Spécial fin du monde : Les films méconnus à voir avant de mourir

Laurent Pécha | 21 décembre 2012
Laurent Pécha | 21 décembre 2012

La fin du monde, c'est aujourd'hui. Alors, à Ecran Large, on s'est concerté pour savoir quels seraient les 5 films que l'on aimerait vous conseiller avant qu'on y passe tous. Pour ce faire, on a tenté (on a bien dit : tenter) de ne sélectionner que des films trop méconnus à nos yeux, des œuvres que l'on considère comme essentielles mais que l'on ne trouve que trop rarement citer. Donc, exit ici les listes habituelles où l'on trouverait Citizen Kane, Sueurs froides et consorts, place à...

 

Laurent Pécha

Le choix fut cornélien. Histoire de faire le tri et étant donné que l'on va donc mourir, j'ai opté pour une sélection de films censés faire rire.

Elementaire mon cher...Lock Holmes 

Un postulat aussi loufoque que génial (le vrai génie, c'est le Dr Watson qui a engagé un acteur raté et alcoolique pour interpréter Holmes) qui transforme Holmes en une sorte de Gaston Lagaffe disposant d'un cerveau de moineau. En résulte une succession de gags et répliques hilarantes que Michael Caine surjoue avec une maestria fantastique. A ses côtés, Ben Kingsley est un magnifique partenaire de jeu qui subit toutes ses incessantes bêtises. Cerise sur le gâteau, le film est aussi drôle en VO qu'en VF.

Un cadavre au dessert

Si le fameux jeu Cluedo a eu son adaptation cinématographique en 1985,  cette dernière avait été précédée quelques années auparavant (en 1976) par Un Cadavre au dessert, bijou de comédie policière. Huis clos loufoque et ludique, le film titille les zygomatiques tout en faisant fonctionner notre sens de la déduction pour percer le mystérieux meurtre survenu dans un château où les 5 plus grands détectives du monde ont été conviés. Et l'on fait cela avec la crème de la crème en matière d'acteurs puisque l'on retrouve associés à l'écran, pour la première et unique fois de leur carrière, rien moins que  Peter Sellers, David Niven, Alec Guinness et Peter Falk.

La Grande course autour du monde

Quand on pense à Blake Edwards,  The Party s'impose immédiatement comme film le plus drôle de sa filmographie. Puis vient le plus souvent la série des Panthère rose. Au point que La Grande course autour du monde, ancêtre du dessin animé, Les Fous du volants, est rarement cité. Et pourtant, cette comédie irrésistible à l'effet boule de neige souvent désopilant, devrait être impérativement remboursée par la sécu tant elle atteint la perfection du divertissement raffiné. On ne voit pas le temps passé (et pourtant 2h40), on ne compte plus les hommages au cinéma hollywoodien, et on jubile devant une kyrielle de séquence d'anthologie. A commencer par cette gigantesque bataille de tartes à la crème qui clôt (presque) le film. A reproduire avant la fin du monde. On vous attend à la rédac !

Une nuit au Roxbury

« C'est le sommet scénaristique de ma carrière ». Voilà ce que nous a avoué il y a quelques années Will Ferrell quand on a évoqué avec lui Une nuit au Roxbury. Alors, comme il est impératif d'avoir vu au moins une fois avant de mourir un film du plus grand comique encore en vie, on met la galette numérique dans son lecteur et on admire les mésaventures d'un des duos les plus pathétiquement drôles du cinéma moderne. Et, après, on va draguer une dernière fois en boîte avec LA phrase qui fera (presque) mouche : « What's up? What's up? What's up? What's up? What's up? ». (le presque est peut être un peu trop mis entre parenthèse...)

