BIFFF 2013 : Palmarès et bilan

Patrick Antona | 14 avril 2013
Patrick Antona | 14 avril 2013

Samedi 13 avril 2013 s'est terminée la 31ème édition du BIFFF alias Brussels International Fantastic Film Festival dans son nouveau temple, à savoir le Palais des Beaux-Arts. Pas de rituel Bal des Vampires cette année pour clore les festivités (au grand dam de certains habitués grand fervents du cosplay) mais une belle cérémonie où, entre autre, un Prix Spécial de Meilleur Public a été décerné par les membres des divers jury, charmés par le côté à la fois connaisseur et potache de l'audience et ont même composé une chanson en reprenant l'intégrale des formules que le public répétait à l'envi au fil des séances. Une belle marque de respect qui marque l'attachement qui règne entre les spectateurs belges (et les autres) qui fréquentent la manifestation depuis 1983.

Il est temps de tirer le bilan de ce millésime avec en premier le palmarès officiel, et les commentaires usuels sur quelques films qui nous ont marqués en bien (peu, il est vrai) ou complètement laissés de marbre (la grande majorité plutôt).

 

Palmarès du BIFFF 2013 

Grand Prix de la Compétition Internationale (Corbeau d'Or) à Ghost Graduation de Javier Ruiz Caldera

Prix spécial du jury (Corbeau d'Argent) ex aequo à Abductee de Yudai Yamaguchi et American Mary des soeurs Jen Soska et Sylvia Soska

Prix du Jury Européen (Mélies d'Argent) à May I Kill U ? by Stuart Urban plus une mention spéciale à Earthbound de Alan Brennan

Prix du meilleur Thriller à Confession Of A Murder de Byeong-gil Jeong

Prix du 7e Orbit à Blancanieves de Pablo Berger avec une mention spéciale à Vanishing Waves de Kristina Buozyte

Prix du Public (Pégase) à Ghost Graduation de Javier Ruiz Caldera qui est le grand gagnant au final de cette 31ème édition.

 

Pas besoin de pousser de hauts cris au vu d'un palmarès qui réussit à ménager la chèvre et le chou, bien qu'une mention pour l'excellent I Declare War de Jason Lapeyre & Robert Wilson n'aurait pas été de refus. Venu du Canada, cette petite production est le croisement réussi entre La Guerre des Boutons (celle d'Yves Robert, pas les ersatz de 2011) et Sa majesté des mouches. Maintenant un subtil équilibre entre fantasme enfantin et réalité souvent crue, les réalisateurs dressent un portrait sans fard des rivalités qui se jouent entre les enfants, aidés par de jeunes interprètes qui en remontreraient à bon nombre de leurs collègues adultes. Ce War Games mené tambour battant souffre parfois d'un manque de moyens manifeste mais se rattrappe par son inventivité et sa manière d'éviter  la mièvrerie si souvent de mise quand il s'agit de décrire les agissements de nos braves petites têtes blondes. Vraiment dommage qu'il n'ait pas eu de prix mais définitivement une oeuvre qui va faire son chemin parmi les festivals de l'année.


En revanche, on peut être plus dissert sur May I Kill U ?. S'il y a quelque chose à sauver de ce vigilante britannique tendance grosse farce, c'est du côté de son interprétation qu'il faut se tourner. Et notamment le showman Kevin Bishop, parfait en cycloflic qui passe du côté obscur de la justice expéditive tout en supportant les affres d'une mère abusive et acariâtre (Frances Barber qui prouve que le temps a bien passé depuis Sammy et Rosie s'envoient en l'air mais pas le talent). Toutefois, ce croisement voulu comique entre Premium Rush et Serial Mom ne réussit guère à convaincre, même si l'amoralité du thème est assumé de bout en bout. 


Nouvel Eldorado du thriller coup-de-poing, la Corée du Sud était présente cette année avec Confession of a murder, qui fait le grand écart entre drame criminel à la Lady Vengeance, le survival urbain (The Chaser), sous fond de critique de l'infotainment qui verse dans le sensationnel au détriment du droit élémentaire, jusqu'à verser dans le portnawak jubilatoire avec des scènes de poursuite et des cascades dignes des productions HK des années 80 et 90. Premier film du téléaste Byeong-gil Jeong, Confession of a murder ne restera pas dans la catégorie des classiques du genre mais témoigne encore de la vitalité du cinéma d'action venu du Pays du Matin Calme. 

