Le mal-aimé : Hanna, le conte de fées tordu à la Jason Bourne, dopé aux Chemical Brothers

Geoffrey Crété | 25 mars 2017 - MAJ : 24/01/2020 14:16
Geoffrey Crété | 25 mars 2017 - MAJ : 24/01/2020 14:16

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

    

Affiche officielle

"Rien de très original" (Le Monde)

"Joe Wright ne fait pas dans la dentelle" (Télérama)

"D'une ineptie si rare, pesante et continuelle, qu'on s'y morfond sans retour" (Libération)

"Le résultat est un bordel insupportable. Qu'est-ce qui ne va pas ? A peu près tout" (New York Observer)

   

 

LE RESUME EXPRESS

Hanna n'est pas normale : élevée par un père ex-agent de la CIA dans une forêt finlandaise loin de la civilisation, c'est une tueuse d'élite impitoyable particulièrement flippante avec ses airs d'albinos. A 15 ans, elle est prête à accomplir sa mission : venger la mort de sa mère en tuant Marissa Wiegler, l'ancienne boss de papa.

Elle se laisse capturer mais Marissa est trop maline : elle envoie une doublure, que Hanna tue avant de s'échapper. Elle erre dans le désert marocain jusqu'à rencontrer une famille de hippies. Pendant qu'elle se fait une pote et vit presque des aventures d'ado normale, Marissa envoie des agents sur les traces du papa (qui les met K.O.), et des blondinets pour retrouver Hanna (qui les met K.O.).

Le père et la fille se retrouvent finalement à Berlin, où Hanna apprend qu'elle n'est pas normale du tout (sans dec) : elle est issue d'une expérience de la CIA pour créer des soldats parfaits. Elle tape d'abord son faux père, qui est ensuite tué par Marissa. Elle tue ensuite Marissa, trahie par ses mocassins, moches et glissants.

FIN

 

photo, Saoirse Ronan

 

 

LES COULISSES

Le scénario de Hanna est basique, et rien d'étonnant : il a été écrit par Seth Lochhead alors qu'il était encore étudiant à Vancouver.

Danny Boyle a un temps été attaché au film en 2009, mais c'est avec Saoirse Ronan qu'il se concrétise. Lorsque les producteurs lui envoient le scénario, elle est séduite et les rencontre. Elle n'a pas encore signé qu'elle leur propose le nom de Joe Wright lorsqu'ils évoquent des noms de réalisateur. Elle racontait à Blackfilms : "On parlait du film, mais rien n'était confirmé. Et quand ils m'ont dit qu'ils n'avaient pas de réalisateur, je leur ai répondu, 'Pourquoi vous ne l'envoyez pas à Joe Wright ? Je suis sûre qu'il serait intéressée'. Il m'a dit qu'ils y pensait déjà, et j'ai répondu, 'Dîtes-lui que je fais le film'. Je n'avais jamais été si culottée avant. C'est venu comme ça. Après coup, je me suis dit que je n'allais justement pas avoir le rôle à cause de ça. Mais quelques jours après, Joe m'a appelé pour me dire de me bouger les fesses et commencer à m'entraîner".

Le réalisateur est heureux de retravailler avec l'actrice, qu'il a dirigée dans Reviens-moi pour lequel elle a été nommée aux Oscars. Il est également excité à l'idée de sortir de sa zone de confort avec un film d'action, après trois drames. Il récupère au passage Cate Blanchett qu'il devait filmer dans un biopic tombé à l'eau sur Edwina Mountbatten, dernière vice-reine des Indes britanniques.

 

Photo Joe WrightLe réalisateur Joe Wright

 

Le futur réalisateur de Pan est séduit par l'aspect décalé de Hanna. Il expliquait au Telegraph : "L'histoire a beaucoup de points communs avec les contes de fées comme La Petite Sirène ou Hansel et Gretel : une famille vit dans une cabane en bois dans la forêt et il y a des rites de passage. L'enfant doit aller dans le monde et expérimenter et rencontre une méchante sorcière qu'elle doit vaincre. L'une des choses que j'ai apprécié, c'est ce sentiment de libération à faire une fantaisie".

A ce stade, le studio a considérablement modifié le scénario original de Seth Lochhead, vers lequel Wright décide de revenir : "J'ai senti qu'il y avait quelque chose d'intéressant. J'ai aimé les 15 ou 20 premières minutes, avant que ça tombe dans l'exposition du thriller à la CIA. J'ai été fouiner pour retrouver la première version et c'était extraordinaire. Je me suis dit, 'Putain de merde, c'est ce que je cherche depuis toujours'".

