Festival d'Annecy 2012 : suite...

Nicolas Thys | 7 juin 2012
Nicolas Thys | 7 juin 2012

La grande garderie annécienne continue, loin de la jet-set cannoise et du bling bling, dans une ambiance délirante et improbable. Après une journée de mise en route, ce sont maintenant des dizaines d'avions en papier qui jalonnent la scène des différentes salles du festival. Et lorsqu'un problème technique nous prive de son lors de la diffusion de la bande-annonce du festival, où un homme préhistorique poursuit de sa massue et de ses borborygmes un dindon qui glougloute, c'est la salle entière qui refait la bande son.

 

Mais Annecy ce sont d'abord des films, longs ou courts, des rencontres et un marché de l'animation. Ces deux derniers jours, outre la présentation des derniers films signés Pixar et Disney, que nous vous avons déjà présenté ici, nous avons pu assister à deux longs-métrages de très bonne qualité. Le Jour des corneilles devrait sortir en salles le 24 octobre et il sera à coup sûr l'événement de l'automne, un film français, produit par Gébéka, attendu depuis 4 ans et réalisé par Jean-Christophe Dessaint qui a eu droit à une dizaine de minutes d'ovation méritées et interrompues uniquement pour faire démarrer la séance suivante. Pour plus de détails sur cette petite merveille vous pourrez lire la critique du film ici.

 

 

Le second est un film en compétition, sélectionné dans de nombreux festivals à juste titre : Crulic - A path to beyond devrait sortir sur nos écrans en décembre 2012, une sortie qui sera certainement plus confidentielle que la précédente et dont il faut d'autant plus parler tant le film le mérite. Coproduction roumaine et polonaise, il s'agit d'un documentaire d'animation sur un homme injustement condamné et mort suite à une grève de la faim dans une prison polonaise. La technique est originale, le propos important et le film figure dans notre peloton de tête des films susceptibles de remporter le Grand Prix du long-métrage. Pour en savoir plus, vous pouvez lire la critique ici.

 

 

Nous avons également pu rencontrer deux personnalités qui nous ont accordé un entretien. Le premier est Patrice Leconte au sujet de son prochain film prévu pour septembre : Le Magasin des suicides. Vous retrouverez l'interview ici. Nous avons également pu discuter avec Michèle Lemieux, une réalisatrice et illustratrice œuvrant pour l'ONF/NFB, et dont le court-métrage Le Grand ailleurs et le petit ici est doublement important. D'une part, il concourt pour la compétition officielle, et d'autre part, il a été réalisé sur un écran d'épingles et c'est le premier film à utiliser cette technique depuis plusieurs années. Objet unique, un seul pour le moment est fonctionnel et seuls deux cinéastes l'ont utilisé, il a donné lieu par le passé à plusieurs chefs-d'œuvre : Une nuit sur le mont chauve d'Alexandre Alexeieff, le générique du Procès d'Orson Welles ou Le Paysagiste de Jacques Drouin, produit par l'ONF. Michèle Lemieux a donc pris la succession des deux hommes et elle nous a accordé une interview que vous retrouverez ici.

 


 

Mais au-delà des longs, Annecy ne serait rien sans les courts-métrages qui sont l'âme et le coeur du festival et une source d'inventivité et de création énorme. Après avoir vu les cinq programmes en compétition, des films de fin d'étude, quelques films de commande et les courts hors compétition, une certaine cartographie de la production internationale tend à se dessiner. Et, même si l'on peut reprocher la quasi absence dans la programmation d'animations abstraites et expérimentales, à de rares exceptions près, le constat qui s'impose c'est qu'on est très loin du formatage constaté dans la plupart des longs ou des séries télévisées. On s'étonnera également de trouver certains des meilleurs films dans les courts hors compétition.

Parmi ceux qui sortent du lot, certains proviennent de réalisateurs aguerris et présents depuis longtemps dans l'animation. Voir par exemple le suisse Georges Schwigebel et sa magnifique Romance en couleurs et noir et blanc, intuition pure du mouvement et de la métamorphose, magnifiquement rythmé par la musique de Rachmaninov, le britannique Barry Purves qui, après nous avoir déçu avec la fin de son Plume, revient fort avec Tchaikovsky. Elegia, un film de marionnettes sous forme de tableaux autour de la vie et de l'oeuvre de Tchaïkovsky. Il s'impose encore comme l'un des maîtres de l'animation en volume. Otomo, le réalisateur d'Akira, revient avec un court-métrage magnifique en dessin animé traditionnel sur la métrôpole d'Edo, Hi-no-youjin. L'expérimentateur autrichien Thomas Renolder est venu avec une oeuvre hybride Sunny afternoon, mélange astucieux très ironique envers les films d'avant-garde très importants dans son pays natal, et un voyage halluciné dans une chanson étrange.

 



D'autres animateurs déjà récompensés présentaient leur dernier film comme Regina Pessoa notamment et son magnifique Kali, le petit vampire, avec une nouvelle technique de gravure, tout en noir, blanc et rouge. A noter aussi l'excellent Tram de Michaela Pavlatova, que nous avions rencontré en République Tchèque voici un mois. Elle était en compétition à Cannes lors de la Quinzaine des réalisateur et elle revient avec un film simple et amusant sur une conductrice de tramway qui fantasme sur tout ce qui bouge. En hors compétition, on peut noter le retour de Bruno Bozzetto immense spécialiste du dessin animé et celui de de Piotr Kamler, l'un des pionniers de l'imagerie informatique. Ces deux importants réalisateurs, qui ont plus de 40 ans de carrière derrière eux, sont venus présenter leur film : un court particulièrement ingénieux pour l'italien en éléments découpés et ordinateur, Rapsodeus, un film abstrait et hypnotique issu des dernières technologies pour le polonais, Continu-Discontinu 2010.

 

 
D'autres jeunes cinéastes se distinguent aussi. Aalterate de Christobal de Oliveira est une expérience étrange faite sur ordinateur où un corps de femme nu s'altère, devenant une sorte de vague végétation étrange qui donne naissance à un autre monde. Ernesto de Corrine Ladeinde et Being Bradford Dilman d'Emma Burch sont le futur de la Grande-Bretagne, deux réussites formelles autant que scénaristiques, la première sur un enfant dont les dents se mettent à chanter du gospel et l'autre sur l'histoire (vraie) d'une petite fille à qui la mère fait croire qu'elle est née garçon et qu'on lui a coupé le zizi à la naissance car elle voulait une fille. Dans les films de fin d'études, on notera l'excellent Kuhina de Joni Männistö, sur lequel l'influence de Priit Pärn se fait ressentir. Dans ce dessin animé, que n'aurait pas renié Arcimboldo, un enfant se fait dévorer de l'intérieur par des insectes jusqu'à en devenir lui même un géant. De même le Conte de faits de Jumi Yoon, tout en peinture sur verre, à propos d'une petite fille dans une maison de passe en Asie, est éblouissant même si le final est un peu abrupte.

 



On aimerait parler d'autres films, tout aussi bons que les précédents, mais cela serait trop long. On ne peut que recommander d'essayer de voir la plupart des films de la sélection dont on reviendra une dernière fois lors du palmarès. L'ensemble, très hétérogène, laisse augurer un avenir radieux pour l'animation et les prochaines éditions du festival !

 

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