Le mal-aimé : Galaxy Quest, la drôle de déclaration d'amour à Star Trek

Geoffrey Crété | 7 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 7 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Parce que le cinéma est un univers soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec la rubrique des mal-aimés.

Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Place aux galaxies de Galaxy Quest.

  

Affiche française

"Une comédie vive, maligne et pleine de surprises" (Première)

"Une déclaration d'amour fou et l'illustration d'une passion sincère" (L'Ecran fantastique)

"Un pastiche drôle et rusé des pitoyables séries de science-fiction à la Star Trek tournées dans des décors en carton-pâte et interprétées par des acteurs raides comme des piquets, affublés de pyjamas en polyester" (L'Humanité)

"Galaxy Quest nous invite plaisamment à passer de l'autre côté du miroir, c'est à dire, aujourd'hui, de l'écran" (Les Cahiers du Cinéma)

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Jason, Gwen, Alexander, Fred et Tommy étaient les stars de la série de SF Galaxy Quest. Mais c'était une autre époque, et désormais, ce sont de simples acteurs de seconde zone, plus ou moins cyniques, et qui enchaînent les conventions de fans pour signer des autographes.

Jusqu'au jour où les Thermians leur demandent de l'aide. Sous leurs costumes de geeks, ce sont de vrais aliens bercés par Galaxy Quest, et convaincus que ces héros de fiction existent. Et ils ont besoin d'eux pour affronter le méchant Sarris.

La bande de losers du petit écran se retrouve à devoir manoeuvrer la réplique exacte du vaisseau de leur série, manque d'être bouffée par de petites créatures infernales, puis un géant de pierre, avant d'être capturée et démasquée par Sarris. Les Thermians ont le coeur brisé face à la vérité, mais les acteurs décident de se prendre réellement pour des héros, et les sauvent - notamment grâce à une machine magique à remonter le temps.

À la fin, le vaisseau s'écrase en pleine convention et l'équipe désintègre Sarris. Le public applaudit face à ce spectacle parfait. Et la série Galaxy Quest est relancée à la TV.

 

Photo Sigourney Weaver, Alan Rickman, Tim AllenStar presque

LES COULISSES

Galaxy Quest est d'abord un scénario de David Howard, intitulé Captain Starshine. À IGN, il racontait que tout était parti de la bande-annonce du film Americans in Space, avec la voix de Leonard Nimoy, alias l'inoubliable Spock. En entendant ça, il a commencé à imaginer le piège du succès de Star Trek pour les acteurs, avec une idée farfelue : que se passerait-il si de vrais aliens arrivaient ?

Le scénario de Captain Starshine est envoyé à DreamWorks comme une bouteille à la mer, et tombe entre les mains de Mark Johnson. Le producteur oscarisé pour Rain Man y voit quelque chose : il n'est pas convaincu par le scénario, mais adore l'idée. Il engage alors Robert Gordon pour tout réécrire à partir du concept.

Gordon racontait à MTV : "Je n'ai pas lu Captain Starshine avant que le film ne soit fait. J'ai entendu le pitch par mon agent. Je me suis dit que ça pouvait être une super idée, ou une très mauvaise idée. J'ai d'abord refusé, je pensais que ce serait trop difficile. (...) C'est une fois que j'ai réussi à écrire la scène où le capitaine admet être une fraude, que j'ai accepté." Il s'inspire du film Star Trek, Barbarella, Mondwest ou encore Le Secret de la planète des singes.

Johnson raconte la suite : "Walter Parkes, le boss de DreamWorks, m'a appelé et ils voulaient absolument des projets de films. Je lui ai montré la première version de Galaxy Quest, et il il a répondu qu'il voulait ça, et vite."

