L'indéfendable : Elektra avec Jennifer Garner, spin-off du Daredevil avec Ben Affleck

Créé : 27 août 2016 - Geoffrey Crété
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Parce que le bon sens a ses limites, certains films restent difficiles voire impossibles à défendre. Ecran Large leur consacre donc une rubrique spéciale : les indéfendables. L'occasion de revenir sur des ratages plus ou moins célèbres et controversés, salués par la presse, le public ou les deux.

  

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"Véritable produit léché" (Mad Movies)

"Un film aussi dynamique que sympathique" (L'Ecran fantastique)

"Les amateurs de comics devraient quand même s'y retrouver" (Première)

"Jennifer Garner peut évoquer Julie Christie, nez un peu bugné, lèvre hautaine, frange loubarde. Cette plastique tueuse à daguettes, dans le contexte de stupidité samouraï "kill-billiaire", renvoie une Uma Thurman au rayon des brouettes à râteaux" (Libération)

"Réalisateur tâcheron, effets spéciaux simplets, tout est au rabais dans ce téléfilm d'action" (Télérama)

 


 

LE RESUME EXPRESS

Tuée dans le navet Daredevil, Elektra est resuscitée grâce à Stick, un maître Jedi aveugle. Virée à cause du côté obscur de la Force qui la ronge, elle devient une tueuse à gages impitoyable avec des TOC - ranger sa brosse à dents perpendiculaire au dentifrice, compter les fenêtres d'une maison.

Sur une île isolée pour un nouveau contrat, elle sympathise avec les voisins : Mark et sa fille Abby. Elektra baisse sa garde parce que l'adolescente a aussi des TOC et que Mark lui propose un verre de vin. Puis, la terrible vérité : Elektra a été engagée pour les tuer. Elle essaie, hésite, puis refuse.

Elle les sauve des ninjas envoyés par The Hand, un syndicat du crime qui cherche à mettre la main sur un mystérieux Trésor. Kirigi, le fils du boss, forme une équipe pour tuer Elektra : Typhoid l'empoisonneuse, Tattoo qui donne vie à ses tatouages d'animaux, le colosse Stone, et Kinkou, qui était disponible. Poursuivie par les assassins, Elektra découvre que le Trésor est Abby, dotée du pouvoir suprême de la gourmette magique. 

Stick explique qu'Abby est censée chambouler l'équilibre de la Force, comme Elektra en son temps, et qu'il a testé son ancienne élève avec cette mission. Agacée mais confiante, elle organise un duel avec Kirigi, l'ultime bad guy puisqu'elle découvre qu'il a aussi tué sa mère.

Après un premier affrontement gagné par Kirigi, une sortie dans le labyrinthe de Shining sans neige mais avec des serpents, Elektra tue Kirigi et son équipe.

Tout est bien qui finit bien. Elektra repart, désormais sûre qu'Abby et Mark sont en sécurité.

FIN

 

Photo Jennifer Garner

  

LES COULISSES

Pour des raisons qui ne peuvent être qu'incompréhensibles avec le recul, Elektra a été commandé, maintenu par la Fox, et tourné plus d'un an après le tristement célèbre Daredevil sorti en 2003. Le film avec Ben Affleck a été un succès modeste en salles, avec près de 180 millions de recettes pour un budget de 78, mais est devenu quasi instantanément le symbole du mauvais et indigeste film de super-héros. La director's cut a depuis permis de remettre en question la catastrophe, mais jamais au point de sauver le film.

Le studio tentera bien de se démarquer du film en mettant en avant la franchise des X-Men dans la promo et sur les affiches, avec même la présence du scénariste de X-Men 2 dans l'équipe. Hasard ou décision raisonnée : une scène avec Ben Affleck a été tournée, mais coupée.