Celtic pride

L'autre grande passion de ma vie, avec le cinéma, c'est le basket (Sandy a raison, il faut avoir vu Hoosiers avant de mourir). Alors, forcement, une comédie qui met en vedette deux supporters un peu beauf qui décident d'enlever la star de l'équipe adverse pour s'assurer que leur équipe puisse gagner le championnat, ça me fait sacrément rire. Surtout quand les deux pieds nickelés sont interprétés par Dan Akroyd et Daniel Stern. Forcement avec deux zigotos de la sorte, le kidnapping va mal tourner et e film regorge ainsi de gags bien gras mais indéniablement réussis.

 

Patrick Antona

Mystery Men (Kinka Usher,1999)

La vogue du cinéma de super-héros étant à son apogée avant cette fin du monde, il est bon de revenir sur ce film oublié qui en même temps qu'il posait les bases de la super-team en était aussi la parodie féroce la plus absolue. On ne peut qu'être emballé par cette bande de losers magnifiques, de Mister Furious le bien-nommé au pétomane Spleen, et le grotesque de la chose avec un casting de folie assumant à fond l'auto-dérision du projet. Le meilleur antidote possible ou plutôt un modèle pour remettre à niveau Avengers et consorts qui déferlent sur les écrans de nos multiplexes.

Lifeforce (Tobe Hooper,1985)

Je ne me suis pas encore remis de ce film d'invasion extra-terrestre avec des vampires venues de l'espace qui transforme la population londonienne en zombies en prise à une frénésie sexuelle, le tout avec des rayons lasers bleus qui détruisent tout et la beauté juvénile d'une Mathilda May complètement révélée. Quand on découvre le film à 17 ans forcément ça marque. Film maudit et amputé, cet OFNI n'a eu de cesse de se bonifier avec le temps surtout pour son esthétique incroyable, alliant le gothique de la Hammer à la crudité d'un Tobe Hooper toujours à l'aise dans le malsain et qui a été le premier à défricher la vogue des blockbusters déviants à venir.

Cyrano & D'Artagnan (Abel Gance,1963)

Parce que tout le monde (ou presque) a dénigré ce bel Abel alors qu'il livre ici un régal de cape et d'épée tourné en alexandrins, avec des intermèdes poétiques, un peu de SF au milieu, de superbes duels et du libertinage avec une des plus jolies scènes d'échanges de partenaires amoureux qui soit. C'est bordélique et charmant, enlevé et classieux, suranné et moderne à la fois, digne représentant d'un certain cinéma français qui osait des choses mais qui n'existe plus.

Sex & Zen (Michael Mak,1991)

Puisque l'on vous dit que la Categorie III est un genre essentiel du cinéma ! Je mets au même plan des merveilles de mauvais gout que sont Robotrix ou Naked killer mais l'avantage de Sex & Zen est d'exister en blu-ray et DVD dans nos contrées, donc aucune excuse pour passer à côté d'un des manifestes les plus glorieux dédiés au plaisir des femmes. C'est paillard, très con et très poétique en même temps et les somptueuses comédiennes asiatiques miment l'orgasme avec une rare conviction. Peut être pas le premier film à diffuser lors d'un premier rendez-vous vidéo galant... mais sûrement le second.

Beyond the Valley of the Dolls (Russ Meyer,1970)

Parce qu'il n'y a un vrai discours dans les films de Russ Meyer que l'on aura toujours réduit au gars qui fait des films avec des filles surdimensionnées mamairement parlant et que ce bijou de 1970 est une des critiques les plus aigües du monde d'Hollywood et de ses chimères. De plus c'est du pur rock'n'roll entertainment avec des morceaux d'enfer, des comédiens de folie que l'on ne reverra plus après et qu'une fois le film fini on n'a plus qu'une seule envie, c'est de s'enfiler des fringues vintage et de finir dans une orgie noyé dans la mousse et les femmes aux tour de poitrines excédant le 100 D. Une bonne idée de teuf pour la fin du monde ça !

 

Sandy Gillet

Au final ce fut un choix compliqué que de répondre à cette demande de notre rédac chef préféré (bon en même temps on n'en a qu'un). Car les films de ce genre, de ceux donc que l'on considère comme essentiel à nos yeux mais qui n'apparaissent pas dans la plupart des classements reconnus et mondiaux, il y en a pléthore.