 

photo, Tim Allen"Je vous assure, je suis le bon choix"

 

Le premier réalisateur sur le coup était Harold Ramis, connu comme interprète de Spengler dans S.O.S. Fantômes, mais également derrière la caméra d'Un jour sans fin et Mafia Blues. Ramis et les producteurs rêvent d'Alec Baldwin, Kevin Kline et d'autres, mais tous refusent. Quand DreamWorks propose le premier rôle à Tim Allen, le réalisateur n'y croit plus, et s'en va. Il est casté, et c'est là que le réalisateur Dean Parisot est engagé.

Pour Sigourney Weaver, ce sera très différent. Elle racontait à MTV : "J'en ai entendu parler via mon agent. Il m'a dit qu'ils n'allaient pas envisager de gens qui avaient déjà fait de la SF. J'ai insisté pour les rencontrer." Pour elle, qui n'a jamais été fan de SF, c'est d'abord une déclaration d'amour aux acteurs qui manquent de confiance en eux. Un choix judicieux vu la popularité du film : "Quand les gens m'accostent dans la rue, c'est pour Alien plus que tout le reste. Mais Galaxy Quest est juste là en deuxième, autant que SOS Fantômes". Et si quelqu'un a encore un doute sur le fait que Sigourney Weaver est parfaite : elle a engagé une strip-teaseuse pour Daryl Mitchell le jour de son anniversaire, sur le plateau.

 

Photo Tim AllenBrochette de zéros

 

Trekkie dans l'âme, le réalisateur Dean Parisot sait que le film doit à la fois se moquer et célébrer Star Trek : "La mission était aussi de faire un super épisode de Star Trek avec ce film". Il explique aussi que le studio était constamment à la recherche des éléments qui pourraient justifier un procès, et pistaient ce qui ressemblait trop à Star Trek : "Ils étaient inquiets pour le fauteuil du capitaine, pour les uniformes. Je l'ai ignoré, et j'étais donc vraiment terrifié quand le film est sorti. Mais DreamWorks à cette époque était un studio de réalisateurs, c'était Spielberg". Dean Parisot reconnaît néanmoins que DreamWorks était trop occupé sur Gladiator et que le studio les a laissés tranquilles.

Spielberg a d'ailleurs apporté quelques petites touches, notamment pour le personnage de Missi Pyle. Laliari ne devait avoir que deux scènes, mais sa relation avec Fred a été ajoutée, pour qu'il y ait un autre personnage féminin digne de ce nom.

Gordon parle de quelques changements opérés en cours de route : "Quand je l'ai écrit, je ne pensais pas à un film familial, mais à ce que je voulais voir. Donc quand le vaisseau s'écrase dans la convention, il décapitait des gens dans la version originale. On a aussi tourné des scènes où Sigourney essaie de séduire des aliens. Ça a été coupé, et c'est pour cette raison que son costume est déchiré à la fin."

Le producteur Mark Johnson a admis par la suite regretter ce PG-Rated, notamment pour un "Fuck" de Sigourney Weaver qui était magique.

Un excellent article de MTV revient avec tous les protagonistes du film sur la production.

 

PhotoAttention chérie, on va tout bouffer

 

LE BOX-OFFICE

Galaxy Quest a coûté 45 millions hors marketing et en a rapporté environ 90, dont 71 aux États-Unis. C'est donc un succès modeste.

L'équipe expliquera que le département marketing du studio n'a jamais cru en Galaxy Quest et n'a pas su le vendre. Jeffrey Katzenberg lui-même, l'un des pontes de DreamWorks, a appelé le réalisateur dès la deuxième semaine d'exploitation pour l'avouer : "Il m'a dit, 'On est désolé, on l'a raté, on l'a mal vendu'. Ils l'ont traité comme un film de Noël pour les enfants. On disait que c'était un film pour le grand public, mais ils n'y croyaient pas.

Dean Parisot a déclaré par la suite que DreamWorks avait des projets pour une série, centrée sur les Thermians, qui ont été abandonnés face aux chiffres décevants du film. Tim Allen, lui, affirme que le scénario d'une suite existe.

