Toronto 2011 : Jour 4,5 et 6

Laurent Pécha | 16 septembre 2011
Laurent Pécha | 16 septembre 2011

Pendant que d'autres se bourrent la gueule et draguent de la Julie strasbourgeoise (et oui, Tonton mauvaise langue, je te lis), d'autres bossent comme des fous à Toronto. A tel point qu'écrire une moindre ligne de compte-rendu est devenu toute cette semaine un casse tête insoluble. Il faut dire que les gentils organisateurs du TIFF (par définition, tous les organisateurs sont gentils dans un compte-rendu si on veut revenir l'an prochain, demandez donc à notre Jojo et ses déclarations d'amour au staff du festival de Deauville) ont la particularité de multiplier les séances des films phares réservées à la presse et l'industrie au même moment. Ce qui oblige à des choix draconiens et surtout à tenter de rattraper les sacrifiés du premier choix dans des cinémas bien éloignés de notre chambre QG que le monde nous envie (pas plus tard que mardi dernier, Julien Maury, le co-réalisateur de Livide, cherchait encore à échanger notre chambre contre la sienne et son jacuzzi dont il n'est jamais sorti visiblement puisque je l'attends toujours pour l'interview, Julien, si tu nous lis, Tonton t'attend à Strasbourg désormais). C'est donc à une opération minutieuse auquel pour parvenir à voir le maximum de films tout en sachant que l'on en ratera forcement un paquet (le Cronenberg, le Madonna ou encore le McQueen mais tout ceux là, vous avez pu savoir ce que l'on en a pensé à Venise donc ça va). Tout irait donc presque pour le mieux si le festival ne connaissait pas des ratés spectaculaires qui plongent vos envoyés dans les pires tourmentes : projection retardée d'une heure qui décale tout, projection réservée à la presse mais en fin de compte non et le plus beau pour la fin, celui qui nous a tué après une semaine à dormir 4 heures par nuit, le mega coup de Trafalgar de la projection de 8h du matin annulée.

 

 


  

Et puis il y a aussi le festival des interviews dispersées dans toute la ville qui ont lieu forcement quasiment au même moment surtout quand les horaires ne sont pas respectés. Et ça court dans tous les sens avec le matos pour parvenir à rencontrer Luc Besson et William Friedkin dans la même heure. Des interviews que vous retrouverez sous peu car bien sûr, la technique nous a joué un petit tour de coquin avec les problèmes de compatibilité entre Mac et PC. Pour un avant goût du programme, sachez que Michelle Yeoh est une vraie lady, que David Thewlis n'a pas joué dans Abîmes. Mais, ça, vous le savez tous sauf votre dévoué serviteur qui en plein craquage - course à pieds + rien dans le ventre = cerveau out - n'a rien de trouvé de mieux à dire à l'acteur en partant qu'il le trouvait super dans le film de David Twohy, un grand moment de solitude que le flegme britannique du comédien a rendu quelque peu moins douloureux.

 


 

Du côté de la bande à Friedkin pour Killer Joe, ce fut un régal. Le père William reste toujours, à mes yeux, la personne la plus passionnante à interviewer sur terre. Et quelle classe quand le monsieur a rembarré l'attaché de presse venue me couper au bout de 5 minutes en lui disant qu'il mangerait plus tard mais qu'il avait envie de parler avec le frenchy, qui avait vu son film, contrairement aux collègues étrangers qui faisaient les entretiens sans savoir de quoi ils parlaient. Concernant les sorties vidéo et notamment Blu-ray des films du cinéaste, Friedkin m'a confirmé le nouveau plan de travail pour l'édition du 40ème anniversaire de French Connection, avec à la clé une image nettement plus conforme à celle d'origine, ce qui n'avait pas été le cas sur la précédente et très décriée édition Blu-ray. Concernant Sorcerer, il faudra attendre encore deux ans sûrement car si Friedkin veut s'en occuper, ce ne sera qu'après ses engagements avec la Scala de Milan où il dirige régulièrement des opéras. Quant au Sang du châtiment, il aimerait bien en proposer une édition Blu-ray avec notamment les deux montages du film mais là, ce sont des problèmes de droits qui rendent les choses très complexes.

 


 

 

Du côté de ses acteurs, si Emile Hirsch a du mal à sortir de la simple évocation de son rôle rendant l'interview très classique mais toujours plaisante, Juno Temple a fait preuve d'une belle curiosité. Elle n'a pas tari d'éloges sur son réalisateur et a reconnu que si elle avait pu jouer ce rôle bien déjanté, c'est aussi parce que son agent est sa meilleure. Bien sûr, j'ai tenté une question sur Dark Knight rises et la demoiselle m'a dit que si elle parlait, on la tuait. Ne voulant pas mettre en danger un si joli bout de femme, je n'ai pas insisté.  

On a aussi eu l'occasion d'interviewer le duo de choc d'Un heureux événement, Rémi Bezançon et Louise Bourgoin dans le confort d'une chambre d'hôtel et également sur le tapis rouge. On vous prépare tout cela pour dans 10 jours quand le film sortira et qu'on vous dira en long et en large qu'il faut aller le voir.

 

 


 

Et maintenant, voici nos impressions sur les films découverts en début de semaine.


