Toronto 2011 : Jour 1

9 septembre 2011
MAJ : 18 septembre 2018
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La soif de découvrir de nouveaux films ne connaît aucune limite au sein de la rédaction d’Ecran Large. Non content d’écumer depuis plus d’une semaine les festivals européens (Venise, Deauville, l’étrange à Paris), on a décidé d’aller voir de l’autre côté de l’Atlantique ce que pouvait bien nous proposer nos amis canadiens. Direction le TIFF, le festival de Toronto, un première pour votre site. Mais voilà, vos dons n’ayant pas été encore assez généreux (les enveloppes ne se bousculant pas trop ces temps-ci au bureau), il a fallu se serrer la ceinture pour parvenir à respecter le budget imparti par les hautes sphères du site. D’autant plus que les teams vénitiennes et surtout deauvillaises n’ont pas eu la main morte en faux frais (royal au bar, on les surnomme paraît-il du côté des planches). Résultat des courses ou plutôt des comptes, c’est dans une auberge de jeunesse que votre serviteur a dressé son QG non sans avoir passé une bonne dizaine d’heures dans un charter qui lui aura permis d’avoir juste le retard adéquat pour se voir fermer la porte du bureau d’accréditation le premier soir à 10 minutes près. Pas de quoi se plaindre pour autant puisque l’éminent collègue qui va partager mes aventures et qui veut rester anonyme mais que nous appellerons JW, est, lui, parvenu à rallier Toronto en 20 heures après avoir vu sa correspondance annulée.

 

 

 

 

Mais revenons à cette auberge de jeunesse, aka the place to be selon une source bien placée du TIFF. On a longtemps hésite à vous en proposer des clichés car les mots sont insuffisants pour décrire ce sentiment autre qui nous a habité en découvrant ce qui allait être notre chambre pour les 10 jours à venir. Ne voulant pas choquer les plus sensibles de nos lecteurs ou tout simplement les membres de nos familles qui liront ce compte-rendu, on a renoncé à la publication se contentant d’avouer que la chambre du Travis Bickle de Taxi Driver ressemble au Four Seasons à côté de la notre.

Mais que diable le confort d’une chambre décente du moment qu’on a le plaisir d’une bonne douche…ah ben non, l’unique située à notre étage est actuellement out of order. Et puis de toute façon, on n’est pas ici pour faire la coquette, on est là pour bouffer du film et le festival de Toronto a tout pour répondre amplement à notre attente puisque nous avons déjà répertorié plus de 70 films à voir sur les centaines diffusées ici jusqu’au 18 septembre.  

Le TIFF se démarque effectivement des autres grands festivals de la planète cinéma pour être avant tout une grande vitrine des productions à venir. Point de compétition ici si ce n’est des prix mineurs (en terme médiatique) récompensant avant tout des premières œuvres. Pas de marché du film à proprement parler mais qui n’empêche pas la venue, bien au contraire, des centaines d’acheteurs venus faire leurs courses pour les prochains mois. C’est donc à une avalanche de titres que l’on va pouvoir assister à tel point qu’il est bien difficile de faire son programme. Les sacrifices seront donc de mise en espérant que l’on aura le nez creux.

 

 

 

 

Pour cette première journée, fort heureusement, le choix était assez facile puisqu’il n’y en avait pas à faire. Entre se refarcir Melancholia ou découvrir un film Bollywood, il n’y a pas eu besoin de se concerter très longtemps. Accompagné par un ami producteur vieux routier du TIFF, on a donc découvert Azhagaramy’s horse. « Tu vas voir, ton premier film au TIFF, tu t’en souviendras toute ta vie » me balance le baroudeur. 20 minutes plus tard, difficile de ne pas lui donner raison lorsque l’on quitte la salle après avoir subi le mauvais côté de Bollywood avec une accumulation de chansons et d’images que l’on qualifiera poliment de folkloriques. Tant pis, il y a d’autres films qui nous attendent. JW se dirige vers Restless de Gus Van Sant que l’on avait bien aimé à Cannes (lire notre critique) car ce soir, on sera sur le tapis rouge pour interviewer Gus, Mia et leur productrice, Bryce Dallas Howard. Et pour ma part, je me laisse tenter par le titre évocateur de Monsters club. 72 minutes plus tard, la tendance à un certain regret tant l’œuvre de Toshiaki Toyoda est difficile d’accès, surtout quand on n’a pas encore totalement assimilé le décalage horaire. On y suit les errances mentales d’un homme ayant abandonné la civilisation pour vivre perdu au fond d’une montagne enneigée dans une cabane tout en confectionnant des bombes artisanales qu’il envoie à des dirigeants de société. Survint alors sa rencontre avec le dit monstre du titre bien loin de ce que l’on peut attendre d’une telle entité. C’est de toute évidence la métaphore et l’abstraction qui intéresse Toyoda et qui lui permette d’évoquer la noirceur de l’âme humaine. Mais à trop tirer sur la corde de l’épure et l’abstrait, il finit par nous perdre faisant difficilement passer la durée pourtant courte de son film.

 

 

 

 

Pour se remettre d’aplomb, rien de tel que d’aller découvrir l’espace dédié à la presse. Et là, le TIFF enterre tous ses rivaux dans les grandeurs largeurs : un accès à des Mac aux écrans géants, un accueil aussi agréable qu’efficace et un service de restauration royal où l’on te demande si tu veux du saumon avec tes œufs. On se sent si bien choyés qu’on a failli leur demander s’ils n’avaient pas une chambre en rab, l’idée de retourner à la notre, devenant désormais un sacerdoce

C’est donc tout heureux et rassasié que nous nous sommes dirigés vers le premier gros morceau du festival : Moneyball de Bennett Miller, retitré en France, Le Stratège.  Dire que le TIFF commence sur les chapeaux de roue est une évidence lorsque les lumières se rallument deux heures plus tard. Un film sur le baseball avec Brad Pitt écrit par Aaron Sorkin, ça vous regonfle le moral d’un festivalier. Les allergiques à ce sport si américain vont avoir du mal à croire qu’ils se sont passionnés pour cette histoire vraie d’un manager qui va défier la logique de son sport en modifiant son approche de recrutement. Et pourtant, c’est ce qui arrive devant un récit qui multiplie les séquences drôles et émouvantes tout en offrant un duo tout aussi inattendu que jouissif en Brad Pitt et Jonah Hill. Génialement écrit à l’image de cette négociation de joueurs où Brad Pitt multiplie les trouvailles de vieux briscard pour duper ses interlocuteurs, Moneyball pourrait bien valoir au mari d’Angelina une reconnaissance aux prochains Oscars. Pour lire notre critique, c’est ici.

 

 

Et voilà une première journée qui se finit joliment bien au point que l’on a presque oublié où l’on allait dormir ce soir. De toute façon, rien ne peut altérer notre enthousiasme d’être à Toronto d’autant que demain, y a De Niro et Statham dans Killer Elite et Emmerich en mode Shakespeare. Jusqu’ici, tout va bien !

 

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