Le mal-aimé : Scream 3 de Wes Craven, loin d'être le pire de la saga

Geoffrey Crété | 9 avril 2016 - MAJ : 29/09/2018 19:37
Geoffrey Crété | 9 avril 2016 - MAJ : 29/09/2018 19:37

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Cette semaine :  Scream 3 de Wes Craven.

 

Scream 3 poster

  

"Excessivement alambiqué" (New York Post)

"Craven a produit la pauvre copie carbone de son Freddy sort de la nuit" (Time Out)

"Une parodie de film-dans-le-film molle, qui clôt la trilogie avec un pétillement plutôt que la détonation qu'il mérite" (EW)

"Espérons que ce soit vraiment le dernier de la série parce que les cris commencent à se calmer" (Boston Phoenix)

"Interminable enchaînement de gaffes et jolies filles possiblement anorexiques" (Washington Post)

  


  

LE RESUME EXPRESS

Sydney Prescott travaille pour SOS Détresse Amitié et s'est isolée du monde dans un ranch.

A Hollywood, le tournage de Stab 3 va commencer. Mais le meurtre de Cotton Weary, devenu une superstar de la TV, inquiète la production, qui a peur que la réalité rattrape la fiction. Ce que confirme le meurtre de la bimbo du film, dans les locaux du studio.

Le tueur, désormais capable de modifier sa voix pour entourlouper ses victimes, recherche activement est où cachée Sydney. Et finit par l'appeler chez elle pour lui faire peur. 

Informée par la police, Gale Weathers enquête sur les indices laissés par le tueur sur ses scènes de crime : des photos de Maureen Prescott, mère de Sydney, jeune. Elle va voir Dewey, qu'elle a quitté pour sa carrière et qui ne lui a pas pardonné. La preuve : il est devenu le gardu du corps de Jennifer Jolie, interprète de Gale dans les films Stab

Le tueur fait exploser la maison de Jennifer, et affirme qu'il a tué Maureen Prescott. Sydney débarque au commissariat au moment exact où tout le monde a besoin d'elle, et mène également l'enquête. La soeur de Randy (mort dans le van de Scream 2) débarque au moment opportun et leur livre une vidéo enregistrée par son frère : il leur explique que dans le chapitre final d'une trilogie, c'est le chaos, et même les héros peuvent y passer.

Sydney a la brillante idée de visiter les décors de Stab 3, et visite une scène de crime dans sa maison avant d'être attaquée par le tueur (ou pas). De leur côté, la vraie Gale et la fausse Gale découvrent que Maureen a jadis tenté d'être actrice pour le producter des Stab. Qui leur avoue qu'elle a (en gros) participé à quelques partouzes hollywoodiennes en son temps.

Le tueur rassemble toute la troupe dans la maison du dit producteur, massacre quelques acteurs, et kidnappe Dewey et Gale pour attirer Sydney. Elle tente de tuer le méchant, mais finit par aller se cacher dans la salle de projection où elle était censée aller. Révélation : le tueur est Roman, réalisateur de Stab 3 mais surtout demi-frère de Sydney, né à Hollywood et renié. Sydney se fait tirer dessus (oh!) mais porte un gilet pare-balle (ha...). Elle poignarde son demi-frère puis l'achève avec un headshot.

Libérée, délivrée, Sydney invite ses amis (qui vont se marier) dans sa maison de campagne. Et elle laisse la porte ouverte. Preuve que tout va bien, enfin.

 

Scream 3

 

LES COULISSES

Scream 3 a été lancé comme une évidence après le succès du deuxième film, Wes Craven et les acteurs étant liés par contrat à une trilogie. Kevin Williamson, le scénariste original, avait livré dès le départ deux histoires pour les suites : celle de Scream 3 voyait les héros affronter le tueur à Woodsboro, où un nouveau Stab était tourné. Mais la fusillade de Columbine en 1999 pousse le studio à revoir leurs plans. Ehren Kruger est engagé : il déplace l'action à Hollywood pour éviter de raconter un massacre dans une petite ville, et met en avant l'aspect comique pour réduire l'hémoglobine.

A l'écran, c'est un festival de second degré et concessions faîtes avec la réalité. L'équipe de Stab se plaint de voir les meurtres dans la vie réelle menacer la production (comme Scream 3 avec Columbine), les acteurs se plaignent de recevoir de nouvelles pages de scénario tous les jours (comme c'était le cas pour Scream 3), le personnage du réalisateur dit qu'il voulait réaliser une histoire d'amour mais que le studio lui a d'abord imposé ce film d'horreur (comme Wes Craven avec Scream 3 et La Musique de mon coeur), et le personnage de Sydney est au second plan car Neve Campbell n'a que 20 jours de disponible. Wes Craven travaille lourdement sur le scénario pour maintenir un niveau de violence qu'il juge indispensable (le studio avait un temps envisagé de totalement l'évacuer), et rattraper les bourdes de Kruger qui ne maîtrise pas l'univers de la série (une version voyait Sydney devenir une guerrière à la Sarah Connor).

