Quand la France s'anime

Simon Riaux | 7 juin 2011
Simon Riaux | 7 juin 2011
Alors que l'animation confirme un peu plus chaque année son rôle de leader dans l'audiovisuel français (économiquement du moins), et que débarque sur nos écrans le très attendu Prodigies, voici l'occasion d'établir un petit tour d'horizon des productions hexagonales. On y découvre que le secteur est l'un des plus dynamiques, où les tropismes et thématiques bien françaises sont le plus souvent détournées et contournées.


 

 



Renaissance, de Christian Volckman

Si le scénario ne suit pas toujours, on attendait depuis longtemps un semblable tour de force de la part de l'animation hexagonale. Voici la preuve que le cinéma français n'est pas (que) un ramassis de recettes vieillissantes cuisinées par des commis fatigués. Renaissance s'impose dès ses premières images comme une réussite technique et artistique qui pourrait en remontrer sans mal aux poids lourds de la science-fiction anglo-saxonne, ou comment raconter une histoire ancrée dans la capitale, qui ne s'attarde pas sur les us et coutumes germanopratins.

 

 

 

 

 

Lascars, d'Emmanuel Klotz et Albert Pereira-Lazaro

Rien n'est moins évident que la transposition d'un format court, délirant et subversif, qui connut son heure de gloire durant les années 90, au format long, qui plus est avec une cohorte de guest stars prestigieuses. Mission accomplie avec un certain brio par cette bande de jeunes loubards, pas vraiment dégourdis. Ce que le concept a perdu en provocation et jusqu'au-boutisme, il le gagne en fluidité et en construction. Comme quoi il existe toujours des cinéastes capable d'offrir une vision pertinente des banlieues, bien plus fine que les innombrables pamphlets ou cartes postales moralistes que le cinéma traditionnel pond chaque année.

 

 

 

 

 

Panique au village, de Vincent Patar et Stéphane Aubier

Non, expérimentation conceptuelle et fauchée ne rime pas nécessairement avec emmerdement et prétention abusive. Panique au village prouve qu'avec peu, ou presque rien, une bande de joyeux foutraques peut accoucher d'une merveille attachante, absolument inclassable, et délicieusement absurde. À la vue de la bande-annonce ou de quelques extraits, on pourrait rapidement se dire « oui, je faisais la même chose avec mes jouets quand j'avais quatre ans, » sans doute, mais vous n'aviez pas l'inventivité, ni la folie des auteurs sus-nommés. En résulte une oeuvre autre, entre poésie et douce anarchie.

 

 

 

 


Chasseurs de dragons, de Arthur Qwak et Guillaume Ivernel

Quand les français ne grattent pas les fonds de cuve du vaudeville bourgeois, et s'inquiètent d'autre choses que de singer le cinéma américain, il leur arrive d'être en avance sur ce dernier. Si le film est loin de la qualité technique de Dragons, il n'a en revanche rien à lui envier en terme d'originalité, d'écriture, ou encore de construction des personnages.



 

 

Arthur et les Minimoys, de Luc Besson

Si cinématographiquement, on ne peut que se sentir embarrassé devant cette trilogie bessonante, elle a néanmoins sa place dans ce classement, en cela qu'elle fait montre de l'ambition de plus en plus importante de l'animation française. Nanti d'un budget plus que confortable, Luc Besson est donc allé chatouiller les américains dans un des domaines où ils excellent, l'animation. Si le long-métrage s'est calamiteusement planté chez l'Oncle Sam, il n'en demeure pas moins la démonstration qu'il existe chez nous un cinéma industriel compétitif et vivace, bien décidé à exister hors de nos frontières.

 

 

 

 

Kirikou et la sorcière, de Michel Ocelot

Succès public et critique qui dépassa de loin les attentes de ses auteurs, les aventures du nain sprinteur ravirent petits et grands et démontrèrent à tout ceux qui en doutaient encore que l'animation était peut-être le meilleur média pour aborder l'autre, faire découvrir une culture. Fort d'un style, d'un esprit et d'une écriture profondément cosmopolite, le film est un vibrant hommage à l'Afrique, ses contes et ses légendes, qui connut en 2005 une suite dans l'exacte lignée du premier opus.

 

 

 

 


Azur et Asmar, de Michel Ocelot

Après le succès surprise de Kirikou, Michel Ocelot se devait de réitérer l'exploit. Il y est parvenu avec Azur et Asmar, fable orientaliste qui mêle allègrement animation traditionnelle et numérique. Si l'enthousiasme fut moindre, ceci s'explique peut-être par un retour à la raison d'une partie du public, plus vraiment surpris par les contes universalistes de son auteur. Toujours est-il que voilà un long-métrage au récit inhabituel, belle synthèse de talents, dont la carrière internationale est sans doute la plus forte reconnaissance.

 


 

 

 

Les Triplettes de Belleville, de Sylvain Chomet

Véritable choc pour beaucoup de cinéphiles, l'oeuvre de Sylvain Chomet est un sommet de cinéma, bourré d'hommages et de révérences, clairement érudit, mais jamais radoteur, le film trace sa voie propre, un sillon lumineux entre fantaisie et nostalgie. Long-métrage quasi-muet, et d'une richesse sonore impressionnante, Les Triplettes de Belleville permet à Chomet de convoquer un siècle de cinéma dans un tourbillon visuel d'une précision et d'une richesse inégalée, on voit mal quel autre film d'animation pourrait soutenir la comparaison en terme de pure esthétique.

 


 


Le Roi et l'oiseau, de Paul Grimault

Oeuvre culte, qui a atteint au fil des années un statut à peu près indétrônable, mérite amplement son statut. Réalisée par Paul Grimault, épaulé par rien de moins que Jacques Prévert, cette fable est d'une richesse hallucinante, qui vint faire la nique de la plus belle des manières à Walt Disney, à l'époque où les productions du studio américain bénéficiaient d'une hégémonie indiscutable. Le film, marqué par la mort du poète, quelques semaines avant sa sortie, est l'une des traces les plus vibrantes et poignantes qu'il nous ait laissé, peut-être plus encore que ses poèmes.

 

 

 

 


Tarzoon, la honte de la jungle, de Picha

Comment évoquer l'animation française sans citer un film si franchouillard dans son essence ? Regardez-donc les mésaventures de Tarzoon, mâle membrement engagé dans une lutte contre d'horribles zombites. Cheetah n'en sortira pas indemne, et en général, toute femelle qui croisera la route de l'homme-chybre aura du souci à se faire, pour notre plus grand bonheur. À l'heure de la bien-pensance et la lutte contre le néo-machisme galopant sclérosent les esprits et les corps, une telle ode à la bagatelle et à l'humour le plus gras se doit d'être accueillie à bras ouverts.

 

 

 
 
 
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