 

photoQuand tu vois le casting plus jeune arriver

 

En 2021, Sigourney Weaver a remis le sujet sur la table avec Collider :

"Il y avait un autre scénario. Une suite, écrite par Bob Gordon. Le film était tellement plein d'esprit, DreamWorks a coupé plein de scènes parmi les plus réussies parce qu'ils voulaient vendre ça comme un film de Noël. Je pense que ça a été décevant pour tout le monde, donc il a décidé de ne pas les laisser avoir la suite. Néanmoins, il y a quatre ans, Bob et Mark Johnson et toute la bande ont commencé à développer une série. On a perdu le fabuleux Alan Rickman, donc ça a mis un coup, mais je pense qu'ils relancent tout."

L'actrice développe : "Ce sera l'histoire des anciens Galaxy Questers amenés dans une série avec un casting jeune. Je n'ai rien lu, je ne connais pas les détails, mais je pense que tout le monde adorerait participer parce que c'était une expérience fantastique. Comment ils remplaceront Alan, je ne sais pas, mais je pense qu'ils ont une bonne idée pour reprendre le rôle. Il est irremplaçable, et le sera toujours."

 

PhotoGarder le sourire

 

LE MEILLEUR

Derrière la parodie, il y a un merveilleux film en hommage à Star Trek, et à toute la magie de la fiction. Ce n'est pas pour rien si les aliens sont des créatures candides et innocentes, et que le méchant dit à Jason de leur parler comme à des enfants. C'est grâce à la suspension d'incrédulité poussée au maximum que les Thermians ont vu, cru et rêvé de ces héros, allant jusqu'à recréer le vaisseau de la série, de fond en comble, dans les moindres détails. L'imagination n'a pas de limite, et ces aliens le prouvent en créant l'incroyable.

Ces Thermians ont beau avoir l'air de doux abrutis à première vue, le film ne cessera de montrer à quel point ils sont beaux, et détiennent le vrai savoir : la capacité à croire, rêver, et avancer. C'est d'autant plus joli que les acteurs blasés sont de leur côté incapables de voir leur pouvoir, alors qu'ils ont créé sans le savoir la magie des commandes, épisode après épisode, en construisant la mythologie de la série dans le regard des fans.

C'est l'équivalent d'un trekkie pur et dur qui les sauve, en les aiguillant dans le climax grâce à ses connaissances et surtout sa foi inébranlable. C'est aussi ce fan qui leur donne la vraie valeur de l'Omega 13, page blanche sur laquelle doit être écrite la fin. Le méchant y voit une arme de destruction massive ; les fans, eux, y voient la magie (de l'imaginaire, du scénariste), et le deus ex machina qui sauve leurs héros préférés. Et c'est l'autre facette très belle du film : cette déclaration d'amour aux fans, aux nerds, aux geeks.

 

photoLes vrais héros, ceux qui y croient

 

Galaxy Quest est une touchante et inattendue réflexion sur le pouvoir de la fiction, et sa capacité à emporter et créer des mondes entiers dans l'esprit du public. Et sur la nécessité de se laisser emporter, de ne pas résister, pour y gagner.

Le faux devient vrai au fil de l'aventure, dans un délire régressif où chaque acteur redécouvre son rôle, où chaque ficelle grotesque gagne en pouvoir grâce à la foi (le chant Larak tarath, les commandes du vaisseau, le compte à rebours de l'autodestruction qui ne peut arriver au bout selon les codes de la série). 

La fin du film est l'ultime profession de foi. L'équipe termine sur scène, devant les fans de la convention, comme dans une gigantesque mise en scène parfaite, pour le plaisir du public. Ils ont vécu toute cette aventure pour sauver leurs fans (sur Terre et ailleurs), et revenir sous leurs yeux pour revivre. Littéralement revivre, puisque c'est grâce à cette foi retrouvée, cette pureté revenue, que la série Galaxy Quest est finalement de retour, à la fois pour relancer leur carrière et réanimer leurs coeurs. Et ramener la magie.