Pour se payer les Chemical Brothers, Joe Wright n'a pas eu à redoubler d'efforts : ils sont amis, ont fait la fête ensemble, et le duo accepte. Plusieurs morceaux sont composés avant le tournage et diffusés sur le plateau pour plonger les acteurs dans l'ambiance.

 

photo

 

LE BOX-OFFICE

Un certain succès : Hanna a coûté une trentaine de millions et en a rapporté plus de 60, dont une quarantaine aux Etats-Unis. En France, il passe inaperçu et attire un peu de 80 000 spectateurs.

 

photo, Eric Bana

  

LE MEILLEUR

Hanna est un exercice particulièrement excitant et stylisé, qui tire quelques merveilleux morceaux d'une intrigue a priori très classique. Dans d'autres mains, cette histoire de super-agent génétiquement modifié aurait donné un film très ordinaire ; entre celles de Joe Wright, elle se transforme en odyssée hallucinée, survitaminée, totalement excessive et souvent jouissive.

La subtilité n'est donc pas de mise, notamment dans l'aspect conte de fées tordu et dissonant. Le cinéaste ne cherche pas à cacher ses effets, se contrefiche de la demi-mesure et balaye ce faux réalisme trop revendiqué dans les films d'action : Hanna est une parenthèse enchantée et désenchantée à l'absurdité assumée, qui procure un plaisir instantané et gratuit.

C'est grâce à une direction artistique fabuleuse que le film s'illumine : des sourcils blancs de Saoirse Ronan aux chocs chromatiques lorsqu'elle passe de la neige au désert, des décors fantastiques (dont l'un repris du navet Aeon Flux) à la musique tonitruante des Chemical Brothers, Hanna respire le cinéma. Joe Wright fonce tête baissée et ne s'excuse pas. Ses acteurs, particulièrement Saoirse Ronan et Cate Blanchett parfaite en grand méchant loup grotesque, suivent le pas. C'est certainement la limite du film, mais aussi et surtout sa grande force.

Il emballe ainsi des séquences mémorables et tire des merveilles de décors et scènes qui, sur le papier, n'étaient pas forcément significatives. L'évasion de Hannah du centre marocain, l'affrontement au milieu des containers, le plan séquence qui se termine dans le métro berlinois, et ce climax dans un vieux parc d'attraction sont autant de moments palpitants qui confirment que le réalisateur de Reviens-moi est un cinéaste de premier ordre.

 

photo, Cate Blanchett

 

  

LE PIRE

Hanna est un peu mou et fonctionne plus comme une suite de scènes qu'en tant que film entier. L'équilibre entre l'intro glaciale, la fuite du centre au Maroc, toute la partie adolescente du récit et le troisième acte nerveux à Berlin est trop fragile, avec un flottement à mi-chemin. C'est d'autant plus frappant que Joe Wright ouvre et ferme son film sur la même réplique, et prend soin d'organiser l'espace et l'action avec une vraie inventivité.

Avec près de deux heures au compteur, Hanna souffre d'un problème de rythme évident : avec une vingtaine de minutes en moins et du temps gagné sur la partie teen movie qui traîne en longueur malgré son intérêt dramatique, le film aurait certainement eu plus de force. En l'état, la forme percutante ne fait que mettre en lumière les limites du fond, créant un gros déséquilibre.

Car malgré une certaine énergie et quelques éclats, il manque à Hanna un sens du suspense, qui aurait permis à cette suite de séquences parfois étourdissantes d'être assemblées pour former un film d'action entièrement et profondément satisfaisant. En l'état, c'est plus un gros exercice de style, particulièrement bien emballé et pensé, mais auquel il manque malheureusement une certaine teneur.

 

Photo Eric Bana, Saoirse Ronan

 

SCENE CULTE

 

 

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commentaires

Pat
13/04/2019 à 10:23

Bof pas terrible ce film.

John_1989
14/06/2017 à 08:32

Dommage qu'on ne connaisse pas les motivations profondes de Marissa Wiegler, et pourquoi elle en a après Hannah et sa famille. Je trouve qu'on aurait pu développer davantage son personnage.

Lord Sinclair
27/03/2017 à 15:30

Un de mes films préféré ces dernières années. Je ne l échangerais pas contre 10 Bourne 23 et autre Taken 17...

Matt
26/03/2017 à 17:24

Un film qui se joue avec délices des figures du conte de fée. Cate Blanchett est assez incroyable en "vilaine reine" qui prend bien soins de ses dents. Une bonne surprise pour ma part.

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