Outre ceux exfiltrés ci-dessous j'aurais pu citer Soldat Bleu pour le côté western essentiel, Le festin de Babette comme le plus grand film nordique sur la bouffe, Le Privé pour son côté film noir un peu suranné et parce qu'il s'agit d'un Altman peu cité/connu, Au revoir les enfants qui reste mon Louis Malle préféré même si bien d'autres dans sa filmo lui sont supérieurs, Les diables de Ken Russell redécouvert récemment et qui est juste incontournable, Last exit to Brooklyn de Uli Edel qui mériterait d'être reconnu enfin à sa juste valeur, Les patriotes de Rochant qu'il faudra bien un jour se décider à intégrer dans les dix/vingt meilleurs films français de tous les temps, If parce que Malcolm McDowell n'a pas fait que Orange Mécanique ou Caligula, La reine Margot car depuis on n'a pas fait mieux en terme de film historique en France, La victoire en chantant car pour son premier film Annaud y était déjà au top, Glory car c'est le meilleur film sur la guerre de sécession, The naked prey de Cornel Wilde parce que le film d'aventure peut aussi venir d'Afrique du Sud, Tu marcheras sur l'eau parce que en Israël on ne fait pas qu'être en guerre perpétuelle, Comme un chien enragé qui reste un des meilleurs films des années 80 injustement oublié... Et il y en aurait tant d'autres...

Punishment Park

Inutile de préciser qu'après avoir vu ce film de Peter Watkins, vous laisserez tomber la vision de Hunger Games et des ses futures suites.

La porte du diable

Le premier western pro indien signé Anthony Mann bien avant sa série de chefs-d'œuvre qu'il réalisa par la suite. Une claque indispensable.

Hoosiers

Le sport au cinéma c'est souvent raté. Et pourtant cette pépite signée David Anspaugh ne pourra que vous réconcilier avec le genre. Vous voudrez peut-être même vous abonner à la chaine NBA ensuite.

Outland

De la SF réalisée par un Peter Hyams au sommet de sa forme de cinéaste iconoclaste. Mériterait de figurer au panthéon du genre et non plus relégué dans de la série B au mieux has been.   

La bête de guerre

Avant Robin des bois il y avait ce bijou insensé qui suivait déjà une belle découverte qu'était Fandango. Kevin Reynolds n'a tout simplement pas fait mieux depuis. Un summum du film de guerre totalement humaniste et pas du tout naïf qui mériterait d'être cité beaucoup plus souvent quand on aborde le genre.  

 

Didier Verdurand

Twin Peaks : Fire walks with me

Parce que c'est le meilleur Lynch et qu'on espère retrouver le nain dans un autre monde.

 
Parce que c'est le film d'horreur le plus flippant des années 2000. Et que la fin du monde ne pourra jamais être aussi terrifiante.

 
C'est con la fin du monde. Essayez plutôt de mourir sur une autoroute.

 
Mais au fait, si les vampires sont immortels, comment ils feront à la fin du monde ? En attendant la réponse, autant se remater le meilleur film de vampire de tous les temps.
 
 
Juste pour se dire que ouf, la fin de monde est moins chiante que chez Lars.
 
 
 
Nicolas Thys
 
L'Homme qui plantait des arbres de Frédéric Back
 
Une demi heure de peintures animées en compagnie de Jean Giono et de la voix de Philippe Noiret pour le plus beau des voyages qui soit, celui de la renaissance d'un monde en ruine et d'une terre en friche par la magie d'un homme et de ses mains. Un film sur la résurrection du monde et contre la folie guerrière de l'homme, pour la fin du monde, ça donne de l'espoir !
 
 
 
 
Chaque soir à neuf heures de Jack Clayton
 
A peine un passage au cinéma de minuit, sur TCM et à la cinémathèque. Invisible autrement. Ce film du réalisateur des Innocents avec un Dirk Bogarde effrayant, perdu entre fantastique, imaginaire gothique et peurs enfantines, contient en germe tous les fantômes du cinéma. Un film étonnant sur la mort et l'angoisse.

