L’Étrange Festival 2011 : Jour 3

Aude Boutillon | 5 septembre 2011
Aude Boutillon | 5 septembre 2011

Débuter la journée par une interview à propos d'un film pas tellement bien digéré de la veille (The Theatre Bizarre) devant un aréopage de trois des co-auteurs de l'œuvre, qui ont fait le déplacement à l'occasion, ne semblait pas être une bonne idée. Mais devant les avis bien tranchés des réalisateurs  (Richard Stanley, David Gregory, Buddy Giovinazzo) et la manière conciliante qu'ils ont eu à traiter mon anglais hésitant, force est de constater qu'ils m'ont presque convaincu de revoir mon jugement lapidaire, tout ceci dans un entretien dont la publication ne saurait tarder.

Pour la suite des festivités, la programmation de l'Étrange a joué un peu aux montagnes russes, avec pour le meilleur, la projection des deux premiers films de la nouvelle révélation du cinéma belge, Koen Mortier, venu présenter ses bébés, et dont Aude est devenu quasi-instantanément fan, à une exception près. Dans l'après-midi, les couloirs du Forum des Images ont bruissé des échos de bonheur des festivaliers venus à la rencontre du psychotronique Endhiran, Robot the Movie, SF bollywoodienne endiablée que nous nous réservons pour plus tard. Quant au reste, ce fut plutôt la soupe à la grimace, pas aidé par une nuit précédente bien courte, et en espérant que la suite vienne vite apporter quelques lots de consolation.

 

FOCUS SUR KOEN MORTIER

Iconoclaste. Un terme fourre-tout, rarement approprié, souvent accolé à des artistes en pseudo-rébellion avec les codes établis, soucieux d'afficher une marginalité racoleuse. Parfois, au détour d'un film, le qualificatif s'avère justifié. L'équipe de l'Etrange ne s'y est pas trompée, et a offert à ses spectateurs une bien belle découverte en la personne de Koen Mortier, venu présenter Ex-Drummer (2007) et 22nd of May, son dernier long métrage. Le premier, critique acerbe de la société flamande au synopsis improbable (trois musiciens handicapés recherchent un quatrième membre pour un concert unique), défouloir punk et sans concessions, avait, sans trop de surprises, marqué son petit monde à sa sortie en salles : réflexions racistes, homophobes, misogynes, et plus encore, se succèdent au sein d'une communauté de ploucs dévorés par la vie, dont le plus abject est certainement le seul respectable aux yeux de la société, témoin volontaire d'une misère dont il peut s'extirper à tout moment. Très loin de tomber dans un misérabilisme plombant, Ex Drummer témoigne au contraire d'un humour féroce, aussi pince-sans-rire que déplacé (on aura rarement autant culpabilisé à chaque éclat de rire). Formellement maîtrisé, offrant de très belles idées visuelles, ainsi qu'une bande-son proprement géniale, Ex-Drummer fascine, dégoûte, bouscule, mais ne laisse pas indifférent.

C'est peu dire qu'on attendait de pied ferme son second long-métrage, rebaptisé Soudain le 22 Mai (le 2 novembre dans nos salles). Malheureusement, le film peine à retrouver l'énergie dévastatrice et créatrice de son prédécesseur, et s'enlise dans une démonstration stylisée (le monsieur nous vient de la publicité) qui, rapidement, handicape plus qu'elle ne sert le potentiel dramatique de l'intrigue. Ressort pourtant de Soudain le 22 Mai un profond désespoir, qui s'exprime par cette suite d'incidents que les victimes se voient contraintes de revivre, incapables de changer le cours de leur Histoire. Inutile de chercher une quelconque corrélation avec la paranoïa post-11 septembre qui a fait fleurir bon nombre de métrages (The Divide en dernier lieu) ; seul le parcours de ces êtres on ne peut plus communs intéresse ici le cinéaste, âmes errantes dans un dédale fantasmagorique de décombres et de souvenirs réduits à l'état de poussière. Soudain le 22 Mai est, sans nul doute, une de ces œuvres au ressenti très personnel ; en clair, si certains se sentiront intimement touchés par ces parcours tragiques, d'autres peineront à être concernés. Quand elle existe, l'absence d'implication émotionnelle est d'autant plus frustrante qu'elle explose (au sens propre) dans un final crève-cœur et terrible, dont on aurait aimé ressentir la force du désespoir bien plus tôt.