Récompensé par un Corbeau d'Argent, le japonais Abductee de Yudai Yamaguchi (ex des Sushi Typhoon) réussit à tenir en haleine malgré son schéma balisé de quidam enfermé dans un container et mené à une destination inconnue. En dehors d'un macguffin dont la révélation pourra laisser sur sa faim, le film est la preuve que derrière les déjantés du collectif Sushi Typhoon se cachent de vrais talents qui ne vont pas tarder à éclore.

Autre lauréat, la comédie sci-fi irlandaise Earthbound est le film feel good de la promotion, romcom dynamique qui entretient quelque parenté avec la naïveté qui empreint Zathura - Une aventure spatiale, avec son hommage sincère aux serials comme Flash Gordon ou Buck Rogers. Le seul point noir réside dans son final attendu et malheureusement desservi par des SFX approximatifs.

Autre oeuvre de science-fiction mais avec un budget  et un parti-pris voulu plus ambitieux (avec le dessinateur François Schuiten au design artistique), le canadien Mars et Avril échoue dans les grandes largeurs. Cette love story censée défiée l'espace et le temps, en évoquant la théorie astronomique que l'Univers s'appuie sur une "musique céleste", vire malheureusement au pensum plutôt abscon. Seules les apparitions de la magnifique comédienne Caroline Dhavernas s'avèrent supportables.

Autre romance science-fictionnelle au design somptueux, l'attendu Upside Down de Juan Diego Solanas, avec son concept orignal (la cohabitation de deux mondes proches aux gravités inversées), déçoit énormement et ne contentera avant tout que les amateurs de roman à l'eau de rose.

Si il est une constante à dégager cette année des films projetés au BIFFF, c'est leur propension à proposer des intrigues souvent dignes d'un épisode de Twilight Zone et à les étirer à plus soif, preuve d'une vraie carence scénaristique. Ainsi, une oeuvre sympathique comme The Brass Teapot reste au dessus du lot grâce au jeu de ses comédiens (dont la gironde Juno Temple aux charmes ici joliment exposés mais de manière bien chaste). Mais  la réalisatrice Ramaa Mosley aurait eu plus de succès si elle avait moins hésité entre comédie noire et conte moral.

En revanche d'autres flicks comme After, Crawlspace ou encore le norvégien Thale auraient eu plus à gagner s'ils avaient été réduits à de simples épisodes TV. Autant le thriller fantastique cousin de Troll Hunter a l'avantage pour lui d'être un petit budget qui réussit à donner quelques satisfactions au final, alors que les deux premiers ne sont que de pauvres succédanés de divers classiques du genre sans aucune inspiration aucune.

 

Et au rayon des navets qui sont malheureusement  le lot des festivités du genre, on passera sous silence le naufrage intégral du Dracula 3D de Dario Argento (venu spécialement pour présenter son film devant un public bruxellois plutôt conciliant au regard de la chose) mais on ne peut laisser passer les souffrances que sont des oeuvres comme Paura 3D ou The Human Race.

Nouvelle tentative des frères Manetti à faire renaître le slasher made in Italy, Paura 3D s'avère être plus proche d'une oeuvre d'amateurs que celle de gens de cinéma qui oeuvrent depuis 1995 dans le genre. Avec en prime, une scène de rasage pubien complètement gratuite qui restera dans les annales du mauvais goût. De quoi nous faire regretter les gialli de Lamberto Bava, c'est dire !

Plus délicat est le cas de The Human Race, premier long de Paul Hough (fils de John Hough venu supporter sa progéniture). Sous couvert d'un film à petit budget (dont une photo particulièrement déguelasse), le jeune homme fait preuve de prétention arty en montrant le retour aux instincts sauvages d'un panel d'humains plongés dans une forme de course mortelle évoquant Punishement Park avec une sanction bien plus proche de Scanners. En dehors de quelques moments de sauvagerie,  l'ensemble est miné par une intrigue redondante et la schématisation des caractères rend impossible la moindre empathie pour les personnages.

Pour finir sur une note positive, nous avons pu découvrir avec plaisir la dernière réalisation du belge Vincent Lannoo, Au nom du fils. Une féroce comédie noire ayant quelque parenté avec notre Bernie national, dont les relents anticléricaux donneront de nouvelles vapeurs à Christine Boutin. Comme quoi, on peut être prophète dans son pays, surtout avec un film qui tire à bout portant sur les dogmes empoisonnant nos sociétés dites modernes. Au nom du fils étant prévu pour une sortie en France, nous y reviendrons le moment venu.

 

Un grand merci à Freddy, Jonathan, Marie-France, Guy, Georges, Youssef, Stéphane et les  bénévoles du BIFFF et rendez-vous est d'ores et déjà pris pour le Bozar l'année prochaine ! 

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