Oliver Stone : le meilleur du pire du cinéaste culte

La Rédaction | 1 novembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 1 novembre 2016 - MAJ : 09/03/2021 15:58

A l'occasion de la sortie de Snowden, retour sur quelques films mal-aimés ou oubliés d'Oliver Stone.

Pour beaucoup, Oliver Stone rime avec Platoon, qui lui a valu un Oscar du meilleur réalisateur en 1987. Né un 4 juillet avec Tom Cruise, qui lui a valu un deuxième Oscar du meilleur réalisateur en 1990. Ou encore Midnight Express, qui lui a valu l'Oscar du meilleur scénariste en 1979. Pour d'autres, c'est JFK, l'un de ses plus grands succès, ou Tueurs nés, l'un de ses plus grands scandales.

Mais Oliver Stone, c'est deux dizaines de films, étalés sur quatre décennies, avec des oeuvres moins réputées, moins appréciées à leur sortie, parfois un peu oubliées avec le temps.

Alors que le cinéaste est de retour avec Snowden (critique à lire ici), retour sur quelques films mal-aimés par le grand public, mais appréciés par les fans.

 

Photo Oliver Stone, Kevin Costner

  

NIXON

Quand Oliver Stone se lance dans la réalisation de Nixon, il s’attaque paradoxalement au mauvais cheval. Pourtant, sur le papier, ce réalisateur de gauche, énervé et engagé, qui prend depuis plus de dix ans le pouls d’une Amérique malade, est le mieux placé pour accoucher d’un biopic à charge, tant Nixon représente – avec les meurtres de Kennedy et Martin Luther King – la destruction de l’innocence américaine.

Mais le président le plus haï des américains n’est pas un sujet que le public souhaite véritablement explorer et la critique commence à se lasser des outrances stylistiques d’Oliver Stone. Nixon sera donc boudé, voire gentiment méprisé (44 millions de budget pour 13 au box-office mondial). Un sort regrettable tant le film contient quelques unes des plus belles envolées du réalisateur, capable de styliser et de charger de sens des dialogues interminables, quand il ne transforme pas carrément son anti-héros en une sorte de vampire brutal et pervers. En outre, Nixon demeure une des performances les plus folles d’Anthony Hopkins.

 

Photo Anthony Hopkins

 

U-TURN : ICI COMMENCE L'ENFER

En 1997, Oliver Stone a enchaîné l'échec de Entre ciel et terre en 1993, le scandale Tueurs nés en 1994 et un autre échec avec Nixon, à peine rattrapé par quelques nominations aux Oscars - dont une pour le meilleur scénario, qu'il a co-écrit. U-Turn est donc une bouffée d'air frais, au budget moindre (19 millions, loin des 50 de Nixon et des 34 de Tueurs nés), filmée loin d'Hollywood.

Du livre de John Ridley, depuis connu pour 12 Years a Slave qui lui a valu un Oscar, Oliver Stone tire un thriller réjouissant et pervers, d'une légèreté et d'une insolence irrésistibles. Aidé par un casting en or massif (Sean Penn, Nick Nolte, Billy Bob Thornton, Joaquin Phoenix, Claire Danes, Jon Voight, Powers Boothe et la mémorable Jennifer Lopez, dans l'une de ses meilleures performances), il filme d'odieux personnages réunis pour d'odieuses raisons, dans un décor purement cinématographique.

Gentiment moralisateur comme un bon épisode des Contes de la crypte, U-Turn rappelle qu'Oliver Stone est un cinéaste cruel qui aime les anti-héros, et dont le talent ne repose pas uniquement sur les histoires vraies qu'il aime tant filmer. Dans la pure fiction, il s'épanouit avec une aisance irrésistible, comme libéré d'un poids. Le demi-tour du titre n'est peut-être pas total avec le recul, mais il est suffisamment délicieux pour en faire un plaisir intégral.

 

Photo Sean Penn

 

L'ENFER DU DIMANCHE

Après la parenthèse désenchantée U-Turn, Oliver Stone a repris des forces. La bête sauvage est de retour avec L'Enfer du dimanche : un furieux film de guerre sur le football américain. 2h25 de pure brutalité, de cris, de douleur, de désespoir et de sueur, d'une force inouïe tant le cinéaste y déploie une énergie foudroyante. 

