2013 : l'année de la SF au cinéma [Partie 1]

Guillaume Meral | 28 décembre 2012
Guillaume Meral | 28 décembre 2012

Alors que cette année 2012 se termine en fanfare ( The impossible, Le hobbit, L'odyssée de Pi), après s'être majoritairement déroulée dans une léthargie artistique qui n'a eu d'égal que les déceptions engendrées par certaines de ses locomotives (The Avengers, The Dark knight rises, Rebelle,The expendables 2...), 2013 pointe le bout son nez, et force est constater que le programme annoncé ouvre l'horizon d'une effervescence créative que le cinéma populaire n'a plus connu depuis une époque quasi-préhistorique. Signe qui ne pas, la sureprésentation annoncée de la science-fiction dans les salles obscures, un genre dont l'exposition se caractérise habituellement davantage au travers de la mise en avant parcimonieuse d'une poignée de gros projets plutôt que par une telle profusion. D'autant plus que quand bien même tous les films sélectionnés ne seraient pas porteurs des mêmes enjeux (financiers et/ou artistiques) , chacun recèle des ambitions ou des promesses justifiant sa singularité à priori et donc l'intérêt que l'on peut y porter ; qu'il s'agisse de la présence derrière la caméra de réalisateurs y trouvant un terreau prompt à cultiver les projets artistiques à la frontière de l'avant-gardisme (Guillermo Del Toro, Alfonso Cuaron, les Wachowski...), du retour sur le devant de la scène de certaines des franchises les plus appréciées du grand-public (Star Trek: into darkness et Riddick 3), ou des projets susceptibles d'entériner le talent de certains cinéastes prometteurs (Neill Blomkamp, Joseph Kosinski). Ajoutez à cela que le genre y est représenté dans son acception plurielle (film d'anticipation, space-opéra, chronique minimaliste etc.), Ecran Large ne pouvait décemment pas se passer de vous révéler pourquoi, par une étude au cas par cas, en quoi cette année 2013 devrait-être déterminante pour l'avenir de la SF au cinéma.

 

-Cloud Atlas, d'Andy & Lana Wachowski et Tom Tykwer (sortie : 13 mars 2013)

Le premier film de ce dossier est également l'un des plus ambitieux et atypiques.

Adapté du roman La Cartographie des nuages de David Mitchell, le film suit les histoires parallèles de six personnages se déroulant sur plusieurs époques différentes, chacune des destinées retracées à l'écran interagissant entre elles. Une histoire pour le moins difficile à résumer, et on ne peut qu'imaginer les sueurs froides s'emparant des Wachowski, pourtant rôdés à engrener tout un pan de l'industrie dans des projets dont ils sont les seuls à maîtriser les tenants et les aboutissants (remember Matrix), à l'idée de faire le tour des majors avec un concept pareil, à plus forte raison à une époque comme la notre, régie par la loi du plus petit dénominateur commun. Par conséquent, l'exil était visiblement la seule option pour les ex wonder-boys (à la position fragilisée par le bide de Speed Racer) et leur compère Tom Tykwer, qui partirent lever les fonds aux quatre coins du monde, ce qui amena le producteur Grant Hill à comparer le montage financier à une véritable tour de Babel. Film indépendant le plus cher de l'histoire (100 millions de dollars), Cloud atlas se présente avant tout comme une gigantesque expérimentation narrative à la croisée des genres (à la vue du trailer, la SF s'entremêle avec le film d'enquête, l'aventure victorienne, le survival...).

Comme d'habitude avec les Wachos, les dispositifs narratifs les plus complexes sont au service de thématiques antédiluviennes (ici, les réalisateurs ont déclaré, dans le cas du personnage joué par Tom Hanks, qu'il s'agissait « d'une mauvaise personne qui allait devenir bonne »), et le schématisme apparent du parcours des personnages n'a d'égal que la sinuosité des routes qu'ils sont contraints d'emprunter pour l'effectuer. Soit la prédominance des mythes et des structures mythologiques sur la psyché du genre humain, éternelle thématique des Wachos depuis Matrix, qui disposent ici d'une nouvelle occasion d'explorer la notion de libre-arbitre à l'aune d'un système en forme de chaîne causale reliant les actes des individus à travers le temps et l'espace.