Pas de deux de Norman McLaren
 
Parce que finalement, quitte à revoir un film, autant s'abreuver de tout ce qui fait l'essence du cinéma depuis ses origines. Et elle est contenue en germe dans ces 12 minutes d'animation fabuleuse et fantomatique : le mouvement, sa décomposition image par image, la danse, le noir et le blanc et la magnifique musique de Maurice Blackburn qui l'accompagne. A voir ici.

Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry
 
Parce que la fin d'un monde intérieur n'est pas la fin de tout. Les idées et les sensations restent, même fugitives et un peu d'amour et de Jim Carrey, même si on ne sait pas trop comment ça finit, c'est pas si mal !

Après la vie d'Ishu Patel
 
Le film commence par cette citation de Lucain : "Les Dieux cachent aux hommes le bonheur de la mort pour que les hommes puissent endurer la vie." et s'ensuit quelques minutes de pure magie, des couleurs chaudes et terribles, des images abstraites et des métamorphoses pertuelles, à la fois effrayantes et calme. Parce que c'est le seul film qui parvient peut-être à cerner les sensations d'après vie. Et finalement, ci c'est ce qui nous attend, on peut partir tranquille. A voir ici


(et si on a encore le temps, vu qu'il y a trois courts-métrages dans la liste : Blade Runner de Ridley Scott, parce que si l'homme n'est qu'un pantin et que le monde doit devenir comme ça, autant en finir au plus vite). 

 

Tonton BDM 

Top secret ! (Z-A-Z, 1984)

Une merveille de timing et de tempo comique, réussissant l'exploit de ne jamais s'enfermer dans le carcan de la "simple" parodie. Un tsunami de la vanne, un truc tellement imparable qu'il mériterait d'être sans cesse cité en exemple. Burlesque pur (le "Bonanza" sous-marin, la moto qui fait Bip Bip), gags foireux ("oui, c'est moi Albert Patate"), trouvailles visuelles énormes (les petits humains qui vont chier sur la statue du pigeon !) totale décomplexion dans les gags grivois ("The Anal Intruder"), poussant l'absurde et les gags visuels à leur paroxysme pour mieux surprendre le spectateur (Peter Cushing et sa loupe !), Top Secret ! est une date dans l'histoire de la comédie, le film testament d'un trio alors en état de grâce.

Justice sauvage (John Flynn, 1991)

On oublie souvent qu'avant de s'expatrier dans les pays de l'Est afin de n'y signer que d'immondes bouzasses depuis une quinzaine d'années, Steven Seagal était un honnête artisan de l'actioner bourrin et badass, reprenant avec force bras cassés le flambeau laissé vaquant par les grabataires du vigilante et de la manchette dans la gueule (Charles Bronson et Chuck Norris) au tournant des années 90. Entre William Forsythe qui colle une balle dans la tête d'une automobiliste qui lui demande de déplacer son véhicule et Steven Seagal qui corrige les malfrats à grands coups de hachoir de boucher, le film va loin dans le bourrinage, et reste encore aujourd'hui un indispensable, malgré ses nombreux défauts (dont un rythme pas forcément toujours très bien géré).

Clockers (Spike Lee, 1995)

On pourra reprocher bien des choses à Clockers; notamment le fait que Spike Lee choisisse l'optimisme et les bons sentiments à la cynisme du constat d'inhumanité écrit par Richard Price. Mais en tirant ses personnages vers la lumière, Spike Lee nous montre surtout que malgré l'horreur et l'injustice sociale reignant dans les quartiers noirs de New York, l'espoir est tout de même permis. Puissant, humain et bouleversant.

