Livre : Georges Méliès l'enchanteur par Madeleine Malthête-Méliès

Nicolas Thys | 18 août 2012
Nicolas Thys | 18 août 2012

Madeleine Malthête-Méliès est la petite fille de Georges Méliès. Née en 1923, elle a vécu pendant une quinzaine d'années non loin de son grand-père, décédé en 1938. Par la suite, elle s'est consacrée à la préservation de la mémoire de Georges Méliès. Il était donc logique de la voir entreprendre un ouvrage consacré au cinéaste à une époque où peu de choses avaient été écrites à son sujet. C'est ainsi qu'elle fait publier en 1973 chez Hachette la première version de Georges Méliès, l'enchanteur qui sera plusieurs fois réédité. La dernière mouture date de 2011 publié chez La Tour verte et, comme l'indique l'éditeur dans un avertissement, c'est « à la lumière [d'une] nouvelle documentation et en tenant compte de remarques et suggestions, souvent pertinentes, que ce texte a été revu, corrigé et actualisé. »

 

 

L'auteur s'est en effet appuyée sur de nombreuses sources pour ce travail : ses souvenirs personnels, la correspondance privée de Méliès dont on découvre toujours de nouveaux éléments, des périodes et des fonds d'archives divers, privés ou publics. Ceci pour aboutir à un travail d'une écriture toujours légère et élégante, très agréable à lire qui nous emmène à la fois dans la grande histoire du 19ème siècle et du début du 20ème siècle et dans la petite histoire d'une famille de chausseurs peu banale autour de la naissance du cinématographe. On y croise un roi, les Lumière, Emile Reynaud et les autres personnalités marquantes des spectacles parisiens au tournant du siècle, la troupe de Méliès et des événements importants comme l'Affaire Dreyfus, le général Boulanger ou Les Expositions universelles.


Et toute la vie de Méliès, de ses difficiles début de magicien aux ventes de jouets à Montparnasse, de ses premières amours à son remariage avec Jehanne d'Alcy, de sa période scolaire à sa retraite compliquée, de théâtre Parisien au studio de Montreuil, tout est là. Ses hauts et ses bas, ses passages à vide, sa réussite, son manque d'opportunisme et son amour de l'art nous sont exposés dans un récit qui frise parfois le roman d'aventure. Bien sûr, loin d'être un véritable travail d'historien, on est ici en présence d'une biographie, voire parfois d'une hagiographie qui couvre 60 ans d'histoire sous un angle culturel et technique orienté vers le cinéma. Et jamais Madeleine Malthête-Méliès ne cherche à cacher que son récit est quelque peu romancé, à commencer par la reconstitution de dialogues de Méliès ou d'autres personnalités.

 

 

Une fois que l'on sait cela, impossible d'y trouver à redire. Le livre est si clair qu'on ne peut que se prendre au jeu et malgré la présence de certains éléments incroyables, il reste une très belle histoire. Et puis comme le disait Maxwell Scott dans L'Homme qui tua Liberty Valance : « When the legend becomes fact, print the legend ! » Alors, même si l'on sait aujourd'hui que la fameuse histoire de la caméra qui se bloque sur une place parisienne avec un omnibus devenant un corbillard lors de la projection est très certainement une invention de Méliès, ce n'est pas si grave. Georges Méliès proposait de la magie, du rêve et du spectacle. Madeleine Malthête-Méliès, en l'encerclant d'une indéniable réalité et en décrivant admirablement les trucs et les films de Méliès, poursuit le travail de son grand-père et l'éclaire habilement.

 


 

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