Réalisé à six mains avec le cinéaste allemand Tom Tykwer, cinéaste reconnu pour sa versatilité qui s'était déjà frotté aux adaptations impossibles avec l'excellent Le parfum, Cloud atlas s'impose déjà comme une proposition de cinéma unique en son genre, de sa conception collégiale à la structure du matériel traité, jusqu'à un casting dévot à la cause des réalisateurs, à en juger par les interviews données (Tom Hanks aurait même accepté de revoir son cachet à la baisse). A noter que conscients du caractère inhabituel de leur long-métrage, les Wachowski sortirent de leur réserve légendaire en multipliant les interviews pour présenter le film aux côtés de Tom Tykwer, ce qui n'a pas empêché Cloud Atlas de se manger une gamelle au Box-office U.S. Verdict en France le 13 mars 2013.

 

-Oblivion, de Joseph Kosinski (sortie : 10 avril 2013)

Premier gros morceau résolument SF à trouver le chemin des salles, Oblivion est peut-être le projet le plus soumis aux expectatives.

D'abord parce qu'il s'agit du deuxième film de Joseph Kosinski, réalisateur de Tron : l'héritage et petit protégé de David Fincher, qui adapte pour l'occasion son propre graphic-novel à l'écran. En effet, si la suite du film de Steven Lisberger avait mis à l'honneur quelques aptitudes visuelles de la part son metteur en scène, il en était tout autre de sa capacité à créer un univers cohérent et suggérer son étendue dans l'esprit du spectateur. Tiraillé entre l'ambition de s'inscrire au panthéon des œuvres charnières sur l'état de la condition humaine à l'aune de son rapport avec la réalité virtuelle, et un discours sur le sujet qui n'avait pas évolué d'un iota depuis le premier opus ( Matrix et Ghost in the Shell sont passés par là entre-temps) , Tron l'héritage ne dépassait jamais le statut d'exercice de style pour petit génie de la pub incapable de transcender la conception archaïque du projet.

Ensuite, tout visuellement impressionnant qu'il soit, le trailer tend à jeter un peu plus la confusion sur l'histoire : Tom Cruise incarnerait ainsi un réparateur de drone parcourant la Terre, désormais défigurée des suites d'une guerre dévastatrice de l'humanité avec les Scavs, une race d'extraterrestre aujourd'hui disparue. Or, sa rencontre avec une femme et un groupe de pariahs mené par Morgan Freeman, survivant dans des endroits à priori désertés de toutes formes de vie, pourrait bien remettre en cause toutes ses certitudes...

Tournés dans les décors naturels de l'Islande, le film a d'emblée le mérité d'afficher une identité visuelle très prononcée, la beauté clinique des espaces véhiculant une sensation d'apocalypse 2.0, comme si les ruines et la désolation étaient passées sous vide. Reste à savoir si Kosinsky saura cristalliser le pouvoir d'évocation de sa direction artistique au sein d'une narration prompte à soulever les questionnements philosophico-métaphysiques induits par un tel sujet (terrain sur lequel se plantait allégrement son précédent film). Réponse le 10 avril prochain dans les salles.

 

-Upside Down, de Juan Solanas (sortie : 17 avril 2013)

Sans doute l'un des outsiders de la sélection, de la SF modeste mais ambitieuse, mais qui pourrait rencontrer quelques difficultés à trouver sa place entre les grosses pointures annoncées.

Dans un monde scindé en deux, riches et pauvres s'observent en regardant en l'air sans pouvoir se côtoyer à cause d'une gravité signant le tracé symétrique d'une frontière entre les deux mondes. Adam (le formidable Jim Sturgess, également à l'affiche de Cloud Atlas), col bleu travailleur et romantique, va braver les interdits pour retrouver un amour de jeunesse (Kirsten Dunst) vivant dans le monde d'en haut... Coproduction franco-canadienne dont les prises de vues se sont déroulées à Montréal, Upside Down affiche une équipe technique quasiment 100% fromage qui pue et signe la première incursion dans le genre pour le réalisateur franco-argentin Juan Solanas, dont le seul fait d'armes dans le monde du long-métrage remonte à Nordeste il y a dix ans, avec une Carole Bouquet en quête d'adoption découvrant les injustices sociales ravageant une région de l'Argentine.

Par conséquent, on est en droit de penser que le genre servira ici de levier à une critique sociale pour le coup très ancrée dans l'actualité, d'autant que les partis-pris visuels aperçus dans la bande-annonce (lumière désaturée à la Minority Report pour le monde des déshérités, filtre jaune-doré sortis d'une pub pour parfum pour celui des nantis) l'ancrent d'ores et déjà dans une immédiateté qui n'est pas sans rappeler le Time out d'Andrew Niccol (à la différence que c'est le temps et non la gravité qui sépare les êtres chez le réalisateur de S1mone).