Glenn Close vise l'Oscar

Etrange film qu'Albert Nobbs. Porté par l'actrice Glenn Close, adapté d'une nouvelle de George Moore et situé dans l'Angleterre pauvre du XIXème siècle, Albert Nobbs lève le voile sur le honteux secret d'un majordome respectable : c'est une femme. A la fois drame poignant sur la condition de la femme et manifeste queer doté de moments d'humour désarçonnant, le film de Rodrigo Garcia est moins convainquant que fascinant. (3/5)

 

Herzog, l'anti Friedkin

Alors que La Grotte des rêves perdus vient de sortir sur les écrans français, Werner Herzog montre son nouveau documentaire sur les écrans canadiens de Toronto, Into the abyss. Pour le coup, la qualité n'est pas la même. Bien sûr, le cinéaste teuton préféré des cinéphiles aborde l'histoire de Michael Perry, condamné à mort, avec beaucoup de sérieux mais il se perd plus que d'habitude dans ses apartés malicieux. De très beaux moments et beaucoup d'autres en trop. (2,5/5)

 

 

 

 

Visconti à Toronto

Le film de Terence Davies commence sur un incendie sur le point de s'éteindre et se termine sur une maison en cendre. Entre, le réalisateur anglais nous invite à prendre place à la fin d'une histoire entre une femme mal mariée et son bel amant. Situé dans le Londres des années 1950, The Deep Blue Sea avance comme un bateau sur une mer calme. Avec douceur et fluidité, on passe des sanglots à l'enguelade, des regrets à l'amertume, des baisers aux au revoir. C'est très beau, très simple et incroyablement touchant. Peut être le meilleur film vu à Toronto (4/5).

 

Y a de la joie dans le drame

50/50, comédie sur le cancer, est l'une des plus belles surprises du TIFF. Le film de Jonathan Levine (Tous les garçons aiment Mandy Lane) réussit à parler des pires choses sans jamais vous faire perdre le sourire. Il faut dire qu'avec la belle gueule de Joseph Gordon-Levitt et les blagues potaches de Seth Rogen, c'était difficile. (3,5/5)

 

La Castagne est de retour

Quand on est au Canada, il faut au moins voir un film sur le hockey. C'est donc sur Goon qu'on a porté notre choix. Bonne pioche tant le film de Michael Dowse rappelle les grandes heures de La Castagne. A la place de Paul Newman, on retrouve Seann William Scott qui confirme qu'il peut offrir autre chose que des ersatz de Stiffler, le rôle des American Pie qui l'a révélé. En garçon simple d'esprit mais poli, gentil et dévoué, qui va trouver sa voie dans la vie en étant le hockeyeur que l'on envoie pour casser la gueule à l'adversaire, le comédien est parfait. Et nous donne l'occasion d'assister à des matchs de hockey pour le moins musclés. Son combat final face à Liev Schreiber, drôllisime en brute épaisse, est un beau moment anthologique où les coups pleuvent autant que le sang gicle sur la glace. (3/5)

 

 


 

 

Les Innocents du pauvre

Quand on est anglais et que l'on se décide à filmer une histoire de fantômes avec des enfants dans un manoir british au début du 20ème siècle, il ne faut pas s'étonner que l'ombre écrasante de Jack Clayton et ses Innoncents vienne planer sur votre film. C'est bien ce qui se passe sur The Awakening de Nick Murphy. Si la première partie tient plutôt bien la route notamment grâce à l'implication émotionnelle très convaincante de en chasseuse de fantômes portée par les explications rationnelles, la seconde partie du récit perd totalement de son efficacité. On est alors loin, très loin de la réussite spectaculaire de Les Autres, autre film qui doit beaucoup à celui de Clayton.  Et à l'image d'un twist extrêmement maladroit et sur-explicatif, The Awakening se clôt dans une indifférence bien tristounette. (2,5/5).

 


 

 

Gerard Butler part en guerre

On nous avait prévenus à Paris : le film est insortable. A la vue de Machine gun preacher, le mot est sans doute un peu trop fort puisqu'on a déjà assisté à des catastrophes cinématographiques bien plus embarrassantes que le film de Marc Forster. Mais il est vrai que ce que nous réserve le cinéaste est particulièrement fort de café. Inspiré d'une histoire vraie, le film relate la prise de conscience d'un ancien détenu particulièrement violent qui va le pousser, après qu'il est découvert la foi, à venir en aide à la population enfantine du Soudan. Dans le rôle titre, Butler en fait des caisses. Le film est particulièrement lourd dans tout ce qu'il entreprend. Sans parler de sa lenteur à se mettre réellement en route (plu de 45 minutes pour que l'action se déplace enfin en Afrique). Au final, on assiste à un petit accident industriel qui ne propose ni l'efficacité du bon cinéma hollywoodien gentiment engagé ni la puissance émotionnelle de la belle œuvre militante. (1/5).

 

 

Coppola abuse de son vignoble.

Si on ne sait pas encore ce que nous réserve dans le futur le réalisateur du Parrain, nul doute qu'on est nettement moins pressé de le savoir après la découverte de cet embarrassant Twixt. On en parle plus longuement ici. (1/5).

 

Friedkin est éternel

Si son pote Francis sucre les fraises avec Twixt, le père William démontre avec Killer Joe qu'il a une santé d'enfer. L'oublié de Venise - Darren, tu déconnes grave - continue à évoquer son thème primordial de la fine ligne qui sépare le bien du mal chez les individus et permet à ses acteurs de s'offrir des performances détonantes. A commencer par Matthew McConaughey, absolument génial en tueur texan aux principes bien trempés. Quant à la scène dite du poulet, elle est instantanément entrée dans les annales. Et pour sûr que dans 20 ans, on en parlera encore avec émotion. (4/5).

 

 


 

 

 

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