FEFFS 2013 : jour 2

Simon Riaux | 16 septembre 2013
Simon Riaux | 16 septembre 2013

Alors qu'elle rédige ces modestes lignes, la délégation de la Team EL envoyée en villégiature à Strasbourg est dans l'obligation de se laisser passer sous le nez un alléchant petit déjeuner avec de sémillants confrères, quelques attachées de presse motivées, et un quarteron de danseuses exotiques colombiennes. Le sacrifice est de taille, le dilemme fatal, mais c'est à ce prix que s'écrit ce qui suit et que se dessine la possibilité d'avoir terminé son office pour découvrir Big Ass Spider.

Avant cette rédaction précipitée et cette course contre la montre effrénée, il y eut bien des rebondissements, des métrages, et des verres de Gewurtz. Alors que la fatigue point, que les paupières sont lourdes comme autant de ragondins morts que notre système lymphatique est à deux doigts de défaillir, l'heure est venue de vous conter les dernières aventures du FEFFS (et non pas du FESSF, comme s'évertua à me le répéter Tonton BDM).

 


Tout avait pourtant bien commencé, me signale mon ineffable assistante uruguayenne, recrutée la veille dans un cabinet de curiosité pas tout à fait légal. En effet, tout festival qui se respecte possédant son moment d'égarement, son film sélectionné par erreur, une œuvre dont l'unique mérite est d'exister, il nous tardait de découvrir la chose. Proxy fut son nom. Notez que votre serviteur n'a jamais rien contre une bonne dose de sexisme craspec, ne fait que rarement la fine bouche devant le saphisme le plus débridé, et ne voit pas grand chose à redire aux meurtres d'enfants, pour peu qu'ils soient perpétué dans le respect minimum des normes d'hygiène. Mais pour le coup, Proxy explosa tous nos standards, et si l'on n'osera pas vraiment vous le recommander, son visionnage sous substances hallucinogènes ou dans le cadre d'un marathon de la bière peut se révéler très pertinent. On oubliera difficilement les ralentis putassiers d'un réalisateur aussi peu au fait de la balistique que du bon goût (pourtant c'est un truc important ça, le bon goût), on passera sur une écriture gentiment floue, pour s'attarder sur le conseil suivant. Si d'aventure tu te trouvais avec une copie du film sous la main, ami lecteur, sois taquin et offre-la à Isabelle Alonso. Éloigne-toi de la zone d'impact. Enjoy.

 

Heureusement, une des particularités les plus délicieuses du FEFFS est de donner une très belle place aux rétrospectives, lesquelles forment une section riche, au contenu plutôt jouissif. On eut ainsi l'occasion de redécouvrir le merveilleux King Kong de 1933 dans d'excellentes conditions, avant de rendre hommage à celui de Guillermin et à la plastique de Jessica Lange. Rétrospective qui ne s'arrête pas là, pusiqu'elle nous permettra notamment de redécouvrir Konga, King Kong II, Incidents de parcours, ou encore Link. Un programme qui a du singe quoi.

Et la journée de prendre un tour aussi tragique que professionnellement douteux. L'auteur de ces lignes n'avait pas prévu de faire autre chose que mater du film à outrance, histoire de concocter sur les coups de deux heures du matin un petit papier complet et bon enfant. C'était sans compter sur l'insistance d'une des plus explosives attachées de presse que nous ayons eu l'occasion de faire boire. Par décence (et afin que sa famille ne puisse la reconnaître) nous l'appellerons ici Gipsy Danger, ce qui n'est pas un hommage à Pacific Rim mais bien un surnom idéologiquement chargé. Gipsy Danger vint me retrouver à la buvette du festival, alors que je m'apprêtais à déguster un darjeeling, tout en relisant mes notes de la journée. En cet instant décisif, j'essayais de me rappeler correctement du très touchant et plaisant Journey to Planet X, tout en me tâtant quant à la pertinence de revoir Upstream Color, découvert il y a quelques jours déjà. Ce beau programme étant conditionné au visionnage sur les coups de minuit du très excitant Frankenstein's Army. Voyant Gipsy Danger fendre la foule dense et velue des festivaliers interlopes, j'en déduis à raison qu'elle venait me rendre visite.

Je n'avais pas tort. Avant d'avoir pu lui faire part de mes considérations sur Journey to Planet X, délicieux donc consacré à un duo de scientifiques reconvertis dans la réalisation de nanars numériques, parfaitement dépassés par leur statut naissant de Ed Wood du net, la gourgandine me mit sous le nez quelques litrons de liqueur aromatisée. Acceptant d'y goûter tant par naïveté que par ignorance, j'oubliais de lui préciser combien le documentaire cité plus haut s'avérer drôle, émouvant parfois, tout en demeurant très respectueux et délicat dans son ton, préservé ainsi des écueils du rire grinçant et du cynisme.

Mais Gipsy Danger n'en avait cure, tout ce que Gipsy voulait, c'était rencontrer un bus de touristes colombiens, chanter Cumbaya dans la piscine à bulle du cinéma, manger du velouté de châtaignes et débattre de politique internationale. Après avoir abandonné ce dernier objectif par trop abscons, elle refusa également de discuter avec l'auteur de ces lignes du détonnant Cheap Thrills. Ce dernier est pourtant un très divertissant petit drame horrifique, où un individu au fond du fond d'une mauvaise passe gratinée va accepter de relever les défis rémunérés de deux salopards pleins de pognal (soit une charmante allégorie du fonctionnement de la rédaction d'Écran Large). Sara Paxton y est comme d'habitude absolument délicieuse, la réalisation si elle brille pas par son esthétisme, sait se faire efficace et plaisamment roublarde.

Mais tout cela Gipsy Danger n'en voulut rien savoir, préférant mettre la ville de Strasbourg à feu et à sang. Par esprit de camaraderie, on l'aida un peu. Bref, il est l'heure d'aller voir Big Ass Spider.

 

 

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