On espère que Solanas sera à même de tirer parti du champ des possibles ouverts par son sujet, sans verser dans la parabole pachydermique (à la Niccol précisément) ou noyer le potentiel de son film dans une esthétique criarde. Sortie le 17 avril 2013.

 

Les âmes vagabondes, d'Andrew Niccol (sortie : 17 avril 2013) 

Quand on parle du loup... Etrange carrière que celle d'Andrew Niccol, réalisateur d'origine néo-zélandaise ayant fait ses armes dans la pub en Grande-Bretagne qui, une fois débarqué à Hollywood, se fait un nom à travers deux longs-métrages qui ont marqué chacun à leurs manières les années 90 : The Truman Show, de Peter Weir, où il officie en tant que scénariste, et Bienvenue à Gattaca, pour lequel il passe derrière la caméra. Dès lors, Niccol devient le garant d'un cinéma de genre atypique et maniéré, où l'iconoclasme revendiqué de l'univers résonne à travers la remise en cause du libre-arbitre et de la place de l'individu dans un système dystopique à l'omniscience totalitaire.

La suite de sa carrière est à l'avenant, entre actualisation du mythe de Frankenstein à travers une satire d'Hollywood et de la fabrique contemporaine d'icônes éphémères avec S1mone ; et Lord of war, une histoire d'ascension criminelle cataloguée brulot politique avant même sa sortie en salles. Bref, difficile d'imaginer il y a encore 5 ans que la figure de proue du high-concept intello ne se retrouve un jour à adapter un livre de Stephanie Meyer (oui, celle qui a écrit Twilight), qui représente l'antithèse de la proposition formulée par Niccol, sur le papier du moins. En effet, aussi doué qu'il soit, le bonhomme révélait déjà dans ses précédents films (depuis S1mone en tout cas) une tendance parfois agaçante à étaler l'originalité de ses concepts comme caution de l'intelligence de leur développement (voir la manière dont il assimilait en partie le potentiel subversif de Lord of war aux saillies cyniques du personnage de Nicolas Cage). Un trait de caractère qui prenait des proportions ingérables dans Time Out, où le réalisateur se prenait complètement les pieds dans le tapis de son sujet, et s'enfermait dans une imagerie se complaisant précisément dans ce qu'il prétendait initialement dénoncer, à savoir la dictature d'un jeunisme arrogant se régénérant sur le dos de la masse laborieuse.

Or, c'est à l'aune de cette évolution récente (mais perceptible en amont) de sa carrière qu'il faut chercher la raison de son implication dans Les âmes vagabondes, premier tome de la nouvelle saga littéraire de la mormone aux œufs d'or , qui s'attaque ici aux mythes des Body Snatchers. Dans un futur proche, des extraterrestres ont envahi la terre en prenant possession de l'esprit des humains pour mieux s'approprier leur enveloppe charnelle. Seul un petit bastion continue de résister, parmi lesquels un jeune couple bientôt séparé par un accident, qui provoque la capture de madame par les envahisseurs. Malgré leurs efforts pour en faire l'une des leurs, son esprit résiste aux assauts en souvenir de son amour fou...

Bon, avoir William Hurt au casting ça fait toujours classe, Saoirse Ronan a quand même plus de talent que Kristen Stewart et Niccol demeure malgré tout un réalisateur intéressant. Sachant que l'auteur de Bienvenue à Gattaca n'est jamais meilleur que lorsqu' il s'abandonne au genre en délaissant ses afféteries de petit malin (la deuxième heure de Lord of war, qui verse sans ambages dans la crime story), on peut donc miser sur sa capacité à tirer quelque chose du matériau d'origine.

Malheureusement, le trailer semble entériner la direction prise par le réalisateur depuis Time out, sans compter que les extra-terrestres ont l'air aussi habité que les vampires de Twilight. Une romancière dont les adaptations ciné sont connues pour plier des mythologies fondamentales du patrimoine de l'inconscient collectif aux fantasmes d'adolescentes de 14 ans, par un cinéaste potentiellement reconverti dans la plateforme multimédia de Jeune et Jolie ? Cela laisse rêveur... Sortie le 17 avril 2013.

 

About Time, de Richard Curtis (sortie : 17 avril 2013)  

Le réalisateur de Love Actually et Good Morning England, et scénariste de Quatre mariages et un enterrement et des Bridget Jones qui se met à la SF, ça vous titille ?

