Le Festival de Cannes en Low Cost, c'est possible !

Nicolas Thys | 6 mai 2014
Nicolas Thys | 6 mai 2014

Imaginez... Fin avril, un ami vous dit : « On va au Festival de Cannes, c'est dans deux semaines ? ». Vous lui rappelez : « Mais on n'a pas d'accréditation, on n'a pas de logement, on n'a pas d'argent, on ne connait même pas Cannes. » Lui de rétorquer : « Pas grave, on verra là-bas. » Que faites vous ?

A. Vous l'imaginez là-bas en train de galérer quand vous restez confortablement chez vous.

B. Vous changez d'ami.

C. Vous lui dites « Bon, okay, on y va ».

D. Réponse D.

Nous on a choisi la C.

Cannes. Ville semi-morte pour retraités qui, depuis plus de 60 ans, devient pour dix jours le foyer des people, le rendez-vous des professionnels du cinéma et d'une foule d'anonymes qui veulent pouvoir dire : « J'ai vu une star à moins de 20 mètres ». Parmi eux, certains ne disposant d'aucun sésame pour pénétrer à l'intérieur des salles et se poser sur un siège aimeraient se débrouiller pour voir des films (et oui car Cannes c'est aussi quelques films entre deux beuveries). Evidemment, pendant cette décade, les prix s'envolent, et tout ce qui est à vendre ou à louer l'est à prix d'or.

Rien de plus saugrenu donc que cette réponse C. Et pourtant, après l'avoir testé en 2013, on le dit : rien d'impossible là dedans. Il faut juste disposer de quelques jours de liberté. Comment donc faire un festival de Cannes Low-Cost sans badge et avec peu de moyens ?

Déjà la préparation. Il faut savoir que peu importe qui vous êtes, star ou clochard, les séances du soir ont un dress code. Pour les hommes : costume noir, chemise blanche, souliers noirs, nœud papillon noir. Vous portez du bleu foncé, vous préférez les cravates, vos Doc Martens sont classes, votre chemise est grise : vous ne passez pas, même sur invitation. Pour les femmes c'est robe et chaussures de soirée. Après, que vous portez du Dior ou du Tati, c'est équivalent : les deux se valent quand il s'agit d'accéder au Grand Palais. Donc premier trajet via Le Bon Coin. Ah ! Un costume à ma taille à 14 euros. Voilà c'est fait.

Le Transport : les trains sont bondés, les avions hors de prix, le stop vous rebute. Comment faire ? Plusieurs solutions, on en retiendra deux. Le covoiturage et pour 60 euros vous descendez et vous remontez soit 120 euros aller/retour. Moins cher ? C'est possible aussi. Ouigo propose un TGV Paris Marseille pour 10 euros, une fois arrivé : covoiturage pour Cannes à 10 euros. Soit l'aller/retour à 40 euros. Plus long mais moins onéreux. 

Le logement et la nourriture. 9 mètres carrés pour 400 euros c'est trop cher ? Et bien à 6 km du festival on trouve deux campings avec toujours quelques places. Vous avez une vieille tente, un sac de couchage alors vous voilà parti. Au tarif de 75 euros par personne pour 8 jours, c'est imbattable. Les bus circulent de 6h à 2h pendant le festival et la carte de bus est à 10 euros la semaine. C'est moins confortable qu'un palace, mais c'est aussi bien moins cher et on ne va pas à Cannes pour dormir ! Le budget nourriture peut être faible si on s'incruste dans des soirées ou si on supporte les sandwich. Au total on en a eu pour environ 8 euros par jour.

Et le plus important : les films. Là ça se complique mais plusieurs solutions s'offre à vous. Déjà, les invitations sont de deux couleurs. Les meilleures sont censées être les bleues, celles pour les sans badge. Mais les roses fonctionnent aussi. Il suffit de demander à quelqu'un d'accrédité de dire au vigile que vous êtes avec lui, et ça marche. Enfin ça marchait en 2013, on espère que le règlement sera toujours le même.  

La première : vous connaissez une personne qui bosse dans le cinéma, ou un ami d'un ami connait quelqu'un qui bosse dans ce milieu ? Il y a 80% de chances qu'il soit là-bas, le monde cannois est tout petit donc vous le croiserez et les accréditations pleuvent bien plus qu'on ne l'imagine. Ce fut le cas l'année passée. A peine arrivé devant le palais des festivals, voilà venir deux charmantes attachées de presse de Carlotta : « On a deux places pour le film de demain à 8h, ça vous dit ? ». Et voilà déjà un film.


