L'inédit : Escapade fatale de David Twohy, avec Milla Jovovich

Geoffrey Crété | 24 juillet 2016
Geoffrey Crété | 24 juillet 2016
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

Affiche

 

"La suspension d'incrédulité a ses limites" (Comingsoon)

"Une histoire fantaisiste et épuisée" (Hollywood Reporter)

"On passe de l'ennui à l'incrédulité quand un climax de malade sort de nulle part" (Total Film)

"Il y a beaucoup de sang et peu de logique, mais les acteurs crient bien" (London Evening Standard)

"Twohy semble penser que l'éventuelle révélation est suffisamment intelligente pour valoir le prix du ticket. Ce n'est pas le cas" (Times UK)

  


 

LE RESUME EXPRESS

Cydney la belle et Cliff le binoclard arrivent à Hawaï pour fêter leur lune de miel : direction une plage isolée, accessible après une randonnée. En dignes touristes américains, ils ont peur de l'inconnu, et refusent de prendre en stop Thor avec sa copine, qui a l'air dangereux. Mais ils sympathisent vite avec Nick puis sa petite amie Gina, eux aussi embarqués dans la randonnée.

Lorsqu'ils apprennent qu'un couple a été retrouvé mort dans la région, la parano s'installe. Thor, qui rode autour d'eux, est arrêté par la police pour les meurtres après que des dents aient été retrouvées dans son sac. Cydney, Cliff, Nick et Gina sont soulagés, et reprennent leur route.

Sauf que Gina découvre l'horrible vérité : en regardant les photos de mariage de Cydney et Cliff, elle comprend qu'ils ne sont pas ceux qu'ils disaient être. Un flashback explique que c'est un duo de psychopathes qui volent l'identité de leurs victimes.

Gina tente d'avertir Nick, parti explorer une caverne en kayak avec Cliff. Cydney se lance à sa poursuite, et les deux couples se battent comme des chiens. Lorsque la police arrive, Cydney décide après quelques hésitations de dire la vérité : Cliff est abattu.

Nick demande Gina en mariage pour fêter leur survie, et ils décident ensemble de ne pas organiser de lune de miel.

FIN

 

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LES COULISSES

En 2009, la carrière de David Twohy a atteint une limite. Le scénariste (une version d'Alien 3 qui sera en partie recyclée pour le film de Fincher, Waterworld, G.I. Jane) est devenu un réalisateur estimé suite au succès-surprise de Pitch Black, série B avec Vin Diesel en warrior de l'espace. Après Abîmes, un thriller sous-marin remarqué, il répond avec une suite, Les Chroniques de Riddick, aux antipodes du premier épisode : un budget cinq fois supérieur, des ambitions de space opera, une franchise en devenir, et des attentes de blockbuster. Sauf que le film rembourse à peine son budget total (environ 115 millions au box-office), et n'est soutenu ni par les fans ni par la critique.

Refroidi par ce semi-échec, qui freine considérablement les plans de la franchise que Vin Diesel et lui ont en tête, Twohy s'écarte des studios. Il expliquera en interview avoir eu le besoin de réaliser un film plus modeste, hors du circuit des blockbusters. Une manière d'échapper à la pression et aux contraintes d'une superproduction, et revenir à ce qu'il maîtrise : la modeste série B susceptible d'être une pépite inattendue.

Escapade fatale (A Perfect Getaway) est donc la réponse directe aux Chroniques de Riddick : un film popcorn sous forme de whodunit à Hawaï, présenté comme un huis clos à ciel ouvert où deux couples embarqués dans une randonnée apprennent que des tueurs rodent dans la nature.

David Twohy avouera néanmoins avoir du lutter contre le studio pour sécuriser un R-Rating et ne pas couper la violence pour un PG-13.

LE BOX-OFFICE

Petit succès. Le budget d'Escapade fatale s'élève à 14 millions (très loin de la centaine des Chroniques de Riddick, et même inférieur aux 23 de Pitch Black). Le film récolte 15 millions aux Etats-Unis, et 22 au total dans le monde. Inédit dans les salles françaises, il sortira en DVD en mars 2010.

La version unrated, avec une dizaine de minutes supplémentaires, a été offerte pour la sortie DVD et Blu-ray.

 

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LE MEILLEUR

David Twohy est un excellent faiseur, moins capable d'innover que de recycler des formules classiques avec une approche old school : sur le papier, Pitch Black n'avait rien de notable, et sa valeur acquise au fil de années repose en grande partie sur son étiquette de petite pépité indé "sauvée" par les amateurs de genre.

Escapade fatale a donc des ambitions modestes. Sa valeur repose sur sa mécanique assumée de popcorn movie, entièrement dédiée au plaisir d'une intrigue à la Agatha Christie. Le huis clos habituel prend ici les couleurs de la jungle hawaïenne, avec l'immensité et la beauté des décors en contrepoint à la paranoïa et l'angoisse qui s'installe peu à peu dans l'intrigue. L'immersion dans ce faux paradis est primordiale, et le film se complait dans cette première phase, où les différents protagonistes se croisent, se rencontrent, se confient, livrant ça et là des (faux) indices. Au spectateur de les récolter, comme dans une innocente partie de Cluedo.