Comment ça, même pas une demi-molle ou un téton qui pointe ? Bon, d'un autre côté, on ne peut pas vraiment prétendre que le passage du grand manitou de la rom-com british dans le genre qui nous intéresse ici ne suscite autre chose qu'une apathie relative, à plus forte raison sur un projet dont on ne sait que très peu de choses finalement. Sinon qu'il s'agira d'un jeune homme doté du don de voyager dans le temps, mais qui apprendra l'inutilité de son pouvoir face aux aléas de la vie, et que la belle Rachel McAdams remplace Zooey Deschanel, initialement prévue dans le rôle-titre.

On peut dès lors spéculer qu'il s'agira d'une histoire d'amour difficile dans lequel l'argument SF risque de servir de catalyseur pour les enjeux narratifs liés à son histoire d'amour (l'occasion offerte de tout recommencer, le devenir du destin amoureux quand celui-ci est soumis à une inconnue de la nature, l'impossibilité de construire quelque chose de durable en regardant constamment en arrière etc.), même si l'intérêt que porte Curtis au voyage dans le temps ne date pas d'hier, si l'on en juge par les scénarios qu'il rédigea autour de ce thème pour des séries de la BBC, notamment un épisode de Doctor Who.

On espère toutefois que le réalisateur n'ait pas profité du genre pour se lancer une nouvelle fois dans des récits boursouflés, aux formats narratifs hypertrophiés par l'abondance de personnages et de sous-intrigues. Des carences impardonnables lorsque l'on traite du voyage dans le temps et des complications narratives qui en découlent, surtout à l'aune des capacités plus que discutables de Curtis derrière la caméra. Verdict le 17 avril (décidément une date où la SF sera à l'honneur).

 

Star Trek: into darkness, de JJ Abrams (sortie : 12 juin 2013)

Peut-être le plus maousse des projets SF de cette année, avec Pacific Rim.

Ce Star trek remis au goût du jour, c'est d'abord la belle histoire de JJ Abrams, réalisateur-scénariste-producteur-promoteur de lens flare, qui forgea sa réputation par sa propension à fédérer deux catégories de public habituées à se regarder en chien de faïence (les geeks d'un côté... et les autres), autour de séries concepts et d'intrigues à tiroirs qui auraient été condamnées autrefois à la ghettoïsation pour nerds. Abrams, c'est le prototype de l'entertainer du 21ème siècle, qui a su prendre acte de la toute nouvelle légitimité institutionnelle de l'imaginaire nerd dans une époque acquise à la culture du consensus, que sa génération 80's s'est dans sa grande majorité constituée autour d'un patrimoine cinéphilique commun et qu'être geek aujourd'hui, c'est désormais tendance et in dans les soirée. Bref, un showman capable de sentir l'air du temps comme personne, et qui compense ses limites évidentes de metteur en scène par sa capacité instinctive à saisir les envies du public sans compromettre l'intégrité de l'univers abordé. L'homme idéal pour relancer Star trek en somme, et sa mythologie foisonnante largement embaumée dans un décorum kitchouille et ses pyjamas moulants, qui provoquent condescendance et railleries de la part de ceux qui ne sont pas acquis à la cause de l'univers crée Gene Roddenberry.

Preuve de ses talents de réconciliateur, le reboot orchestré par ses soins réussit à réunir les profanes et les fans de la première heure devant un spectacle éminemment sympathique, jamais novateur mais qui affichait un souci constant de son public. Dès lors, il n'est guère étonnant que ce Star trek : into darkness marche allégrement sur les traces de Christopher Nolan et sa trilogie Batman (l'air du temps, encore et toujours), avec son trailer annonçant la chute-de-la-fin-de-la-société-qui-s'effondre, avec un méchant mastermind (interprété par l'excellent Benedict Cumberbatch, vu dans la série Sherlock et La taupe de Thomas Alfredson), qui va peut-être se laisser capturer pour mieux foutre le dawa façon Avengers ou Skyfall.

Tourné en Imax et converti en 3D (ce qui a obligé Abrams, au vu du trailer, à renoncer à l'omniprésence de ses longues focales), le film sortira en France le 12 juin 2013 et révélera si le cinéaste sera une nouvelle fois parvenu à concilier des tendances antinomiques sans céder aux sirènes de l'artificialité quelque peu opportuniste à la Super 8.

 

Partie 2 à venir...

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