Venise 2011 : jour 6

Simon Riaux | 5 septembre 2011
Simon Riaux | 5 septembre 2011
Reprenons exactement où nous nous étions arrêtés hier. Après avoir parachevé le compte-rendu d'hier, nous partîmes à la rencontre du Todd Solondz et de son Dark Horse. Geoffrey et votre serviteurs auront apprécié de rire devant un film du festival (sans s'en moquer), probablement l'oeuvre la plus accessible de son réalisateur, qui aura su ne pas sacrifier son univers et sa patte, entre désespoir et comédie douce-amère. Servi par des comédiens habitués à son univers (Selma Blair, singulière et impayable) ou nouveaux venus (Christopher Walken, Mia Farrow), l'ensemble amuse franchement le spectateur, qui va de sidération en sidération dans cette comédie romantique qui pervertit tous les codes du genre. Un film de transition réussi donc, qui donne envie de voir dans quelle direction va désormais s'orienter son auteur (lire la critique).

Histoire de finir avec un petit film bien de chez nous je me dirigeai vers la projection tardive de The Invader, qui contrairement à ce que pourrait laisser croire son titre, n'est pas un film avec des aliens belliqueux, mais un drame dont le héros est un immigré clandestin fraîchement échoué sur les plages françaises. Nicolas Provost parvient, avec un sujet très connoté politiquement, à éviter tous les raccourcis et écueils idéologiques qui se dressaient devant lui. Le réalisateur, dont c'est ici le premier film, vient de l'art vidéo, et cela se voit, le premier plan du film est probablement le plus virtuose qu'il nous ait été donné de voir de tout le festival, voire depuis beaucoup plus longtemps. S'il se regarde parfois un peu trop filmer, Provost livre une oeuvre extrêmement maîtrisée, une des plus belles promesses que nous ait faite le cinéma français depuis des lustres.

 

 

Quelques heures de sommeil plus tard, et nous repartîmes gaiement vers la Mostra. Sous la pluie. Vous me direz, c'est pas trois gouttes qui vont arrêter deux solides gaillards comme Geoffrey et moi, sauf que, enchaîner deux films de deux heures chacun, quand on est trempés, et que l'un d'eux est en cantonnais, c'est coton comme dirait l'autre. Remarquez, l'eau glacée qui ruisselait le long des muscles noueux de nos corps d'athlètes a eu au moins le mérite de nous tenir éveillés durant La Taupe.

 

 



Car le deuxième film attendu de l'auteur de Morse s'avère un beau pétard mouillé. Non content de renvoyer Ciaran Hinds, Colin Firth, Toby Jones et Tom Hardy au rang de quasi figurants, le réalisateur s'attarde inutilement sur certains passages, tandis que d'autres sont expédiés à la va comme je te pousse. On a du mal à comprendre que le réalisateur gère si mal ses personnages, quand il passe son temps à multiplier les effets et le travail de l'espace. Peut-être aurait-il dû trahir plus franchement le livre de John Le Carré pour pouvoir en tirer une essence proprement cinématographique (lire la critique).

 

Histoire de me réveiller, et de retrouver un peu de ma pêche légendaire, je pris la direction d'un délicieux films chinois, consacré à la vieillesse, la maladie, et la mort : A Simple life. Cette histoire d'une domestique, qui après 60 ans de bons et loyaux services pour une même famille, aura droit à un traitement humain et quasi-filial de la part d'un de ses employeurs est très bien interprétée, élégamment filmée, et plutôt jolie. Toutefois, la fin de vie d'une femme dans une maison de retraite chinoise (hygiénistes s'abstenir), quand aucun des personnages n'évolue véritablement, et que les enjeux dramatiques sont presque nuls, ça tourne rapidement en rond. Une jolie histoire donc, qui aurait gagné à ressembler un peu plus à Commando.

 

 

Les conférences de presse ? Celle de La Taupe fut à l'image du film, transparente, chacun des acteurs a pu s'esbaudir sur John Le carré et le talent de ses petits camarades. Une journaliste a bien tenté de faire comprendre à Colin Firth qu'elle était partante pour être sa Bridget Jones, mais la tentative s'est soldée par un échec. Quand à la conférence de Dark Horse, on aura apprécié la douce nonchalance de Todd Solondz, le charme de Selma Blair, qui nous apprit que le metteur en scène avait un « radar pour détecter ses trucs d'actrice à la con. » Un vrai professionnel le Todd.

 

Puis vint l'heure du plus gros choc du festival so far, sans y être le moins du monde préparé, mon acolyte et moi-même avons été soufflés par l'impact de Himizu, de Sono Sion. Première révélation, le Japon va mal, mais alors très mal. C'est ce que l'on découvre dans ce drame surréaliste, ou un adolescent balloté entre sa mère inconstante, son père endetté, et une camarade de classe follement amoureuse de lui essaie de survivre dans le Japon post-Fukushima. Mais garder toute sa tête dans un pays ravagé par un tsunami et une catastrophe n'est pas évident, surtout quand tous les adultes autour de vous essaient de vous tuer, d'une manière ou d'une autre. Avec une énergie proprement ahurissante, les acteurs déploient sous nos yeux une histoire certes trop longue mais bouleversante. Si le film est loin d'être parfait, sa rage, la pulsion vitale qui l'anime balaient toutes les réserves. Sono Sion a réussi à faire une photographie poétique d'un Japon au bord du précipice, dont il fait le pari qu'il ne chutera pas.

 

 

Voilà nous sommes tout bouleversifiés, et nos pronostics et préférences, qui allaient jusque là au Cronenberg et à Steve McQueen (le reste n'étant clairement pas du même niveau), se retrouvent ébranlées. Ah je vous jure...


 

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