Le réalisateur Rob Bowman (Le Règne du feu, X-Files : Combattre le futur) a d'abord accepté le job parce qu'il a passé des années à développer quatre projets qui n'ont jamais vu le jour, et que la Fox lui a proposé le film. Il ne cache pas qu'il n'a jamais lu les comics lorsqu'il signe, et qu'il décidera de ne pas s'intéresser à l'aspect sexuel et très sombre de l'héroïne, qui étaient dans tous les cas incompatibles avec les ambitions de la Fox.

Contractuellement obligée de tourner le film, Jennifer Garner, qui a tourné Elektra entre deux saisons d'Alias, aurait admis que le film était minable. Il a dans tous les cas mis un sérieux frein à sa carrière alors en plein essor,  

LE BOX-OFFICE

Sorti en 2004, Elektra a coûté une quarantaine de millions, et n'a rapporté que 56 millions dans le monde, dont seulement 24 aux Etats-Unis. Un désastre.

Après un démarrage catastrophique, la fréquentation a chuté de 69% en deuxième semaine, l'un des pires scores de l'histoire des super-héros - il est juste après Batman v Superman : L'Aube de la justice, qui a chuté de 69,1%, et Hulk d'Ang Lee, avec 69,7%.

 

Photo Jennifer Garner, Rob Woman

Le réalisateur Rob Bowman et Jennifer Garner 

  

LE PIRE

Elektra n'est pas du niveau de Catwoman, le désastre incompréhensible de Pitof. Le film de Rob Bowman est plus ordinaire dans sa médiocrité : une enfilade de clichés hollywoodiens, avec quelques maigres scènes d'action et effets spéciaux, d'interminables mauvais dialogues et des acteurs moyens.

Du personnage torturé à l'histoire incroyablement noire, créé par Frank Miller dans les années 80, il ne reste qu'une héroïne hollywoodienne de bas étage, enfermée dans une intrigue classique de rédemption niaise. Elektra passe ainsi en 90 minutes de la tueuse solitaire sans foi ni loi, hantée par son passé, à l'héroïne qui a trouvé la paix, repris le contrôle de ses émotions et sa destinée, trouvé un ersatz d'amour et de famille, et surmonté ses TOC.

Mou, le scénario s'obstine à faire parler ses personnages, à montrer une Elektra vaincue et fragile, en insistant de manière presque comique sur ses petites obsessions, sans pour autant lui offrir suffisamment de matière avant la fin pour l'iconiser. Pendant la majeure partie du film, rien ne semble se passer, comme en pilotage automatique. Un film d'action sans vraie action, et un scénario de pacotille qui se déroule comme un film sérieux et profond.

 

Photo Jennifer Garner

 

Dès la première scène, où Jennifer Garner adresse même un clin d'oeil complice au spectateur avant de tuer sa victime, il semble clair que Rob Bowman et la Fox sont incapables d'assumer la super-héroïne. Sa rapidité lui donne des allures de mauvaise magicienne, qui surgit dans le cadre de manière grotesque accompagnée d'un bruitage kitsch. Ses pouvoirs existent souvent hors champ, dans les cut du montage, et ses morceaux de bravoure se résument à des combats banals, chorégraphiés sans folie ni imagination.

Sourcils froncés, moue contrariée, gloss sur les lèvres, Jennifer Garner prend la pose de guerrière, filmée cheveux aux vents comme dans une mauvaise publicité. Rob Bowman ne semble pas savoir quoi faire de son actrice et ce personnage, qui perd toute sa valeur dans le cadre d'une production mainstream. Adieu la sexualité, la sauvagerie, la noirceur, l'esprit malade et la puissance folle : Elektra est ici un stéréotype hollywoodien basique, d'autant plus ridicule lorsqu'elle se promène dans ce mauvais décor avec son costume culte.