 

Scream 3

 

Sans surprise, la fin est modifiée plusieurs fois. L'idée originale de Kruger, où un club de fans de Stab était responsable des meurtres, est abandonnée. La vraie fin, jugée trop simple, est rattrapée lors du montage pour rajouter du suspense : Sydney se prend quelques balles pour faire croire à l'incroyable, et le personnage de Mark Kincaid est remis au milieu (pour rien) lorsque la production réalise qu'il avait été simplement oublié en chemin.

LE BOX-OFFICE

Scream 3 a coûté 40 millions, bien plus que Scream (15 M) et Scream 2 (24 M). Il rapporte plus de 160 millions, dont près de 90 sur le sol américain. Moins que les deux précédents films, qui ont connu une carrière similaire : environ 170 millions au box-office mondiale, dont une centaine aux USA.

 

Scream 3

 

LE MEILLEUR

L'existence de Scream 3 semble reposer sur un "pourquoi pas". Pourquoi pas faire une suite ? Pourquoi pas donner aux gens ce qu'ils attendent ? Pourquoi pas trouver quelque chose à raconter pour faire revenir Sydney ? D'où un sentiment global d'avoir affaire à un film poussif, qui avance au-delà des frontières du nécessaire et du logique.

Paraxodalement, c'est grâce à cette vacuité que le film est un plaisir jouissif, qui ne s'encombre quasiment plus d'aucune cohérence ou explication. Le vide est ainsi comblé par d'inombrables clins d'oeil, hommages et jeux de film-dans-le-film, avec un Stab 3 qui offre un miroir déformé aux minces héros officiels. Parker Posey ressort grande gagnante de la chose avec une performance totalement géniale, qui éclipse souvent ses partenaires. Elle incarne à la perfection l'aspect campy et grotesque de ce troisième épisode qui, à ce stade, assume profondément et sans honte aucune ce goût pour le pastiche qui fait partie de son ADN.

Wes Craven prend alors un vrai plaisir à filmer et malmener tous ces pantins, et transforme Scream 3 en simple attraction. Sydney se retrouve ainsi dans les toilettes et la maison du premier film, poussée dans un train fantôme qui n'a plus d'autre raison d'être que divertir, amuser, et offrir quelques frissons innocents. Avec ses miroirs sans teint et son passage secret dans la bibliothèque, la maison du producteur de cinéma assume totalement cette idée. Et comme le terrain de jeu s'appelle désormais Hollywood, Scream s'offre une belle explosion pour rendre hommage à la Cité des anges et ainsi surprendre les fans, habitués à des mises à mort plus simples. L'exercice semi-parodique est ainsi poussé dans ses retranchements avec une malice irrésistible.

 

Scream 3

 

LE PIRE

L'évolution logique et inévitable de la franchise, qui déplace peu à peu le curseur vers la parodie plutôt que l'horreur et le thriller (ce que confirmera le quatrième opus), peut déplaire. N'ayant pas vraiment d'autre option viable, Scream 3 sa vautre dans un second degré totalement assumé et éprouvé.

Evident mais non négligeable : hier rafrîchissante, la formule de Scream est alors usée jusqu'à la corde, le slasher ayant connu une période peu glorieuse dans le sillage de Wes Craven avec Souviens-toi... l'été dernier, Urban Legend et Cie. En plus de sa parodier lui-même, Scream 3 semble donc avoir été piétiné par d'autres jusqu'à avoir perdu toute sa substance.

A l'image de la bimbo Sarah, dont le moment de gloire est particulièrement insipide, Scream 3 n'offre pas que du mémorable, et n'a pas pas toujours la cruauté ou l'imagination espérées. Mais reste au final fidèle à l'âme de la saga.

Ainsi, les motifs et l'identité du tueur sont grandiloquents, mais pas beaucoup plus que dans les autres (la maman qui se venge après un relooking de l'extrême, et le jeune en quête de célébrité, qui sera repris dans Scream 4). Le tueur laisse des indices ridicules derrière lui et disparaît comme par magie (près de la voiture, derrière les miroirs sans teint), mais là encore, rien de plus scandaleux que les Scream d'avant ou d'après. Les défauts de Scream 3 ne sont donc pas totalement étonnants ou nouveaux : ils sont surtout moins bien tolérés.

 

LA SCENE CULTE 

 


 

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commentaires

Mawia
14/05/2016 à 15:23

D'accord avec tout ça... Scream 3 est vraiment mal-aimé, alors qu'il est vraiment très drôle et malin.
Scream 4, je continue à penser qu'il est largement trop défendu et apprécié, surtout en comparaison... Pour l'avoir revu, c'est vraiment inutile, grossier, bien trop poussif, et limite ridicule.

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