La Maison des 1000 morts (Rob Zombie, 2003)

Hommage à Massacre à la tronçonneuse à la fois glauque, dégénéré, poseur et vraiment dérangeant, La Maison des 1000 morts est un feel bad movie qui en scandaliserait plus d'un, tant il manipule l'odieux et le révulsant avec une complaisance opiniâtre et hystérique. La barbarie furieuse bat son plein, et si le prétexte scénaristique est proprement inexistant (une bande de jeunes piégée par une famille de fous dingos), le visionnage de l'œuvre, est quant à lui l'un des plus éprouvants qu'il ait été donné de voir au spectateur, même habitué à ce genre de spectacle. Un chef d'oeuvre, rien de moins.

Dog bite dog (Pou-Soi Cheang, 2006)

A travers l'affrontement d'un animal qui devient humain et d'un humain qui devient une bête sauvage (et la traque de l'un par l'autre), Pou-Soi Cheang signe avec Dog bite Dog à la fois un polar ultra-efficace (un de ces films au cœur desquels la violence -omniprésente ici- fait vraiment mal au spectateur) et une histoire de vengeance tellement poussée à fond dans l'absurdité qu'elle en devient littéralement poignante. Immersif, violent, révulsant, iconique, rythmé, badass,  Dog bite Dog révèle rapidement sa nature de film unique, riche d'idées de réalisation vraiment brillantes (le film est muet pendant tout son premier acte), d'un travail sur le son absolument bluffant (les bruits des coups échangés semblent être des aboiements de chiens déformés), de personnages vraiment terribles (le tueur est vraiment un mean bad motherfucker) et de deux acteurs proprement époustouflants (Edison Chen, putain !). 

 

Aude Boutillon

 
De ces perles de singularité inexplicablement passées sous les radars, Vorace se doit d'être dévoré avant la fin de tout, et du reste. Aux carrefours des genres et des tons, soucieux de trimballer son spectateur aux confins de l'inattendu, le film d'Antonia Bird brille d'une étrangeté grinçante, soutenue par une bande-son inoubliable, dissonante et parmi les meilleures, fruit de la collaboration de Damon Albarn et Michael Nyman. Car il serait criminel d'en révéler davantage, tout juste peut-on chuchoter que Robert Carlyle (magistral) et Guy Pearce s'y adonnent à un jeu du chat et de la souris pervers et carnassier, et que le froid n'est pas seul à mordre les joues des résidents de Fort Spencer... And bon appétit.
 
 
"Pas de ceux qu'on retrouve dans les classements prestigieux. Non, je veux des films que vous seuls considérez comme essentiels", qu'il a dit. Sir, yes sir ; le plus barré, inventif et confondant de générosité des films de maison hanté se doit donc de figurer dans cette liste, et d'être visionné en boucle en guise de mise-en-bouche préapocalyptique. Déferlante de créations visuelles, insaisissable pot-pourri criard entre ridicule et onirisme touchant, Hausu vaut tout le LSD du monde pour en affronter le terme avec les pupilles dilatées, le palpitant en pagaille et le neurone hors-service.
 
 
"Gooooosh". (Les amateurs comprendront. Les autres ont encore un semblant de temps pour se rattraper).
 
 
 
Damien Virgitti
 
 
Si la fin du monde est prévue pour demain, je souhaiterai revivre dans ses dernières minutes l’enchantement éternel de Dark crystal. Parce que les marionnettes immortelles de ce bijou signé Jim Henson nous communiquent tout au long de ce conte biblique une sagesse que n’atteint pas le nombre des années. D’une poésie plus adulte qu’on ne pourrait le croire, le film est traversé de séquences qui parlent à l’âme pendant longtemps telle cette traversée en barque des deux héros Gelfling, sur fond de chant mystique accompagné au pipeau de bois. Et tout ça avec un simple décor, deux marionnettes et la musique habitée de Trevor Jones. La grâce à l’état pur.

