Séries mania : la sélection britannique

Nicolas Thys | 5 mai 2014
Nicolas Thys | 5 mai 2014

Premier constat, le Royaume-Uni est en grande forme avec une production originale et variée et surtout extrêmement maîtrisée. Cela fait déjà quelques décennies que nos voisins d'outre-manche nous narguent avec des séries qui font désormais parties de la culture populaire, de Chapeau melon et bottes de cuir ou Le Prisonnier à Doctor Who, ou Absolutely fabulous, et ils ne sont pas prêts de s'arrêter.

Sur huit séries présentées et cinq vues cette année, on serait tenté de toutes les conseiller. Leur grand intérêt : éviter de copier les séries américaines et donc les redondances incessantes dans les thèmes ou le traitement des genres. De plus, les saisons sont souvent courtes, avec une douzaine d'épisodes au maximum, les intrigues ne connaissent guère de graves faiblesses et elles vont à l'essentiel. Difficile de s'ennuyer devant en somme.


 

Ces cinq séries sont :

Peaky blinders

Créée par Steven Knight, qu'on connait pour avoir écrit le scénario des Promesses de l'ombre de Cronenberg, Peaky blinders est une plongée dans un gang de Birmingham ayant réellement existé juste après la seconde guerre mondiale. On a tout pour aboutir à une histoire forte sur la durée : du flic coriace auréolé de victoire sur l'IRA venu les corriger aux guerres avec des familles rivales, des histoires d'infiltration, de trafics et de chantage. Le tout est porté par un Cillian Murphy qu'on n'avait guère été aussi bon depuis Le Vent se lève. En outre, la série a remporté les BAFTA de la meilleure photographie et de la meilleure réalisation et on comprend. A voir la série sur grand écran, on se rend d'autant mieux compte de son potentiel cinématographique : la mise en scène n'a pas été formatée télé et la profondeur de champ admirable, permettant de restituer au mieux l'atmosphère d'époque et de reconstituer la ville dans ses moindres détails. Six épisodes ont pour le moment été tournés et une seconde saison est prévue.

Potentiel sur la durée : 5/5

   

Dates.

Le scénario est mince : un épisode équivaut à une rencontre ou un premier rendez-vous. On s'attendait au pire et c'était sans compter son créateur et scénariste, Brian Esley, à l'origine de Skins avec Jamie Brittain. Les trois premiers épisodes sur les neuf de la première saison, sont tout simplement excellents et leur durée de 25 min n'y est pas pour rien. Le rythme est tenu et l'ensemble passe vite avec des situations réalistes et qui ne vont jamais trop loin ni dans le grotesque ni dans l'émotion guimauve. La psychologie des personnages est fouillée et la réalisation soignée. Et loin d'être une simple série d'anthologie, les personnages se retrouvent liés les uns aux autres dans une sorte de série chorale exemplaire.

Potentiel sur la durée : 4,5/5


Southcliffe

Minisérie en quatre épisodes, Southcliffe est l'œuvre de Tony Grisoni, responsable des scripts de Terry Gilliam entre Las Vegas Parano et Tideland. Pas de saison 2 ici ni de durée interminable et c'est tant mieux car tout est cohérent et tient la route d'un point de vue narratif. Le show est un drame assez intense où on suit le bouleversement d'un petit village anglais quand l'un de ses habitants devient un « mass murderer » et se met à tirer au fusil sur les gens qu'il croise dans la rue. La série montre, selon les épisodes, le passé des individus, leur quotidien et l'après-drame. On se concentre sur quelques individus dont certains avaient quitté la région depuis longtemps et d'autres sont les rescapés du drame. Si on avait rarement vécu une plongée aussi forte dans un tel événement, la série n'évite guère le psychologisme et certains écueils inhérents à ce genre de drame. Néanmoins, son traitement est plus fin qu'à l'accoutumée avec une construction intéressante : chaque épisode possède une finalité propre et l'ensemble permet de développer de nombreux points et de s'attarder sur différents personnages sans s'éparpiller. La série bénéficie aussi d'une réalisation solide, d'ambiances macabres et inquiétantes et d'un montage excellent.

Note : 4/5 : la série a remporté le prix du public de Séries Mania

 

 

Black Mirror

Ceux qui connaissent Dead set se jetteront comme des loups affamés sur Black mirror et risquent d'en sortir ravis car même si le créateur change de registre, son ton noir et féroce est bel et bien présent. Les autres peuvent voir les deux sans hésitation ! La nouvelle série de Charley Brooker en est déjà à sa deuxième saison et comme Sherlock, chaque saison ne comporte que 3 épisodes. Un thème relie chaque épisode, indépendant les uns des autres : les nouvelles technologies et les moyens de communication. Le discours est clair, poussé jusqu'à l'absurde avec des idées parfois étonnantes, notamment dans le premier épisode de la saison 1 qui voit une personnalité liée à la couronne kidnappée et une demande de rançon stupéfiante, ou caricaturales mais intelligentes, sur le contrôle de la société et la population vue comme un mouton. L'ensemble offre ne critique du monde contemporain tout à fait pertinente et n'est pas, parfois, sans rappeler La Quatrième dimension. Cependant, nous ne sommes pas à l'abri d'un épisode plus faible de temps à autre.

Potentiel sur la durée : 4/5.


Babylon

Après un premier épisode décapant, signé Danny Boyle dont on retrouve certaines marques de fabrique, notamment dans le rythme et le montage, on se demande comment Babylon va faire pour rester aussi drôle et formellement intéressante dans les six suivants. On est ici en présence d'un objet étonnant : une série policière sans véritable héros en costume. Au contraire, les personnages principaux sont des « publicistes » au service de la police de Londres dont il est plus que nécessaire de conserver une image parfaite malgré les bourdes commises les unes après les autres et les éléments perturbateurs à moitié fous ou incompétents. La personne chargée des relations n'est autre que Brit Marling, qu'on était plus habitué à voir dans des films indépendants US et qui s'en tire ici avec les honneurs. Elle a été débauchée par le préfet de police alors qu'elle bossait pour Instagram et apparaissait dans une vidéo des désormais célèbres TED. Avec un humour et une ironie très british Babylon se livre à une critique acerbe des images et de l'écart entre ce qui est réellement et ce à quoi on a accès, soit problématique très contemporaine mais rarement aussi bien mise en avant.

Potentiel sur la durée : 3,5/5

 

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