Les Ogres-Dieux : après le succès de Petit, Soleil frappe fort avec Demi-Sang

Jean-Luc Hassaique | 15 juin 2016
Jean-Luc Hassaique | 15 juin 2016

Dans un univers de fantasy médiévale initié avec Petit, Les Ogres-Dieux, propose un nouveau récit, celui de Yori, dit Demi-Sang. Son histoire débute avant celle de Petit, pour s’achever simultanément.

Si l’éditeur Soleil n’hésite pas à dresser une parenté avec Game of Thrones, on serait tenté de voir dans cette série déjà multi-primée (le tome initial ayant remporté le Prix de la Meilleure bande-dessinée aux Utopiales de Nantes en 2015, ainsi que le Prix Jacques Lob la même année), une proposition autrement plus originale.

Si l’intrigue va certes chercher du côté de la fiction politique et des figures cristallisées par Machiavel, c’est bien son univers qui accroche le lecteur, et ses influences, qui vont du conte de Perrault à la fantaisie gothique, ainsi que sa relecture pertinente de la figure de l’Ogre.

Ogres dieux

Ici, Les Nobles-Nés dominent un royaume situé aux pieds de la demeure des Ogres-Dieux et gouvernent pour eux le peuple humain. Né parmi eux, Yori est néanmoins victime de son lignage, bâtard du Roi, il ne peut lutter contre les multiples complots intestins qui minent la noblesse et le prennent pour cible.

Renvoyé dans les bas-fonds de la cité avec sa mère, il entame une nouvelle ascension, monnayant ses charmes, usant de sa beauté mais surtout de son intelligence. Toutefois, si sa quête de pouvoir se déroule avec un succès phénoménal, ce dernier n’ira pas sans des compromissions qui pourraient bien ruiner ce qui lui reste d’humanité et de compassion.

D’une trame classique, Hubert et Gatignol tire un récit tout en fausse douceur, en nuance et en cruauté. A la manière des célèbres contes dont les artistes repiquent ici et là, motifs, figures et codes, cette odyssée politique et fantastique sait jouer tour à tour d’une candeur perverse et d’une agressivité scénaristique toujours élégantes.

Ogres dieux

Et si l’écriture sait manier ses influences tout en s’assurant un rythme toujours soutenu, c’est du côté du dessin que le lecteur trouve également de quoi se rassasier. Planches élégamment composées, ligne claire et contrastes habiles permettent de donner vie à cet ensemble tragique, où la violence, la mort et la trahison surgissent derrière chaque image.

En témoigne le dernier tiers du récit, impeccablement réussi, où la narration s’emballe jusqu’à dévoiler dans ses ultimes planches les traits déformés d’un des protagonistes, dont le visage, à l’image de l’œuvre dans son ensemble, voit sa pureté déformée (magnifiée) par une mutilation charnelle et symbolique.

Ogres-Dieux

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