La Rochelle 2012 : des films, Francis Lai et Arcad Fire

Par Nicolas Thys
6 juillet 2012
MAJ : 28 octobre 2018
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Déjà la mi-parcours et le Festival de la Rochelle 2012 se révèle être un bon cru. Le public est nombreux, les salles sont régulièrement pleines ou presque. Et, plus étonnant, elles ne le sont pas seulement pour les films les plus récents ou les avant-premières mais aussi pour toutes les rétrospectives qui sont un peu le cœur de l'événement. Et on ne peut qu'apprécier de voir le magnifique et très noir They drive by night de Raoul Walsh avec Humphrey Bogart et Ida Lupino remplir pratiquement à chaque fois les 1000 places de la salle principale.

 

 

Avant de se rendre à l'éternel et toujours magique Retour de flamme programmé tous les ans et présenté par Serge Bromberg, il est temps de faire le point et après plusieurs rencontres et une vingtaine de séances très variées, plusieurs films et hommages se détachent du lot. D'abord une journée autour de Francis Lai et Claude Lelouch qui a débuté par une très belle masterclass du compositeur oscarisé pour Love Story et suivie d'un concert orchestré par Jean-Michel Bernard, qui notamment travaillé avec Michel Gondry, autour des plus célèbres partitions de Francis Lai. La soirée s'est terminée par la projection d'Un homme et une femme de Lelouch présenté par le compositeur et Anouk Aimée sur une magnifique copie 35mm prêtée par le cinéaste pour l'occasion. Nous vous en reparlerons bientôt.

Parmi les films les plus récents, certains ont déjà été vus à Cannes, d'autres sont inédits pour le moment en salles. Trois sœurs de Milagros Mumenthaler, malgré la simplicité de son scénario, marque les esprits durablement. Le film a peu à voir avec la pièce homonyme de Tchekov même si le point de départ est assez similaire : trois sœurs dans la vingtaine et une grande demeure provinciale, dans laquelle habite également un jeune homme, après la mort de leur tante. Et le désir de s'échapper…

 

 

Augustine d'Alice Winocour avec Vincent Lindon et Soko, qui devrait sortir en septembre, se distingue également. Vous en retrouverez la critique cannoise ici. Ce film sur la relation entre Charcot, clinicien et neurologue qui fût l'un des professeurs de Freud, et sa patiente Augustine, est une vraie réussite, peut-être parce qu'il n'est pas un biopic mais d'abord un portrait de femme romancé doublé d'un film aux allures fantastiques. Nous avons pu discuter avec la réalisatrice qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions : la meilleure manière de vous présenter plus en détail le film.

EcranLarge : D'où est venue l'idée du scénario ?

Alice Winocour : Il m'est venu en lisant un livre qui compare les rapports entre inquisiteurs et sorcières au moyen-âge et les rapports entre Charcot et les hystériques de la Salpêtrière. J'ai ensuite beaucoup lu sur le sujet. L'ambiance de cet endroit où 4000 femmes étaient internées et surveillées par une centaine d'hommes qui les observaient comme les rats de laboratoire m'a fascinée. J'ai donc commencé à écrire et j'ai choisi le personnage d'Augustine qui a vraiment existé. C'était l'égérie de Charcot, celle qui a été la plus photographiée ou regardée avant de s'enfuir de la Salpêtrière déguisée en homme. C'est un véritable personnage de fiction et j'ai eu envie d'imaginer et d'écrire le hors-champ de sa relation avec Charcot.

EL : Avez-vous cherché à reconstituer les décors de l'époque ?

AW : Non, pas vraiment. Je ne voulais pas faire un film de reconstitution historique. Mon envie était plutôt d'aller vers le genre, quelque chose qui se situerait entre le fantastique et le néo-gothique dans l'atmosphère, un cinéma de l'exorcisme. Je ne voulais surtout pas faire un film naturaliste mais déréaliser les choses d'où, par exemple, l'utilisation d'une lumière sombre, dense avec ces corps qui ressortent de l'obscurité.

EL : Comment avez-vous choisi Vincent Lindon et Soko pour interpréter Charcot et Augustine ?

AW : J'avais vu Vincent Lindon dans Pater et je l'ai trouvé incroyable. Il avait une autorité d'homme de pouvoir et il est très physique, très charnel et je trouvais ça intéressant de contraindre son corps dans le carcan d'un costume pour évoquer la répression qu'il y avait à l'époque sur les corps. Je lui ai envoyé le scénario et il a très vite accepté. Pour Augustine, par contre, je voulais quelqu'un d'inconnu, qu'on n'avait jamais vu. J'ai organisé un casting dans la rue, sur facebook mais je n'ai trouvé personne et lorsque Soko a passé les essais, elle a été parfaite.

 

 

Deux documentaires passionnants se détachent également. Le premier, Sodankylä forever : The century of cinema, est réalisé par Peter von Bagh, l'un des grands spécialistes du cinéma nordique, professeur, programmateur et auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages. Il est aussi le directeur artistique d'Il cinema Ritrovatto, festival majeur situé à Bologne, et surtout le directeur du Midnight sun film festival de Sodankylä cofondé par les frères Kaurismaki. Son film a été réalisé à partir de centaine d'heures de rush d'entretiens avec les plus importants cinéastes présents au festival. Sodankylä forever est une série de film et cet épisode de 1h30 pose la question du rapport des cinéastes à l'histoire et aux guerres. On peut voir parler : Milos Forman, Francis Ford Coppola, Michael Powell, Jacques Demy, Samuel Fuller, Abbas Kiarostami, Jerzy Skolimowski (qui raconte avoir eu Forman comme chef de dortoir et Vaclav Havel comme voisin de table pendant ses études) mais aussi Ivan Passer, Ettore Scola Jafar Panahi, Elia Suleiman, John Sayles, ou Bob Rafelson et bien d'autres. Et quand on sait que ces grands noms ne sont qu'une infime partie des cinéastes ayant participés au festival (la liste ici), on a qu'une envie : s'enfuir là-bas !

 

 

Le second, Miroir noir de Vincent Morrisset, on l'a vu lors d'une séance de minuit. Premier signe de sa singularité. Il s'agit un documentaire musical expérimental d'une rare intensité autour de concerts et de l'enregistrement de l'album Neon Bible d'Arcad Fire. Neon Bible est l'un des plus importants albums rock des années 2000 et Miroir Noir est une petite merveille hypnotique avec des moments d'anthologie, comme lorsque le groupe interprète Neon Bible dans un ascenseur à 8 avec violons, clarinette basse, tuba, guitare, pages déchirées et chant ! Loin des docu classiques, bien posés, ou des enregistrements de concert, ce film est un objet d'art fou et vibrant. Les amateurs apprécieront.

Nous reviendrons pour un autre compte-rendu très bientôt. En attendant, les glaces de chez Ernest, les meilleures qui soient, nous attendent. Et des films aussi !

 

 

Nous remercions Noémie Sornet pour ses photographies et son aide précieuse.

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