Annecy 2012 : la triple fin.

Nicolas Thys | 11 juin 2012
Nicolas Thys | 11 juin 2012

La fête est finie, les avions en papier ont cessé de s'envoler et les dindons se rhabillent. L'édition 2012 du Festival International du Film d'Animation d'Annecy est terminée et c'est un cru qui aura été plutôt bon voire même très bon. Annecy est encore et toujours petit coin lumineux où on croise pendant une semaine anonymes amateurs de cinéma d'animation et réalisateurs de renom toutes les cinq minutes en se promenant dans la rue, de Bill plympton à Jean-François Laguionie en passant par Michel Ocelot, Regina Pessoa (dont vous retrouverez une interview ici), Georges Schwizgebel, etc. : la liste est longue.

 

Mais cette fin n'est pas une simple clôture comme elle a lieu chaque mois de juin depuis 1997 (le festival était une biennale entre 1960 et 1997), elle marque le début d'une nouvelle ère pour le festival. Déjà, le lieu mythique du festival, le théâtre de Bonlieu, ferme ses portes pour travaux pendant deux ans, c'est donc une autre salle qui accueillera le festival l'année prochaine. Et trouver un lieu capable d'accueillir environ 1000 personnes dans des conditions de projection similaires ne va pas être aisé à trouver.

 

 

Mais surtout, le délégué artistique du festival, Serge Bromberg, également créateur de Lobster film, pianiste sur les spectacles Retour de flammes, ancien présentateur de Cellulo sur La Cinquième et producteur, tire sa révérence après 14 années de loyaux services. Et un délégué artistique qui s'en va, c'est la politique du festival qui risque de changer quelque peu. Il sera remplacé par le canadien Marcel Jean, peu connu chez nous. Mais si quelqu'un pouvait reprendre les rênes du festival c'est bien lui. Producteur et scénariste à l'ONF/NFB, il a également été critique, enseigné de cinéma d'animation à Montréal, écrit ou coordonné plusieurs ouvrages sur le sujet dont un remarquable livre sur Pierre Hébert et un manuel d'introduction à l'animation : Le Langage des lignes, tous les deux aux éditions 400 coups. Le changement pourrait être important tant les dernières années du festival ont peu accordé de place au cinéma abstrait ou d'avant-garde, à l'exception de quelques titres ci et là. Si on suppose que le rapprochement effectué avec les grands studio hollywoodiens par Bromberg au début des années 2000 perdurera, tant il a permis de médiatiser l'événement, on peut espérer un changement et le retour d'une sélection officielle encore plus audacieuse, à l'image d'Anifest, le festival de Zagreb. Nous verrons ça dans les prochaines années...

 

 

Place au palmarès et à la dernière journée du festival, riche en contenu. Du côté des longs métrages nous avons assisté à la projection d'Ernest et Célestine. Déjà chroniqué sur le site après son passage à Cannes, nous en rajouterons encore dans l'enthousiasme tant ce film signé Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier (les deux derniers ayant réalisé Panique au village), est une petite merveille. Son style graphique épuré laisse une place importante au crayon et au plaisir du dessin. De même le retour au mouvement et à la fluidité de l'animation image par image se cristallise dans une merveilleuse séquence abstraite, hommage discret aux couleurs de Fischinger et aux formes en mouvement de Richter. Le film sort le 12 décembre en France. Après Couleur de peau : miel, Le Jour des corneilles voire Le Magasin des suicides, on ne peut que constater la bonne santé du cinéma d'animation français.

 

 

Suivent trois autres films. Le premier est d'une laideur infinie, à éviter absolument avec une animation ratée, des graphismes affreux et une histoire tirée par les cheveux. Tiré d'un manga, Bersek aurait mieux fait de rester paginé et d'éviter de rejoindre les écrans. Heureusement, il risque de rester inédit par ici. Le second est par contre un film très fort et éprouvant. When the wind blows, sorti en 1985 et qu'on pourra redécouvrir sur les écrans français dans deux semaines, est une ode contre la guerre et le nucléaire. Vous trouverez la critique ici. Enfin nous n'avons pu résister à voir une seconde fois A Letter to Momo que nous avions découvert à Anifest à Teplice. Le film d'Hiroyuki Okiura, réalisateur de Jin Roh, est toujours un enchantement. Nous vous revoyons à notre compte-rendu ici.

Nous n'oublions pas les courts métrages avec une séance magnifique du Spike and Mike's twisted animation, un show très connu aux Etats-Unis. Depuis des années maintenant ils s'amusent avec des films fun, courts et plutôt pour adultes à l'image de ce Dog with electric collar (visible en cliquant sur ce lien). Pour un aperçu du programme, nous vous renvoyons sur leur site. Leur programmation rattrape la laborieuse sélection du travelling Politiquement incorrect, qui ne l'était pas tant que ça, si ce n'est le fabuleux External world de David O'Reilly qu'on ne saurait que trop recommander. Film inspiré aussi bien des show TV, que des films pour enfants, du cartoon et des jeux vidéos, c'est un délire visuel et auditif total de très mauvais goût et l'un des plus films les plus intéressant de l'année ! (visible ici). 


Du côté du MIFA, le marché du film d'animation, peu de réelles découvertes car les projections sont rares. Mais nous avons amassé quelques kilomètres de documents en tout genre sur des stands venus des quatre coins du monde. Un constat est à faire : l'animation est florissante un peu partout, même dans des pays où on ne l'attend pas forcément comme Taïwan ou l'Arménie. Toutefois, la qualité des productions, surtout pour la télévision, n'est pas toujours au rendez-vous. Reste un désir général de vouloir produire des films, surtout des courts et de tirer l'animation vers le haut.

