Venise 2011 : jour 8

Simon Riaux | 7 septembre 2011
Simon Riaux | 7 septembre 2011

Les poids lourds du festival étant programmés les cinq premiers jours, la team EL espérait de tout coeur se faire surprendre par des oeuvres moins attendues, et caressait le doux rêve, comme ce fut le cas à Cannes, de retrouver cette sensation particulière de cinéma qu'est la révélation d'un auteur. Il semble désormais que cet espoir ne sera pas pour tout de suite, tant les films dévoilés ces deux derniers jours ont refroidi nos attentes.

 

 


 

La rumeur désastreuse qui précédait 4:44 Last day on earth d'Abel Ferrara était bien fondée, tant la chose tient du ratage dans à peu près tout les domaines. Le réalisateur ne parvient jamais à obtenir quelque chose de son dispositif, à savoir les dernières heures de l'humanité vécues depuis l'intérieur d'un appartement par un couple, étreint par l'anxiété, l'excitation, le désespoir et le doute. Willem Dafoe est en roue libre totale, tandis que Shanyn Leigh se révèle tout bonnement insupportable, au moins lui reconnaîtrons-nous le mérite de souvent interrompre les fastidieux dialogues par de sympathiques séances de déshabillage et autres jambes en l'air. Il n'y a pas grand chose d'autre à dire de cet objet filmique dont la majeure partie constitue une interminable pub pour Skype, les personnages passant de longues minutes l'utiliser pour faire leurs adieux. Le résultat est tragique, à croire que les frères Bogdanoff sont devenus les dealers du metteur en scène.

Geoffrey n'était pas beaucoup plus satisfait en sortant de The Moth diaries, sorte de mauvais Twilight (qu'il m'en coûte d'écrire ces mots...) mâtiné de bluette saphique bas du front. La réalisatrice d'American Psycho prouve qu'on ne se refait pas, et emballe avec autant de prétention que d'incompréhension du genre cette histoire rebattue de jeunes filles dont le pensionnat recèle de noirs secrets. Il s'agissait probablement de la plus mauvaise surprise du festival, un long-métrage indigne de figurer en sélection officielle, plus proche visuellement des derniers DTV roumains de Steven Seagal que du Dracula de Coppola.

 

 


 

 

Les larmes aux yeux, le palpitant sur le point de défaillir, mon acolyte et moi-même nous sommes rassurés mutuellement, certains que la série noire ne saurait durer. Ragaillardis par cette solidarité que seuls connaissent les hommes dont l'amitié virile a été éprouvée au front des causes perdues, nous avons pris le chemin de notre auberge. C'est que voyez-vous, il ne fallait pas traîner en chemin, puisque les deux heures de retard des projections susmentionnées nous firent sortir des salles très tôt le matin. Mais qu'importe, demain (aujourd'hui donc) serait un autre jour.

Comme quoi, la méthode Couet, c'est avant tout une grosse blague. Car même en me répétant que j'allais assister à un chef d'oeuvre, il fut difficile de ne pas éclater de rire devant Quando la note, drame romanesque de Cristina Comencini. Malgré deux acteurs habités, le film se délite un peu plus à chaque séquence, en grande partie à cause des dialogues, le plus souvent ridicules, et toujours tristement caricaturaux. On ne s'arrêtera pas trop longuement sur les rebondissements inutiles et risibles qui se multiplient lors de la conclusion (la scène des télécabines ferait passer celle de Moonraker pour du Bergman). Si la chose n'est assurément pas la pire que la Mostra nous ait donné à voir cette année, elle dû essuyer les plus violentes huées de toute la semaine, le public ne lui ayant pas pardonné sa médiocrité après deux journées de séances annulées, reportées et/ou interrompues.

 

 

 

 

C'est ce qui arriva à Geoffrey, qui dût subir 20 minutes de Rabbit Horror 3D, de Takashi Shimizu, avant que les organisateurs ne réalisent que la 3D en question ne fonctionnait pas... et relancent le film depuis le début. Dommage car mon camarade se serait bien passé de revoir la première bobine d'un film délirant, mais tout à fait dispensable, dont le scénario semble une excuse pour permettre à son réalisateur de planquer des lapins psychotiques dans tous les coins. Ajoutez à ça une forte influence de Silent Hill 3, un fantôme, une muette, un père complètement azimutée, et vous tiendrez une recette cinématographiquement calorique. Vous me direz, rien que pour le titre, il fallait tenter le coup.

 

 


 

 

Nos souffrances ont été légèrement atténuées par les deux séances suivantes. Eva déploie une uchronie qui ne manque pas de charme, où Daniel Brühl évolue dans l'Espagne de 2040. Cette fable sur la robotique se suit sans déplaisir, même si l'on regrettera un relatif manque d'intensité dramatique, la faute à un univers traité avec un souci de vraisemblance tel qu'il étouffe parfois les envolées de son sujet.

 

 

The Exchange est le nouveau film de Eran Kolirin, réalisateur de la très surestimée Visite de la fanfare. Il y est question d'un doctorant à la vie aussi ennuyeuse que parfaitement réglée, qu'un retour inopiné à son domicile va inexorablement subvertir, l'entraînant sur une pente chaotique. Bon là, je vous ai fait le synopsis en mode épique, car nous avons affaire à un petit film plutôt réussi, mais d'un minimalisme parfois très aride. L'humour décalé, toujours proche de l'absurde y est très présent, et fait régulièrement mouche, il est regrettable toutefois que l'ensemble demeure d'un maniérisme un peu lourd. Au final, ce petit film pas déplaisant laisse l'impression d'un outil ciselé avec précision et amour de l'art, mais dont on se demande bien à quoi il pourrait servir.

 

 


 

 

Pas de conférences de presse aujourd'hui, les organisateurs ayant sans doute jugé plus prudent de les programmer aux mêmes horaires que les films de la compétition... Et le film surprise dans tout ça ? La seconde projection a été annulée pour cause de défaillance électrique. Nous reviendrons lors du bilan du festival sur les nombreux problèmes et approximations techniques qui nous ont régulièrement handicapés lors de la manifestation, non pour faire nos effarouchées (au contraire, nous avons été toujours reçus de la meilleure des manières, de l'accueil, mais pour expliciter la situation dans laquelle se trouve aujourd'hui le festival de Venise. Alors que la Mostra touche à sa fin, que les dernières projections de presse seront achevées dans moins de quarante huit heures, il sera nécessaire de revenir sur les défis que doit relever cette institution dont la 68ème édition souligne les difficultés, ainsi que les obstacles mis en travers de sa route par le pouvoir en place.

D'ici là, nous vous aurons parlé de Faust, et du nouveau William Friedkin, Killer Joe !

 

 


 

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