 

 

 

HIDEAWAYS

Continuant dans la veine du conte horrifique en langue anglaise, comme pour son Dorothy datant de 2008, la française Agnès Merlet trace avec constance son sillon de réalisatrice un peu à part dans le concert hexagonal et dont le thème récurrent demeure l'exploration de l'enfance, de ses premiers émois et de ces mystères. Malheureusement, après une introduction plutôt bien enlevée, qui alterne humour et cruauté avec aisance (on a l'impression de retrouver l'atmosphère des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire), le film finit par s'échouer sur les rivages d'une triste banalité. La love-story adolescente entre la jolie cancéreuse Mae-West O'Mara (Rachel Hurd-Wood) et le damné  Liam (Thomas Sangster) ne réussit jamais vraiment à émouvoir et, de plus, on comprend très vite où l'intrigue va nous mener, sans qu'à aucun moment une surprise vienne quelque peu nous dérider. De même, le côté fable ne réussit jamais vraiment à prendre, victime d'un défaut de dosage entre le côté fantasy mal assumé, et celui d'une représentation d'un réel bien trop réduit pour que l'on se sente impliquer, et ce malgré les efforts des jeunes comédiens, qui auront plus de chance de briller dans l'avenir, seule compensation que l'on peut en tirer.

 


 

THE UNJUST

Attendu au tournant après les réussites coréennes de l'année qu'ont été The Murderer et J'ai rencontré le Diable, le dernier film de Ryoo Seung Wan (les surestimés mais corrects Crying Fist et City of Violence) a vite douché nos espoirs. Après un début bavard et pénible, The Unjust tente de nous entrainer dans un jeu du chat et de la souris auquel on ne croit jamais et qui ne véhicule aucun suspens, ampoulé de surcroît par un comédien principal complètement imbuvable ! Et pour ceux qui pensaient y trouver le quota habituel de gore et d'action inhérent à tout thriller venu du pays du Matin (faussement) Calme, et bien il faudra repasser. Dixit Gregory Morin : « les seules scènes de violence marquantes du film, c'est quand les policiers jettent les dossiers de leurs bureaux ! » Et quand on sait que cela est répété 4 à 5 fois dans le métrage, inutile de deviner que l'on ressent bien vite le sentiment de s'être fait bien flouer dans les grandes largeurs !

 

 

 

SALUE LE DIABLE DE MA PART

L'idée de découvrir un thriller d'action venu de la patrie des Farc et des narcos-trafiquants les plus puissants au monde avait de quoi nous émoustiller au plus haut point, sentiment rehaussé en plus par la présence d'Edgar Ramirez, promu en cette année 2011 par la réussite du Carlos d'Olivier Assayas. Hélas, après un début rondement mené qui fait quelque peu écho à l'intrigue du film préféré de notre rédacteur en chef après Conan le Barbare, à savoir Commando de Mark Lester, le reste finit par sévèrement patiner dans la semoule. Malgré quelques fusillades bien torchées et une bonne dose de violence bien ostentatoire, on se désintéresse bien vite du destin de cet ex-terroriste obligé de tuer ses anciens collègues par ses anciennes victimes, tenant sa fille en otage comme garantie d'obéissance. Non seulement aucun sentiment d'urgence ne vient se manifester pour ce qui aurait du être le moteur principal de l'action, mais le réalisateur se doit d'ajouter une intrigue parallèle bien brumeuse, prétexte à un showdown complètement factice et mal filmé, rivant  définitivement le clou à une œuvre qui avait quelque prétentions mais qui est foiré quasiment de bout en bout. Il faudra avoir plus de constance aux autres cinéastes sud-américains s'ils veulent un jour concurrencer le brésilien José Padilha et sa saga Troupe d'élite.

 


 

Dossier concocté par Aude Boutillon et Patrick Antona.

 

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