 

 

Le seul point noir d'Annecy restera ses expositions. Ils en ont accueilli quatre, nous en avons vu trois, et autant le dire, elles ne valent rien. Celle sur Le Magasin des suicides n'est constituée que d'une dizaine d'images avec les paroles du film, celle sur Les Mystérieuses cités d'or n'est guère plus importante avec quelques esquisses. La présentation de la nouvelle série produite par TF1 fait également très peur, la chaîne continue à détruire les mythes. Enfin la plus réussie, mais une fois encore très courte, reste le voyage en Servaigraphie au château, hommage sur 15m² carré au réalisateur belge Raoul Servais qui aurait mérité plus que quelques images, un court métrage et deux fiches explicatives...


Place maintenant au palmarès. Et nous avons réalisé un quasi sans faute. Le cristal d'Annecy a été attribué au dessin animé éroticomique Tram de Michaela Pavlatova que nous avions rencontré voici un mois à Teplice lors d'une discussion d'une trentaine de minutes. Elle était heureuse de voir son court en compétition à la Quinzaine à Cannes et ici, et elle n'en revenait pas d'avoir remporté le prix : « It's a joke » nous a t-elle dit après la cérémonie. Plutôt bonne ! Le prix spécial du jury est allé à Frank Dion pour le remarquable Edmond était un âne. Réalisateur français coproduit par l'ONF/NFB, Papy 3D et Arte, nous avions pu l'interiewer au début de la semaine sur son parcours et son films. L'interview est disponible ici. Nous avions prédit ici un prix pour Seven minutes in the Warsaw ghetto de Johan Oettinger et il l'a eu... pas sûr qu'il le mérite cependant tant il accumule les clichés du genre mais ses marionnettes restent parmi les plus belles du festival. Du côté des autres films, on regrette surtout l'absence au palmarès de Kuhina de Joni Männistö dans les films de fin d'études. Mais dans l'ensemble, la sélection étant très bonne, le choix du jury a dû être compliqué.

 

 

Du côté du long, c'est Crulic d'Anca Damian qui a obtenu le Cristal, et lui aussi le mérite. Ce très beau documentaire d'animation d'une roumaine sur un homme injustement emprisonné en Pologne est une jolie réussite. Il devrait sortir en France en décembre et vous retrouverez la critique ici. Enfin, nous sommes ravis de voir que Couleur de peau : miel a obtenu le prix du public. Sorti mercredi en France, ce film coréalisé par Jung et Laurent Boileau est à découvrir absolument en salles. Son message touche profondément. Nous avions également pu interviewer Jung, vous retrouverez l'entretien ici.

 

                      Extrait de Historia d'Este de Pascul Pérez,Prix du Jury Junior.

 

Palmarès complet du festival d'Annecy 2012.

COURTS MÉTRAGES

Cristal d'Annecy
Tram de Michaela Pavlatova (France, République Tchèque)

Prix spécial du jury
Edmond était un âne de Franck Dion (France, Canada)

Prix "Jean-Luc Xiberras" de la première œuvre
The People who never stop de Florian Piento (France, Japon)

Mention spéciale
Seven Minutes in the Warsaw Ghetto de Johan Oettinger (Danemark)

Prix Sacem de la musique originale
Modern No. 2 de Mirai Mizue (Japon)

Prix du jury junior pour un court métrage
História d'Este de Pascual Pérez (Espagne)

                                                     Trailer de Modern n°2 de Mirai Mizue.


LONGS MÉTRAGES

Cristal du long métrage
Le Voyage de monsieur Crulic de Anca Damian (Roumanie)

Mention spéciale
Arrugas de Ignacio Ferreras (Espagne)

Prix du public
Couleur de peau : miel de Jung Hénin et Laurent Boileau (France, Belgique, Corée-du-Sud, Suisse)


TÉLÉVISION & FILMS DE COMMANDE

Cristal pour une production TV
Secret Mountain Fort Awesome "Nightmare Sauce" de Pete Browngardt (États-Unis)

Prix spécial pour une série TV
Stella et Sam "Voyage sur la lune" de Dave Merritt et Raymond Jafelice (Canada)

Prix pour un spécial TV
Petit Gruffalo de Johannes Weiland et Uwe Heidschötter (Grande-Bretagne)

Prix du film éducatif, scientifique ou d'entreprise
Le Droit de suite de Pierre-Emmanuel Lyet (France)

Prix du film publicitaire ou promotionnel
Red Cross "Stuff" de Andrew Hall (États-Unis)

Prix du meilleur vidéoclip
We Cut Corners "Pirate's Life" de Przemyslaw Adamski et Kartazyna Kijek (Pologne)

                                                       Le Droit de suite de Pierre-Emmanuel Lyet

FILMS DE FIN D'ÉTUDES

Prix du meilleur film de fin d'études

The Making of Longbird de Will Anderson (Grande-Bretagne)

Prix spécial du jury

Kyrielle de Boris Labbe (France)

Mention spéciale
Le Jardin enchanté de Viviane Karpp (France)

Prix du jury junior pour un film de fin d'études
Friendsheep de Jaime Maestro (Espagne)


AUTRES PRIX

Prix Unicef
Couleur de peau : miel de Jung Hénin et Laurent Boileau (France, Belgique, Corée-du-Sud, Suisse)

Prix Fipresci
Tram de Michaela Pavlatova (France, République Tchèque)

Prix "CANAL+ aide à la création" pour un court métrage
Una furtiva lagrima de Carlo Vogele (Luxembourg)

 

Nous tenons à remercier les réalisteurs pour leur disponibilité ainsi que Nadine Viau, attachée de presse de l'ONF/NFB, BCG presse et Monica Donat, attachée de presse de MK2.

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