 
Il est des films qui vous hantent à jamais et dont vous vous demandez comment vous avez pu vivre sans jusque là. Tout récemment, Blue Valentine a été de ceux là. D’une profonde mélancolie, portée par la musique à la fois funèbre et lumineuse de Grizzly bear, ce film est d’un réalisme confondant à la réalisation et ses deux interprètes sont tout aussi touchants de naturels et de sincérité. Car Ryan Gosling n’avait pas attendu Drive pour justifier tout le respect (et l’amour de notre rédac chef) qui lui est dû. Une histoire d’amour en forme de feu d’artifice à la fois rebelle et morbide mais qui n’en garde pas moins une grande part d’authenticité.

 
Difficile de faire un choix lorsqu’il s’agit de retenir un film d’horreur parmi quelques uns des grands classiques du genre. Alors dans le doute, mieux vaut se tourner le plus souvent vers ses chefs d’œuvre méconnu. Complètement passé inaperçu en 2007 , cette production de Bryan Singer a tout du petit bijou qu’on ne se lasse pas de revoir le soir d’Halloween. En une poignée de sketchs passant aisément d’un genre à l’autre, ce film concept capte l’essence même de l’imagerie horrifique, avec pour fil rouge un esprit farceur à la cruauté et au sadisme fascinant, qui donne en quelques minutes l’immédiate envie de l’ajouter à sa collection de figurines. Mais comme entretemps cette dernière aura péri dans les flammes de l’Armageddon, autant se consoler en revoyant le film.

 
Si on avait effectivement le temps de voir la fin du monde en face, alors je souhaiterai qu’elle ressemble à ça. Alors que Darren Aronofsky ne semble toujours pas se remettre de l’échec de ce film et en incombe aux critiques de Variety, il peut se rassurer en se disant qu’il lui reste encore quelques admirateurs. Car jamais avec lui la Mort n’aura paru si belle. De son arbre-monde en suspension dans le cosmos à ses batailles mystiques au sommet de temples aztèques, le film entier est d’une poésie visuelle qui vaut tous les Tree of life du monde, 5 ans même avant l’œuvre monstre de Terrence Malick. Certes la réflexion paraît bien faible à côté (« On meurt tous un jour » nous révèle Hugh Jackman. Nom d’un pissenlit, c’est vrai ?) mais les images oniriques et surréalistes en disent tellement, portés par deux acteurs qu’on aura jamais aussi vu écorchés, que le film imprime sa spiritualité pour encore longtemps. Alors Darren, sèche tes larmes, car ton échec au box office n’en rend que ton œuvre plus attachante.

 
S’il ne fallait retenir qu’un film d’action, ce serait bien celui-là. Parce que l’un des premiers échecs de Schwarzy au box office n’en reste pas moins un vibrant hommage au genre qu’il parodie. Voir notre autrichien favori, alors l’un des grands porte étendard du cinéma d’action, goûter aux joies de la musique de Mozart et dans le même temps se heurter aux difficultés de casser des fenêtres à mains nues reste une pure idée de 7ième art, illustrée par la mise en scène toujours aussi bien burnée de McTiernan. Loin d’être un simple pastiche à la Scary movie, le film recèle de trouvailles et de personnages géniaux tels que le charismatique Charles Dance dans le rôle du cruel Benedict qui veut se sacrer Dieu de méchants.
Et l’histoire en elle-même de ce gamin qui passe littéralement de l’autre côté de l’écran ne concrétise t’elle pas le fantasme de tout cinéphile ? En goûter les effets avant l’embrasement du monde ne peut qu’en démultiplier la saveur.
 
 
 
Mélissa Blanco
 
 
Parce que, plus que Les Goonies, l'amitié qui lie la bande de copains de Stand by me me fait pleurer. Un film bouleversant sur l'innocence perdue, sur les betises de l'enfance, sur l'imagination...

Un monde pour nous (Say Anything)
 
Les enfants de Stand by me sont désormais adolescents et découvre la douleur des premiers amours. Dans la lignée de son cousin John Hughes et de son Breakfast Club, Cameron Crowe fait le portrait d'adolescents effrayés par les lendemains, incertains de leurs avenirs. Et parce que je reve qu'avant la fin du monde, un garcon brandisse à bout de bras son poste et passe du Peter Gabriel sous ma fenetre.