Puis, un virage à 180°. Aux 2/3, Escapade fatale change de visage. La phase tant attendue où le suspense se mue en action démarre dans la scène la plus douce et niaise du film. La délicate musique de Boris Elkis (qui compose quelques pistes mémorables) se transforme brutalement en rythme de guerre, le regard de Milla Jovovich bascule, et le film libère toute son énergie d'actioner dans une dernière ligne droite délectable.

C'est notamment dans cette partie que Twohy affirme sa place de metteur en scène, en emballant un troisième acte stylisé et furieux. Jouant parfaitement le jeu de son intrigue abracadabrantesque, il offre quelques montée d'adrénaline et plans peu ragoûtants, soutenus par un solide quatuor d'acteurs. Connue des fans de Lost pour un court mais mémorable rôle, Kiele Sanchez trouve parfaitement sa place aux côtés de Timothy Olyphant, face à Milla Jovovich et Steve Zahn réjouissants en Bonnie and Clyde déglingués. En arrière-plan, Chris Hemsworth pré-Thor et la trop discrète Marley Shelton (Planète terreur) assurent le service.

 

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LE PIRE

Lorsqu'il est dans l'obligation d'expliquer le grand twist du film, David Twohy déballe un long flashback bleuté. Un entracte nécessaire pour combler les trous de l'intrigue, mais surtout pour évacuer en quelques minutes toutes les questions du spectateur en jetant ce pavé dans la mare, coupant ainsi le film pour défendre son intrigue. Car le principal n'est pas là : il est dans l'action et le mystère.

Un parti pris qui pourra aisément consterner le cinéphile sensible à la subtilité, mais qui rappelle bien l'ambition simple d'Escapade fatale. Préoccupé par ce plaisir bête et méchant typique du divertissement décérébré, le réalisateur et scénariste balaye les nuances et exige du spectateur qu'il avale toute l'histoire et ses personnages. Pour peu qu'on accepte ce pacte, l'aventure se révèle alors totalement distrayante et excitante.

Escapade fatale n'aura donc pas les honneurs d'un grand film incompris ou oublié, mais se paye sans difficulté une petite place au rayon des plaisirs à peine coupables, qui ne cherche jamais à camoufler sa nature.

  

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commentaires

Diplo
28/08/2016 à 18:55

@MysteryK

Sauf que Pitch Black est sa grande révélation (les précédents n'étant pas des "perles" pour autant de monde).
C'est super de réaliser des épisodes de certaines séries, mais sauf quand on les initie ou que c'est exceptionnel, voir Vincenzo Natali au générique de tant d'épisodes montre bien qu'il a du mal à monter ses projets ciné. C'est aussi un scénariste, et il doit évidemment avoir envie de développer ses projets.

Riddick est sorti au ciné en France, mais pas Haunter (aui a eu une carrière limitée dans les salles du monde entier, avec pas mal de festivals mais peu de distribution "normale"). On parle de DTV sur un site de ciné français, logique qu'on parle de notre réseau de distribution...

MystereK
15/08/2016 à 13:56

Blason, Pitch Black est loin d'être un premier pour David Twohy, il avait déjà réalisé deux perles : Timescape et The Arrival et écrit Le fugitif et Warlock. Sinon, réaliser des épisode de série télé, ce n'est pas diffamant, surtout lorsqu'il s'agit de série de prestige comme Hannibal, The Strain, Wayward Pines ou la future American Gods, de plus en plus de réalisateur de cinéma se lance dans la série télé, James Foley en parle en bien dans un numéro de SO FILM. QUand David Twohy. Je ne vois de DTV pour aucun de ces deux réalisateurs, même si certains de leur denier films ne sont pas sorti au cinéma en France, ils l'on été à l'étranger, j'ai vu Haunter au cinéma et RIddick aussi.

graysam93
26/07/2016 à 15:43

Un film que j'ai vu grâce au nom de david twohy et qui m'a divertit. Le réalisateur me fait penser à vincento natali, qui a le même problème après un premier prometteur ( cube, pitch black), ils ont du mal à percer accumulant des échecs ( abimes, cypher, nothing, chronique de riddick, haunters) et se retrouve a devoir des réaliser des épisodes de séries, ou devoir se contenter de direct to video.

adoy
25/07/2016 à 17:45

Tres bon thriller, casting impeccable et rôles tres bien interprétés.

Geoffrey Crété - Rédaction
25/07/2016 à 13:30

@stivostine

On partage clairement votre avis sur Les Chroniques de Riddick !
http://www.ecranlarge.com/films/dossier/952943-le-mal-aime-les-chroniques-de-riddick-avec-vin-diesel

stivostine
25/07/2016 à 12:58

David Twohy est un excellent artisan, son riddick 2 d cut est un chef doeuvre pour moi et Escapade fatale est un tres bon divertissement comme le souligne votre critique

Mechanyk
24/07/2016 à 17:24

Vu car David Twohy. Dans le genre série B popcorn, c'est bien fichu, et ça ne démérite pas face à d'autres produits au pitch similaire.

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