Il raconte en substance une histoire universelle : un vieux loup usé et rongé par le temps (Al Pacino, dans l'un de ses derniers grands rôles), un jeune loup affamé (Jamie Foxx, excellent et alors inconnu) et une créature féroce (Cameron Diaz, dans l'un de ses meilleurs rôles), réunis dans l'arène spectaculaire et absurde du football américain. Mais Stone filme cette histoire comme un film de guerre, comme un récit mythologique, avec une férocité qui donne l'ivresse. L'utilisation d'images de Ben-Hur est chargée de sens : ces spotifs sont les gladiateurs du nouveau millénaire, et il les filme comme tel. Le montage est d'une puissance tétanisante, et la narration, d'une clarté époustouflante. L'Enfer du dimanche est une décharge électrique fabuleuse, qui aurait totalement pu ramener Oliver Stone vers un Oscar du meilleur réalisateur.

 

Photo Al Pacino

 

ALEXANDRE

Le plus évident des films mal-aimés d'Oliver Stone. Descendu par la critique, boudé par le public (à peine 170 millions au box-office pour un budget de 155), cette fresque ambitieuse a profondément partagé à sa sortie en 2004. Ce n'est certainement pas un hasard si c'est le plus gros budget du réalisateur à ce jour : Alexandre est un film baroque, grandiose, dense, qui déborde de choses, et qui semble hors de contrôle.

L'existence de quatre versions (la version cinéma de 2h55, la director's cut de 2h47, le final cut de 3h34, l'ultimate cut de 3h26) sorties au fil des années aura confirmé que Stone n'est pas parvenu à maîtriser la bête, livrant une oeuvre fascinante mais maladroite, qui flirte avec le merveilleux et le grotesque, et qui semble le dépasser. Tour à tour poignant et ridicule, Colin Farrell illustre parfaitement les deux visages de la superproduction, et en a payé le prix fort.

Grand film malade, Alexandre reste pourtant un objet étonnamment riche, démonstration de la virtuosité du cinéaste et de sa capacité à travailler la forme. Même avec ses faiblesses et ses limites, le film est d'une férocité, d'une beauté et d'une grandeur remarquables, qui suffisent à en faire une belle oeuvre.

 

Photo Colin Farrell

 

WORLD TRADE CENTER

Ce n’est pas le meilleur film de son auteur, et de loin. Pour autant, si ce métrage est parmi les plus inégaux du réalisateur, il y a rétrospectivement de quoi être sidéré devant la violence dont la critique a fait preuve à son égard. Bien sûr, on sent la frustration du metteur en scène de n’avoir pu financer le fameux film « à la JFK » qu’il voulait fabriquer autour du 11 septembre, son récit manque souvent d’énergie ; et il est bien moins performant dans ce récit « simple » que dans l’analyse de phénomènes socio-historiques.

Mais à bien y regarder, il suffit d’une des dernières performances de haute volée de Nicolas Cage, ce qui mérite d’être noté. Le film est en outre un hommage sacrément couillu et sincère envers les victimes des attentats de 2001, qui évite également l’écueil du patriotisme et du délire belliqueux qui s’est emparé alors du cinéma américain. Enfin, ce qui a été stupidement interprété par la presse comme un excès de bigoterie (la vision christique polémique au centre du film), constitue plutôt le beau geste d’un cinéaste désireux de se mettre à hauteur de ses personnages, un geste d’humilité face à un évènement et à des héros du quotidien qui le bouleversent.

 

photo

 

WALL STREET : L'ARGENT NE DORT JAMAIS

Alors oui, il y a Shia LaBeouf dedans, oui le personnage de Gordon Gekko semble avoir perdu de sa superbe après 25 ans passés en taule, mais que voulez-vous, c'est la crise ma bonne dame. Après un premier Wall Street qui s'attaquait de front au yuppisme et au libéralisme des années Reagan, Oliver Stone ne pouvait pas passer à côté d'un tel sujet fusiller à boulets rouges la finance, l'économie et le pouvoir. Si, en premier niveau de lecture, le film s'apparente à un remake 2000's du premier, c'est dans les détails qu'il révèle sa richesse. Dans la peinture d'une époque où même la quête de l'argent a perdu de son sens, où les puissants se reposent sur leurs acquis pour oublier qu'ils vont mourir et où les vieux lions bouffent du jeune loup tous les matins. 

 

photo, Michael Douglas

 
 

Certes, le film est loin d'être parfait et l'on sera en droit d'apprécier davantage l'exceptionnel Margin Call, mais les retrouvailles avec le Gekko fonctionnent. En adoptant le point de vue de ce requin qui ne comprend plus l'époque dans laquelle il retourne et qui doit s'y adapter tout en étant enfin touché par sa propre humanité, Stone met en lumière toute l'ambiguité de notre période. Encouragés à nous dépasser, à nous renier ainsi que nos liens affectifs, notre part d'humanité trouve sa voie au milieu des billets verts. Et si les rêves se brisent et que les empires se font et se défont, si l'homme reste avant tout un loup pour l'homme, il ne peut se voiler la face : l'essentiel se rappelle finalement à lui et c'est l'humain qui doit tenter d'exister, parce qu'au fond, c'est la seule qu'il possède et qu'on ne pourra pas lui prendre aussi facilement. Et de cela, au moins, nous en sommes sûrs, malgré les fluctuations d'un marché financier ivre de lui-même. Pas un grand Oliver Stone, mais beaucoup mieux que ce qu'on a bien voulu en dire. Alors oui, il y a Shia LaBeouf dedans. Mais, étrangement, ce n'est pas très grave.  