 

Photo Jennifer Garner

 

Le combat final au milieu des nappes volantes était certainement pensé comme du Ang Lee ou Zhang Yimou, mais ressemble à l'écran à une scène mineure, voire ridiculue. Là est l'un des principaux problèmes d'Elektra : il n'a rien à offrir de grand, de beau, de mémorable ou simplement palpitant. De la scène de poursuite dans une forêt qui ressemble à celles des Ewoks, à ce labyrinthe à la Shining où se perdent les protagonistes, il y avait pourtant matière à produire de l'action et des images amusantes. Même les personnages de Typhoid et Tattoo, censés apporter une énergie visuelle avec leurs pouvoirs de comics, semblent désespérément hors propos, tandis que les aptitudes d'Abby sont simplement dignes d'une série Z.

Un constat d'autant plus douloureux que Rob Bowman a réalisé le premier film X-Files et Le Règne du feu, deux solides séries B. Sachant qu'il n'y a officiellement que quelques minutes coupées, contrairement à la trentaine de Daredevil, Elektra n'a en plus aucune issue de secours. Et si le cinéaste s'est notamment défendu en rappelant le budget relativement limité du film (deux fois moins que Daredevil, trois fois moins que Spider-Man de Sam Raimi), le film semble pourtant vouloir jouer dans la même catégorie du blockbuster, quitte à perdre sur tous les tableaux.

 

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LE MOINS PIRE

Elektra n'a aucune saveur, mais peut se vanter de quelques amusants partis pris. L'introduction vend ainsi le mythe d'une guerrière unique tiraillée entre le bien et le mal, utilisant l'imagerie autour de l'héroïne pour mieux tromper le spectateur ; car Elektra n'est pas le vrai moteur de l'intrigue, les deux camps se battant pour l'agaçante adolescente. Une manière inattendue de replacer la super-héroïne au second plan. Intéressante sur le papier, l'idée joue au final contre le film, contribuant à abîmer l'aura du personnage et à minimser l'intérêt de l'histoire. 

Même chose pour l'assassin de la mère d'Elektra : l'allure de diable vend une intrigue fantastique qui deviendra vite beaucoup plus simple. L'aspect déceptif du film aurait pu donner de bonnes choses, et témoigne d'un vague désir de contourner les règles du genre - des intentions cependant noyées dans un océan de banalité nettement plus visibles.

Aussi ordinaire soit-il, Elektra échappe de loin à l'horreur de Daredevil avec une approche plus sobre. Il suffit de comparer l'incontournable et ennuyeuse séquence d'entraînement de l'héroïne, rythmée dans le film de Mark Steven Johnson par Evanescence, pour se rendre compte que Rob Bowman cherchait à emballer un spectacle respectable. La présence du noble Terence Stamp va dans ce sens. Mais la victoire est maigre : s'il échappe globalement à la case de l'affreuse série Z informe à la Catwoman, Elektra n'est rien de plus qu'un produit sans âme, sans aucun intérêt ni ambition.

 

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commentaires

Vickers 29/08/2016 à 15:01

@Zanta

Rayon comédie, elle se débrouille bien dans 30 ans sinon rien, The Invention of Lying et Butter, même s'ils ont moins été médiatisés notamment chez nous.

Zanta 29/08/2016 à 12:48

Ce rôle et les deux films liés sont les parfaits exemples de mauvais choix d'actrice issue d'une série TV à succès.
De sa filmo, encore aujourd'hui, on ne retient que son apparition très Bristowienne dans le Catch Me If You Can de Spielberg.
(Juno et Dallas Buyers Club étant des showcases pour Ellen Page et Matthew McConaughey.)

Vomiton 29/08/2016 à 09:13

elle est super bonne Jennifer Garner dans Elektra , même dans un navet elle est bonne !

R5 28/08/2016 à 23:51

@The Blond

Dans Alias elle était très bien, dans mon souvenir.

The Blond Knight 28/08/2016 à 13:55

Jennifer Garner très mauvaise actrice incroyablement fade !

R5 28/08/2016 à 12:17

Ça doit faire l'unanimité si personne ne vient lancer de débat ou critiquer un mot de travers de l'article !

champy 27/08/2016 à 14:51

MDRRRR

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