Deuxième solution : vous ne connaissez absolument personne. Sur place, vous retrouverez au milieu de gens avec des affiches : « Une place, SVP. » Une chose à savoir : pour la sélection officielle, les places sont gratuites, impossible d'en acheter et nul n'a le droit de vous en vendre mais on les donne facilement. Pourquoi ? Imaginez une équipe avec 6 personnes accréditées, ils ont 6 places pour tel film mais ils ne sont que 3 à effectivement aller le voir. Si les 3 places restantes ne sont pas utilisées, leur quota d'invitation diminuera. Ils ont donc tout intérêt à les donner. Toutefois, on déconseillera les affichettes ridicules. Vous pourrez vous promener longtemps sans résultat. La seule méthode efficace consiste à aller voir les gens qui ont des tickets dans les mains et tenter votre chance. Ne vous inquiétez pas, ils ont l'habitude. Pour la sélection officielle, toutes séances sauf celle de 19h, le résultat est surprenant. En 3 minutes, voilà deux places pour Only god forgives, en 5 minutes c'est La Vie d'Adèle ou The Immigrant et 30 minutes Only lovers left alive. Parfois très bien placés, à quelques rangs du jury. Tentez aussi les séances de minuit, les gens boivent déjà et des dizaines de places sont disponibles.

Pour 19h et la fameuse montée des marches, c'est autre chose. La meilleure technique : faire le vautour. Enfilez un costume, allez vers les vigiles et attendez. Vous aurez toujours quelques rebelles pour ne pas croire au pouvoir du dress code. Une fois que les vigiles les auront sortis, vous vous (jetez sur eux) les regardez avec compassion et vous récupérer leur place. Il est trop tard pour trouver un costume adéquat, ils n'auront plus rien à faire de leur ticket, donc ils le donneront si tout va bien !

Pour les autres sélections, c'est plus délicat car les badgés entrent sans invitation donc très peu circulent. Pour La Quinzaine des réalisateurs, vous pourrez acheter des places si le portefeuille vous en dit. La Semaine de la critique est toujours bondée, pas de places à acheter et donc difficile d'y entrer. Reste Un certain regard dans le petit palais. Peu d'invitations mais on parvient à en trouver régulièrement car même si les films sont souvent excellents, ils sont moins médiatisés, plus pointus et peu de gens cherchent. Deux dernières programmations : l'ACID un peu excentrée mais les invitations circulent bien et Cannes Classic avec des tickets jaunes qu'on trouve aussi facilement devant le Palais. Moins le réalisateur est connu, plus le film est ancien, plus la séance est tôt ou tard, et plus les places seront faciles à obtenir.

Au final, en huit jours on aura obtenu des places pour :

Bends de Flora Lau                                                  As I lay dying de James Franco

Sarah préfère la course de Chloé Robichaud        Les Salauds de Claire Denis

La Jaula de oro de Diego Quemada-Diez              Magic magic de Sebastián Silva

My sweet pepper land de Hiner Saleem               Plein soleil de René Clément

Borgman d'Alex van Warmerdam                          Only God forgives de Nicolas Winding Refn

Nebraska d'Alexander Payne                                 The Immigrant de James Gray

La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche                      Zulu de Jérôme Salle

La Vénus à la fourrure de Roman Polanski         Only lovers left alive de Jim Jarmusch

Blind detective de Johnnie To

La cérémonie de clôture d'Un certain regard

Une table ronde professionnelle

 

On a aussi obtenu des places pour d'autres films, impossibles à voir car ils chevauchaient certaines séances, preuve que les places sont nombreuses. Seuls trois d'entre eux (Borgman, Plein soleil, Magic magic) ont été vus grâce à des connaissances qui nous ont donnés les billets. Le reste : système D expliqué ci-dessus. Films ratés (car oui tout n'est pas parfait, il faut un temps pour se roder) : Inside Llewyn Davis et Behind the candelabra.

Argent dépensé au total : environ 200 euros pour 8 jours, tout compris.

Et pour les chasseurs de tête, quelques personnalités (un tout petit peu connues) passées devant nous (et pas au loin dans une foule) sans même qu'on ne le cherche : Steven Spielberg, Nicole Kidman, Ang Lee, Christof Waltz, Tony Leung, Sean Connery, Agnès Varda, Thomas Vinterberg, Alexander Payne, Max Von Sydow, James Franco, Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Vincent Lindon, Jane Campion, Kylie Minogue, Leos Carax, Claire Denis, Michael Cera, Mads Mikkelsen, Golshifteh Farahani (deux fois), Alain Delon, Forrest Whitaker, et last but not least, le meilleur pour la fin : Bernard Menez (trois fois).

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