 

 

 

Dossier de Simon Riaux, Geoffrey Crété et Christophe Foltzer.

Tout savoir sur Oliver Stone

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Dirty Harry
02/11/2016 à 14:11

je veux juste savoir en quoi la bataille de Gaugamèles est "ridicule". Je veux qu'on m'explique.

Simmons
02/11/2016 à 09:47

@The Aurelio

Faut quand même avoir un ou deux neurones en fonction pour connaître la différence entre son opinion et une soit-disant vérité indubitable sur les choses. Y'a une différence entre être passionné, et être ridicule justement

The Aurelio
02/11/2016 à 01:52

Faut quand même avoir un minimum de bon goût deux minutes, Alexandre est ridicule... et Colin fait peine à voir (comme TOUT le reste du film qui est un naufrage absolu). Et cela n'enlève rien au génie d'Oliver Stone par ailleurs. Mais là, il s'est vautré dans les grandes largeurs.

Champy
01/11/2016 à 20:04

Le retour du trou de cul blop

blop
01/11/2016 à 18:54

Le retour de la lèche champy

Dirty Harry
01/11/2016 à 17:12

Très bon résumé des "Stone" mésestimés, en effet U-Turn est jubilatoire (pas un salopard pour rattraper l'autre !) et l'Enfer du Dimanche, juste le meilleur film sur ce sport méconnu des européens (et les matchs sont filmés comme Soldat Ryan ça envoie sec !). Alexandre je suis aussi partagé : Ptolémée qui ouvre le bal avec Vangelis là on se dit que ça toucher au sublime, la bataille de Gaugamèles est le morceau de bravoure du film puis des choix de castings bizarres (Angelina qui a le même âge que son fils) et du psychologisant idiot (le père, l'obsession d'Empire unifié) dont on ne sait de quoi il retourne concernant le personnage (et on s'en fout au final alors que le type est fascinant à la base et pourquoi ne nous fait il pas pleurer à la mort de Bucéphale ??). WTC correct, moi je n'ai pas de problèmes avec la représentation christique (j'ai été exorcisé donc tout va bien) et la suite de Wall Street par contre m'a profondément ennuyé (avec les "vénérables" de la haute banque montrés comme des vieux sages alors que ce sont pires briscards de l'histoire du monde !).

corleone
01/11/2016 à 15:18

J'ai trop kiffé Tueurs Nés qui me semble avoir été trop souvent sous-estimé(surtout en son temps), je sens même que je vais le remater ce soir. Avec l'intrigante Juliette Lewis dont je pense que la Carrière n'a pas été à la hauteur de son immense talent... Force est de reconnaître aussi à quel point les frustrations et les interrogations soulevées par Stone sont encore d'actualité aujourd'hui en Amérique et ailleurs. Excellent article.

Champy
01/11/2016 à 13:58

Encore un abruti "Okay" de l'être qui prend son avis pour parole d'Évangile.

Geoffrey Crété - Rédaction
01/11/2016 à 13:34

@Okay et Cie

D'un côté, quelqu'un commente pour dire que ce film est mauvais. De l'autre, vous dîtes que ce film est excellent. Nous, on pense qu'il y a un peu des deux (et on le disait justement que malgré ses défauts, ça restait au-dessus de bien d'autres films). En outre, on parle ici des films mal-aimés par le public et la critique ; et Alexandre a été rejeté par les deux, on ne l'invente pas.

Et vous savez quoi ? C'est possible (et super) d'accepter qu'on ait des opinions diverses et variées, et que personne n'ait raison, ou besoin de prendre la mouche. Parce que ça reste formidable que chacun ait sa sensibilité, et s'inclut dans un groupe de spectateurs/fans égaux.

Okay
01/11/2016 à 13:12

Alexandre est un excellent film, bien au-dessus de ce que peut offrir ce genre en général. Et Collin Farrel livre une de ses plus belles interprétations de sa carrière. «ridicule» dites-vous, alors qu'est ce pour vous les films livrant réellement des passages ridicules...

Plus
votre commentaire