La Bataille de la Montagne du Tigre : retour sur l'éblouissant Tsui Hark

Jacques-Henry Poucave | 16 juin 2015
Jacques-Henry Poucave | 16 juin 2015

Le 17 juin sortira sur nos écrans La Bataille de la Montagne du Tigre, soit le nouveau film complètement barré de Tsui Hark. Parce qu’au milieu de la concurrence acharnée qui règne cet été, la lutte sera rude, on vous en dit un peu plus sur une œuvre qui mérite toute votre attention.

En mai 2004, lors de la traditionnelle conférence de presse du Jury du Festival de Cannes, Tsui Hark déclarait avec malice : « Je suis heureux de savoir que je me trouve au paradis, moi qui me considère un peu comme le diable dans ce groupe. » Et force est de constater qu’entre Tilda Swinton, Emmanuelle Béart et Jerry Schatzberg, le réalisateur faisait véritablement office de trublion. Le genre à faire passer le président du Jury d’alors, Quentin Tarantino, pour un enfant de chœur allergique au vin de messe.

Un regard sur la filmographie de l’artiste donne le tournis. On y trouve pêle-mêle du drame, de la romance, du kung-fu, du wu-xia-pian, des œuvres à dominante historique, des films d'action ou d'aventure, et même du Van Damme. A première vue, on pense avoir affaire à un cinéaste dans la plus pure tradition du divertissement asiatique, héritier logique de la Shaw Brothers. Soit (pour la majorité des spectateurs) une curiosité pas évidente à appréhender, voire totalement inaccessible. Ce serait commettre là une sacrée belle erreur.

Tsui Hark voit le jour à Saigon en février 1951 (bien avant que la ville ne  devienne Ho Chi Minh City). Dès ses 13 ans, Tsui réalise ses premiers films expérimentaux en 8mm, bien avant de rejoindre l’université d’Austin (Texas) où il se formera « professionnellement » au cinéma. Il retourne à Hong Kong en 1977 dans l’idée de tourner son premier film. Il se fera la main deux années durant sur le petit écran.

Voilà ce qu’on appelle un cocktail détonnant. Issu du continent où va fleurir un cinéma de divertissement d’une richesse incomparable, le jeune Hark se sera donc très tôt confronté au concurrent culturel du cinéma asiatique. Il retirera de ce double héritage une profonde connaissance des genres cinématographiques et de leur fonctionnement, une capacité à métisser ses créations, à en brouiller les influences jusqu’à tendre vers l’universel.

Si son premier long-métrage, Butterfly Murders est aujourd’hui considéré comme la source d’un vent de renouveau qui devait souffler sur le cinéma de Hong Kong, c’est sans doute en grande partie grâce à cette nuée d’ingrédients, tant esthétiques, que thématiques ou politiques que charrient dès le départ les univers qu’il convoque.

Le reste de sa prolifique carrière sera marqué par la volonté de marier les formes classiques des récits chinois avec des entités remarquables du Septième Art. Un désir profond qui irrigue toutes ses œuvres et atteint une relative perfection aujourd’hui avec La Bataille de la Montagne du Tigre. Si depuis 2005 et son glorieux Seven Swords on pouvait voir dans ses efforts une invraisemblable capacité à synthétiser le cinéma d’aventure occidental, le wu-xia, voire le Chanbara, tout en leur inoculant une bonne dose de satire et de critique politique, ce mélange improbable semble arriver tout à fait à maturité.

La Bataille de la Montagne du Tigre pousse non seulement le jusqu’au-boutisme du réalisateur dans ses derniers retranchements, mais lui permet également de renouer avec une vélocité qu’il n’avait pas retrouvé depuis Time and Tide. Sorte de revanche sur deux expériences américaines particulièrement frustrantes, ce pur film d’action fut un choc pour de nombreux spectateurs, sidérés de voir jusqu’où le metteur en scène pouvait pousser la logique de ses gunfight, qu’il n’hésitait pas à transformer en véritables ballets, au gré de jeux avec la profondeur de champ quasiment jamais vus.

Son dernier film, situé en 1946 (et dont vous pouvez lire la critique ici) est pour lui l’occasion de renouer avec les armes à feu et un niveau technologique qui l’autorise à nouveau à lâcher au-delà de toutes limites sa folie frénétique.

Signe distinctif d’un auteur que le grand public français ne connaît pas encore assez, chacun de ses films contient assez d’idées pour nourrir la carrière de la plupart des cinéastes « normaux ». Une orgie d’inventivité qui paraît ne jamais devoir se tarir, comme si Hark nous offrait un emballement perpétuel, une boule de feu descendant à une vitesse exponentielle les flancs d’un volcan.

À l’heure où le public paraît en demander toujours plus, comme en quête d’œuvres nécessairement méta, forcément mutantes et évidemment hybride, le cinéma de Hark s’impose comme une évidence.

On se prête ainsi à espérer que tous ceux qui se régalent de voir les Avengers se multiplier, se félicitent du Dino-porn d’un Jurassic World auront la curiosité de découvrir La Bataille de la Montagne du Tigre, sorte d’éruption de plaisir cinéphile surpuissante, et qu’ils se pencheront ainsi sur une des carrières les plus éclectiques et enthousiasmantes du cinéma contemporain.

commentaires

Muscardin
18/06/2015 à 02:06

Il faut absolument rendre hommage à HK video et à Christophe Gans qui firent découvrir le grand Tsui Hark à toute une génération de Francophones dans les années 90 et 2000. Zu, The Lovers, Green Snake, Butterfly Murders, We are going to eat you, The Blade, Il était une fois en Chine, Shangai Blues et j'en passe, ce fut une véritable orgie de miracles filmiques qui débarquaient sous la bannière de HK Video, rhaaa quelles belles années cinéphiliques! Je n'avais plus reçu une telle claque depuis la découverte de Miyazaki! Et si aujourd'hui on se souvient surtout de ses films d'action, j'invite tout le monde à redécouvrir également ses films plus romantiques (The Lovers et Green Snake, deux rêves éveillés). Dommage que Peking Opera Blues ne soit jamais sorti dans nos contrées. A voir aussi ses productions comme la trilogie des Histoires de Fantômes chinois.
Un des plus grands cinéastes encore vivants et peut-être le plus grand cinéaste des années 90.

Dede
16/06/2015 à 21:52

Après 2 détective dee réussis c'était couillu de la part de tsui
Je suis curieux de voir ca

Oncle
16/06/2015 à 21:50

Joli dossier
Ca donne envie !

Pity
16/06/2015 à 21:49

Un spectacle rafraîchissant et bienvenu par ces temps de fortes chaleurs et de divertissement aseptisés
Je vais me précipiter

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