L'Etrange Festival 2011 : Jour 2

Aude Boutillon | 4 septembre 2011
Aude Boutillon | 4 septembre 2011

Forum des Images, 16h. A la foule nerveuse de la veille, amas d'habitués surexcités à l'idée des dix jours qui les attendent, a succédé un va-et-vient tranquille de festivaliers qui prennent leurs marques, tandis que les plus prévoyants alignent les tasses de café vides près du petit bar du Forum. Un titre circule sur toutes les lèvres, éclipsant presque les autres séances du jour ; c'est qu'on atteindrait presque le point d'orgue du festival, dès la seconde journée. L'objet de tous les fantasmes du dévoreur de Bis a un nom : The Theatre Bizarre. Il faudra attendre la séance du soir, pour enfin mettre un terme à l'appréhension ambiante. Quelques instants plus tard, dans une petite pièce calfeutrée et intimiste où l'on ose à peine élever la voix, Xavier Gens nous parle de The Divide et de son équipe à la motivation d'acier, à l'occasion d'une interview que vous retrouverez prochainement sur le site. Place, enfin, aux projections du jour.

 

RED LINE

Projet de manga animé maturé sur une période de 7 ans, Red Line se présente comme une forme de réponse animée à Speed Racer, dont il reprend le concept de course-poursuite survitaminée, mais aussi comme un hommage à tout un pan du comics américain des années 70. Soignant son parti-pris esthétique volontairement rétro (on pense souvent à Métal Hurlant), Red Line nous en met littéralement plein la vue, jouant sur une mise en scène dynamique et une surabondance de détails qui ne nuit en rien à la compréhension d'une intrigue certes minimaliste mais bien prenante. On pourrait juste regretter l'ajout d'une sous-intrigue avec créatures "akiresques" à la clé qui vient parasiter l'intrigue dans son dernier tiers, et une tendance à désamorcer le côté thriller en jouant trop sur la "cool attitude" tendance Tarantino. Feu d'artifice animé, coloré et en 2D, Red Line ne révolutionnera pas le monde de l'animation mais vaut sacrément le détour, pour peu que l'on aime les films de grosses machines tendance old school.

 

 

 

TOMIE UNLIMITED

Une jeune fille d'une beauté à faire tourner bien des têtes connait une fin tragique, puis revient d'entre les morts pour le simple plaisir d'emmerder son petit monde, avant de périr à nouveau, puis de renaître inlassablement. La saga Tomie, multiple adaptation d'un manga à succès, revient pour un énième épisode, avec à sa tête le terrible Noboru Iguchi. La patte du compère de Yoshihiro Nishimura (que l'on croisera à l'occasion de la Nuit Sushi Typhoon - miam !) ne fait guère de doute, malgré un ton bien moins déluré que ce qu'on avait pu voir,  au hasard, dans Machine Girl. Si le final, trop étiré au demeurant, cède aux sirènes du surréalisme souvent cher à l'horreur nipponne, le reste du métrage a à cœur d'installer un malaise ambiant, instaurant ça et là des notes proprement hérissantes (dont un père qui, fou d'amour pour une fille ressuscitée, lui lèche goulûment la tignasse). Le grotesque côtoie parfois l'épouvante (les frissons se faisant toutefois trop rares), de même que l'improbable pénètre progressivement la réalité, sans que personne, si ce n'est la sœur de la défunte vengeresse, ne semble s'en offusquer. Signalons une Tomie aussi perverse que délicieuse, plus-value incontestable d'un film qui flirte avec l'anecdotique..

 

 

 

THE THEATRE BIZARRE

Il y a de ces projets qui mettent en effervescence une communauté cinéphile bien ciblée. The Theatre Bizarre est de ceux-là, de sa conception (portée par Metaluna Productions, société de Jean-Pierre Mad Movies Putters) à sa réalisation, confiée à sept figures du cinéma de genre, en passant par son concept, à savoir une carte blanche pour illustrer le grand-guignol. L'électricité était palpable au sein d'un public tant anxieux qu'impatient, mais également parmi l'équipe, malheureusement incomplète, venue présenter son petit bijou, et manifestement ravie d'être là. Des digressions décomplexées de JPP aux dédicaces bien personnelles de Richard Stanley, sans oublier une affection toute particulière témoignée de concert à Catriona McColl, tout le monde s'en donnait à cœur joie dans une atmosphère bon enfant, reflet fidèle d'un film à sketches généreux et habité. Si l'on pouvait -légitimement- craindre l'inégalité qualitative résultant bien souvent de projets semblables à celui-ci, il n'en sera rien (bien que chacun trouvera plus ou moins son compte parmi les histoires proposées) ; les diverses directions empruntées par chaque segment n'entravent en rien la cohésion du film, qui saute allègrement de l'humour morbide à l'horreur décalée, du comique au tragique, du sexe au sang, sans perdre de vue sa ligne directrice. On regrettera tout juste le décalage d'un segment offrant davantage une réflexion (un rien plombante) sur la mort et le sens de la vie, qu'une illustration du thème précité. La liaison des diverses parties se voit quant à elle illustrée par Jeremy Kasten, dans le cadre d'un théâtre de pantins (mené par un Udo Kier dément) particulièrement dérangeant qui contribue grandement à conférer à The Theatre Bizarre cette atmosphère tout à la fois creepy et délectable. Une vraie petite sucrerie pour amateurs du genre, qui parvient par miracle à éviter l'écueil ultra-référenciel, bien que s'adressant à un public très ciblé.

 

 


Pour finir, c'est tout beau et c'est cadeau, quelques photos de ladite soirée.

 

  Fabrice Lambot et Jean-Pierre Putters, Metaluna Productions

 

 
David Gregory
 
 
Richard Stanley et son regard de braise
 
 
 
Buddy Giovinazzo
 
 
Catriona McColl (et l'Homme à la Minerve, aka Shane Woodward)
 
 
 
Une petite partie de l'équipe

 

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