages.

On pense ici à Fulci et à Argento, deux grands plasticiens de l’horreur italienne, qui surent en leur temps proposer une angoisse jouant autant sur les textures et les émotions brutes, que les évènements concrets dévoilés à l’écran.

 

Photo

 

Ainsi, lorsque le couloir central de la morgue devient, à intervalles réguliers, le centre d’un théâtre du bizarre où se meuvent d’inquiétantes entités, on songe immédiatement à L’Au-delà de Lucio Fulci et à sa séquence de l’hôpital, où une jeune fille vivait un moment d’angoisse vertigineux, face au cadavre de son père. The Jane Doe Identity ne verse pas dans ce niveau de violence surréaliste, mais il en retrouve le tempo si particulier, l’impavide lenteur et son impact.

 

 La fameuse scène de l'acide à l'hôpital, ou quand Lucio Fulci nous emmène dans L'Au-delà

 

HAIL TO THE KING

Bien sûr, ce ne sont pas les seuls repères qui balisent cette plongée flippante dans le quotidien d’une petite morgue américaine. Les thématiques et les retournements de situation évoquent légitimement la logique des meilleurs épisodes de La Quatrième Dimension, tandis que le décor unique du film fait bien sûr écho au méconnu Veilleur de Nuit, qui parvenait lui aussi à transformer un lieu glacial en temple de l’horreur.

Enfin, s’il fallait trouver une influence presque philosophique à ce récit impitoyable, il faudrait sans doute chercher du côté de Stephen King et de ses nouvelles. En effet, The Jane Doe Identity évoque à la fois la mécanique diabolique du recueil Danse Macabre, mais partage aussi avec le romancier son approche des personnages.

 

trailer

Deux hommes faces à leurs démons

 

En effet, ce qui se joue ici, au-delà du cauchemar surnaturel, ce sont les non-dits, les regrets et les fautes qui ont miné la relation entre un père et son fils, dont les tourments vont soudain prendre corps. Une conception du fantastique qui a toujours été au cœur des récits de King, qui a simultanément cherché à dépoussiérer la culture populaire américaine, tout en se focalisant avec une grande rigueur psychologique sur des personnages aux motivations universelles.

Vous l’aurez compris : ce Jane Doe nous a séduit, par sa précision, sa malice, mais surtout sa grande richesse. On vous recommande vivement de répondre positivement au mortel ballet qui vous tend la main.

 

Affiche française

 

 

Tout savoir sur The Jane Doe Identity

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