Charlie
 
Mon dessin animé préféré. Point.

Peau d'âne
 
Les robes de Catherine Deneuve, la recette du cake d'amour, les conseils de la fée Delphine Seyrig, se rouler dans l'herbe avec le prince charmant... Magique !

Les chansons d'amour
 
Encore et toujours.

 

Perrine Quennesson

La Momie

Il n’est en aucun cas question ici de se creuser les méninges outre mesure, ni de remettre au goût du jour une créature terrifiante et encore moins de tenter de révolutionner le genre. Non, La Momie de Stephen Sommers est simplement un formidable divertissement. Parfait, selon moi. Il contient le dosage idéal entre aventure Indianajonesque, catch phrases efficaces et drôles, romances évidentes et culture générale revue et corrigée. Il a ce premier degré, cette honnêteté quasi-enfantine des années 90, malheureusement si rare de nos jours. Et c’est l’occasion de découvrir Brendan Fraser dans son meilleur rôle. Allez, tous en chœur : Imhotep ! Imhotep ! Imhotep !

The house of the devil

Filmé comme un Carpenter des années 70, The house of the devil distille la terreur sur 1h30 avec une dextérité démoniaque. 1h30 de film certes mais 1h10 de visite de maison. Ce qui pourrait ressembler à une vidéo de démo d’agence immobilière devient une exploration flippante où chaque ouverture de porte fait plisser les yeux et battre la chamade avec le cœur. L’actrice principale, sorte de Françoise Hardy jeune, incarne une pureté qui ne demande qu’à être salie par la bile noire qui semble s’écouler de cette maison. La fin du film, un déchainement de sang et de violence, arrive presque comme une délivrance après cette heure de torture psychologique qui fait appel aux plus grandes peurs de ce grand enfant que nous sommes.

Surveillance

Sur le principe de Rashomon, Surveillance construit son intrigue sur 3 points de vue différents. Une attaque meurtrière et particulièrement cruelle a eu lieu et deux agents du FBI sont chargés de l’enquête. C’est le point de départ d’une virée vers le glauque. Trop en dire serait gâchée la surprise. Mais même si on devine le twist, parce qu’on en a vu d’autres, ce n’est pas grave. Rien ne prépare à la scène finale mêlant avec justesse perversité et érotisme. La fille de Lynch tient réellement ici de son papa et parvient à éveiller nos pires pulsions. Le tout emballé dans un thriller à la limite du huis clos, étouffant et suintant.

Into Eternity

C’est le 2001 l’odyssée de l’espace du documentaire. Dans Into eternity, il est posé la question du stockage des déchets nucléaires. Rien de bien palpitant en théorie. Et pourtant. En s’intéressant à une cavité en construction actuellement en Finlande, le film prend des aspects science-fictionnels pour finir par plonger dans la philosophie. Que représente l’humanité sur l’échelle du temps universel ? Comment peut-on faire passer un message pendant 100 000 ans ? Que signifient réellement les légendes (dans tous les sens du terme)? Autant de questions vertigineuses qui font de ce docu un voyage transcendant dont on ne sort sincèrement pas indemne.

Le baiser de la femme araignée

Dans une prison argentine, deux hommes très différents sont enfermés. L’un, Valentin, est un dissident politique, l’autre, Molina, un homosexuel. Ils se racontent leur vie et pour faire passer le temps, et se distraire, Molina raconte, tous les jours un peu plus, un film romantique qu’il aime. Avec une grâce insensée, ce long-métrage parvient à mêler intrigue politique, dénonciation du système dictatorial et nécessiter de divertir (une fois encore, dans tous les sens du terme). Mais surtout, il nous permet de rencontrer deux personnages particulièrement attachants et émouvants. Grâce à la beauté de la mise en scène et à l’intelligence du récit, on ne peut que se laisser prendre dans la toile de cette femme araignée. Et le cœur en sort brisé.

 

 

 

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