Mauvais Genre 2013 : Sans dessus dessous

La Rédaction | 1 avril 2013
La Rédaction | 1 avril 2013

Nous vous avions laissés sur la promesse de vous en dire un peu plus sur les nouvelles ambitions de Mauvais Genre, et les pistes audacieuses que défriche avec succès la programmation 2013. Car loin de délaisser le Septième Art, Gary Constant et son équipe de choc ont entrepris de décloisonner intelligemment les thèmes abordés par la manifestation tourangeotte.

En effet, ce ne sont pas moins de trois conférences, en sus des séances de questions réponse à bâtons rompus qui rythment les journées, qui sont venues surprendre les festivaliers. L'accent aura ainsi été mis sur les questions de direction artistique et de création transmedia, poursuivant pertinemment les pistes abordées deux années plus tôt par la master-class totalement over the top de Steve Johnson. Le public a ainsi pu découvrir avec un réel intérêt les travaux de Juan Soladas, Viktor Antonov, ainsi qu'un aperçu (enrichi depuis le dernier comic-con) du pharaonique projet Defiance.

 

Commençons par le commencement, à savoir la présentation par son réalisateur de Upside Down, romance de science-fiction qui vaut surtout par sa direction artistique originale, et un usage des décors qui tient autant du fantasme adolescent que du concept intenable. L'ami Solanas était donc là pour nous expliquer comment furent conçues, réalisées, mises en image, et in fine portées à l'écran les séquences hallucinantes où Kirsten Dunst se retrouve sans dessus dessous, les pattes en l'air (rien à voir avec Melancholia). Passionnante, la conférence permit également au Festival de drainer un joli paquet de médias nationaux, qui, espérons-le, sauront rendre hommage à l'inventivité d'un événement qui n'a de cesse de se renouveler.

 

 

Avant de poursuivre, il convient de rendre hommage à un homme dont Bruce Willis s'évertue depuis de trop longues années à copier le look de légionnaire décontracté, allant jusqu'à singer son impayable sens de l'humour. Nous parlons bien évidemment d'Erwan Chaffiot, membre émérite de la rédaction de Mad Movies, et l'un des piliers de Mauvais Genre. Grâce à son abnégation et son investissement nous pûmes faire la rencontre de Viktor Antonov directeur artistique des majeurs Half Life 2, Dishonored et du moins majeur The Prodigies (voir notre interview cannoise). Architecte et designer de formation, Antonov s'est petit à petit spécialisé dans la conception de décors urbain délirants, d'espaces vertigineux et autres zones inoubliables de l'histoire vidéo-ludique. Visiblement très heureux de pouvoir présenter son travail dans le cadre plus intime et moins rigide que celui d'un show promotionnel dédié aux uniques gamers, Viktor se fendit d'un paquet de croquis inédits, allant jusqu'à révéler plusieurs travaux jamais présentés, des travaux préparatoires abandonnés, nous offrant un aperçu de ce que nous n'avons pu découvrir dans Dishonored, et qui n'aurait pas manqué d'enrichir considérablement une œuvre déjà admirablement conçue.

Gestion de l'espace, liens entre cinéma, architecture, littérature, peinture et jeux vidéos furent abordés avec une égale passion, et permirent à une salle comble de s'initier ou de compléter ses connaissances sur un univers qui affirme chaque jour sa capacité à se faire la synthèse des arts qui l'entourent. L'occasion de se voir révéler les premières esquisses de projets abandonnés, notamment les croquis d'un Paris futuro-gothique, sorte de réponse funèbre au Londres steampunk de Dishonored.

 

Puis vint l'heure de découvrir Defiance, délire initié par NBC Universal et Trion, une série de science-fiction ambitieuse, qui se déclinera sur les écrans sous forme de fiction et de jeux vidéo massivement online. Un extrait de quinze minutes acheva de convaincre une salle remplie ras-la-gueule des moyens et de l'énergie déployée pour donner vie à un univers complexe, où humains et aliens tentent de cohabiter sur une Terre devenue un vaste Far West en pleine Terra(dé)formation. Prétendre que tous les chantiers ouverts par le projet nous semblent en voie d'être achevés serait mentir, mais l'ensemble n'en demeure pas moins poussé par une ambition et une énergie vitale formidables. La conférence autorisa les festivaliers les plus portés sur la geekerie décomplexée à se lancer dans des considérations philophico-techniques avec le community manager du projet. Assurément un grand moment, où ne fut pas tranchée la question de savoir si le fait de se flagger pour jouer en mode Shadow War selon les us et coutumes du PVP revenait ou non à trahir l'esprit du TPS, mais qui nous ouvrit à tous de nouvelles perspectives lexicales.

Et pour finir la journée, ce bon Gary nous fit don d'un festival de Fuck assaisonné de cosuckers, via l'étonnant Funeral Kings. Ce petit film ricain prend des airs de teen movie dramatique, à mi-chemin d'un John Hughes codéïné, et d'un Larry Clark euphorique, en nous précipitant aux côté de trois pré-ados, enfants de cœur préposés aux enterrements. Si l'on regrettera que les auteurs de la chose, les frères McManus, se refusent jusqu'au bout à choisir entre l'humour délirant que leur permet de délivrer un sens de l'écriture prodigieux, et le drame qu'appelait logiquement la trame de leur scénario, on ne pourra que se féliciter de découvrir encore une fois une pelloche délicieusement barrée, aussi maîtrisée que furieuse. Portée, comme la majeure partie des œuvres sélectionnées, par des comédiens d'autant plus impressionnants qu'aucun n'a encore les glaouis touffus, le film aura su cueillir une salle surprise et séduite.

À ce rythme là, Mauvais Genre n'est pas loin de devenir une des manifestations les plus novatrices et intelligemment défricheuse de l'Hexagone. On espère ne pas trop s'avancer, quoique on voit mal comment le Festival pourrait désormais se planter, à quelques heures de sa clôture, laquelle s'annonce haute en couleurs.

Allez quelques indices pour vous faire patienter, de l'avril, des poissons, des coréens, du bœuf russe, et des punks nous attendent.


À vous les studios.   

 

 

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