Sitges 2011 - Jour 4

Aude Boutillon | 12 octobre 2011
Aude Boutillon | 12 octobre 2011

Contrainte de surpasser la douloureuse absence de son rédac' chef préféré (Sitges pleure à chaudes larmes), la micro-team EcranLarge poursuit son petit bonhomme de chemin, et tente plus que jamais de dénicher des petites merveilles en salles obscures, une tâche qui se trouve parfois récompensée, et parfois moins. Pour cette quatrième journée, le bilan se fait relativement positif, à l'occasion d'une sélection des plus éclectiques.

 


 

Arirang marque le retour à la réalisation d'un Kim Ki-duk plus que discret durant les trois dernières années. Véritable trip narcissique et autodestructeur, Arirang, sorte de documentaire dont le seul protagoniste n'est autre qu'un Kim Ki-duk méconnaissable et brisé, se pose à la fois comme une introspection, une self-therapy et une plongée dans le quotidien et l'esprit d'un artiste torturé. Profondément marqué par un accident survenu sur le tournage de Dream, son dernier film en date, Kim Ki-duk, à l'occasion de confessions bouleversantes ou de dialogues avec sa propre personne à plusieurs mois d'intervalle, revient ainsi sur une solitude écrasante (le bonhomme vit loin de tous, dans une tente, depuis 2008), et sur la boulimie créative qui le caractérise, en laissant exploser à l'occasion de plans déchirants sa nostalgie à l'égard de ses succès passés. Égocentrique, improbable, déstructuré, bouleversant, Arirang est finalement bien plus qu'une simple confession filmée, et aborde de la plus intime des façons des questions universelles et profondément humaines. Une expérience poignante pour les admirateurs de Kim Ki-duk, mais qui laissera sur le carreau les réfractaires à une réflexion autocentrée et masochiste.

 

 

Dans une toute autre ambiance, et parce que l'Asie bénéficie décidément d'une représentation conséquente en ce Sitges cuvée 2011, le Smuggler d'Ishii Katsuhito, adaptation d'un manga du même nom, propose un spectacle énergique et coloré, chapitré à l'image de son format d'origine. Habile mélange des genres, Smuggler confronte des personnages singuliers, auxquels est apporté une attention tout particulière, à l'occasion de scènes virant du comique presque burlesque à des combats de yakuzas esthétiques et maîtrisés, sans perdre dans l'exercice une certaine cohérence que cet aspect fourre-tout aurait pu mettre à mal. Les séquences d'action sont en particulier extrêmement soignées et stylisées, d'une étonnante violence contrebalancée par des instants en slow-motion volontairement grossiers et caricaturaux.

 

 

 

Différent continent, même époque. Esthétiquement soigné, The Mortician plonge le spectateur dans une atmosphère poisseuse et beigeâtre des 60's américaines, avec l'originalité de situer son action dans une époque manifestement contemporaine. Les conditions y sont modestes, les visages maussades, et les perspectives d'avenir limitées, pour ne pas dire inexistantes. Dans ce paysage de rêve évolue un légiste isolé et renfrogné interprété par un Method Man imparfait mais convaincant, ainsi que des protagonistes brisés par des existences difficiles, amenés à se rencontrer, s'affronter, mais surtout s'entraider. Le script trahit ainsi une naïveté touchante (d'aucuns se plaindront certainement de bons sentiments excessifs). Drame plus que thriller, The Mortician démontre une certaine efficacité et une réelle jolie intention, malgré des ficelles grosses comme ça, et un dénouement excessivement explicatif et démonstratif. 

 

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