Galaxy Quest, c'est aussi des acteurs excellents. Notamment Alan Rickman qui a rarement été aussi irrésistible, et Sigourney Weaver qui rappelle qu'elle est une actrice comique formidable (prière de revoir Beautés empoisonnées). Et derrière l'attraction facile et le rire, il y a la réflexion géniale, comme dans cette scène où Gwen rencontre un couloir truffé de pièges invraisemblables et hurle contre le scénariste qui les a imaginés.

 

Photo sigComme un bon épisode de Star Trek, parfois

LE PIRE

Galaxy Quest aurait certainement pu être plus. Plus drôle, plus fou, plus grand, avec davantage d'explorations, davantage de péripéties. Dans quelques petits moments précieux, le film ressemble bien à un bon épisode de Star Trek, mais c'est souvent trop court.

Qu'il ait existé une version un peu plus violente et outrancière n'est pas une surprise, tant l'histoire appelle à ces débordements. Galaxy Quest laisse ainsi une sensation de film un peu édulcoré, qui n'a pas eu l'audace ou les moyens d'aller au bout de ses idées. Le climax est un peu vite emballé dans des décors qui manquent d'imagination, et l'escale à la Star Trek sur une planète alien donne envie d'en voir plus, d'aller plus loin dans l'imagination tordue du film.

Ou peut-être est-ce simplement parce que l'équipage du Protector est trop drôle, trop touchante et trop pathétique pour ne pas simplement donner envie de les suivre dans de nouvelles aventures, toujours plus loin, toujours plus bêtes.

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DES MAL-AIMÉS DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Tout savoir sur Galaxy Quest

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commentaires
Pistolero
08/03/2021 à 20:52

Ça me donne envie remettre le dvd dans la PS4 :)
Mon dernier visionnage commence à dater !

THX
07/03/2021 à 23:55

@Dirty Harry
-> Tim Allen vote républicain, c'est pas super tendance à Hollywood

rientintinchti
07/03/2021 à 17:39

Vraiment excellent. Beaucoup d'humour. On ne s'ennuie pas.

john1
07/03/2021 à 12:07

Un excellent film a voir et a revoir ! Bourré d'humour et pas avare en action.

Geoffrey Crété - Rédaction
21/08/2016 à 23:18

@champy

La date de sortie est effectivement le 4 octobre 2000, info dispo sur la fiche du film en lien dans l'article ;)
On pensera à la rajouter dans l'article lui-même à l'avenir.

Geoffrey Crété - Rédaction
21/08/2016 à 23:14

@Karlito

Effectivement intéressant comme anecdote et clin d'oeil !

Karlito
21/08/2016 à 19:27

Petite chose amusante dans ce film. Il est fait hommage à Star Trek 5 avec son fameux et fumeux "rockman". Une scène finale géniale sur Storyboard de ST 5 (des sortes de créatures de pierres surgissant de la roche pour se battre contre Kirk, chouettes design et vraiment novateur pour la série), coupure de budget oblige, il était décidé d'en construire seulement une, avec un résultat désastreux lors des essais, de l'aveux même de Shatner et des producteurs, la créature avait coûté quand même 200 000 dollars. Du coup la scène n'a pas été entièrement tourné. Il l'existe des photos ou l'on voit Kirk dans les rochers se protégeant de "quelque chose". Dans Galaxy Quest on retrouve donc le fumeux "rockman", une créature faites de roches qui pourchasse le malheureux Tim Allen.

Lien pour admirer un travail de 200 000 dollars...:https://www.youtube.com/watch?v=KQI6TT8MJqU

Matt
21/08/2016 à 15:32

De Grabthar quel film!

Matt
21/08/2016 à 15:30

Sam Rockwell est aussi super drôle dedans. Le méchant est très soigné grâce à l'équipe de Stan Winston. Par le marteau de

diez
21/08/2016 à 14:36

Super film en effet. Vu par hasard il y a quelques années avec pas mal d'appriori, mais très bon souvenir au final.

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