Mauvais genre 2011 - jour 5

Simon Riaux | 27 avril 2011
Simon Riaux | 27 avril 2011

Le festival Mauvais genre vient de s'achever, et ce, comme il avait commencé, dans l'outrance, la joie et la bonne humeur. Le programme de cette dernière journée, suivie de la cérémonie, de clôture avait en effet de quoi rendre la vue aux aveugles.

 

Les hostilités ont été ouvertes par Alien versus Ninja, à coups de sabre et de caoutchouc. Le film est assez difficile à décrire, il s'agit d'une sorte d'épisode des Power Rangers, boursoufflé à l'extrême, où des visiteurs venus d'ailleurs, et tout de latex vêtu, avalent goulument quelques ninjas, avant de prendre une déculottée légendaire. Il n'y a quasiment rien à dire sur le film, tant le critiquer paraît une démarche absurde, au vu de la volonté affichée du réalisateur de faire n'importe quoi.

 

 

 

Après Invasion Planète X, c'est un autre classique qui attend les festivaliers, avec le ciné-concert. L'occasion exceptionnelle de visionner le très rare Homme qui rit, de Paul Leni, film muet datant de 1927, superbe adaptation de Victor Hugo. L'oeuvre était présentée accompagnée par des musiciens, qui conférèrent à cette projection une vie, une force, et parfois une grâce, à laquelle le public de curieux ne s'attendait peut-être pas. Ce genre d'initiative est plus que bienvenue, à l'heure où l'on pourrait croire que le film de (mauvais) genre n'est plus qu'un salmigondis d'images hystériques, sans origine ni destination. La présence et le respect absolu dévolu à certaines oeuvres fondatrices achèvent d'imposer le festival comme une entreprise ambitieuse, consciente de l'héritage du cinéma qu'elle défend.

 

 

Faisant suite à la séance Mad in France, c'est la véritable compétition de films courts qui s'ouvre. Et force est de constater que l'ensemble est plutôt de très bonne tenue, la qualité générale fait plaisir à voir. Notons toutefois la présence d'un ovni entre accident industriel et crime filmique, White Face étant à la pub de parfums ce que le gonzo est au porno des années 70. À part ça, quelques belles surprises, étonnantes maîtrisées, à l'image de The Old ways, ou les atermoiements touchants d'un vieux bourreau.

 

Puis vint le dernier film en compétition, A horrible way to die, qui fut aussi un horrible truc to watch. Il y est question d'une femme traumatisée par l'arrestation de son serial killer de mari, qui tente de reconstruire sa vie alors que ce dernier s'échappe, et se rapproche dangereusement d'elle. Rien ne tourne rond dans le film, à commencer par la mise en scène. Le réalisateur nous étouffe dans des cadres étriqués d'une singulière laideur, où l'absence de point se veut une profession de foi esthétique, à moins qu'il ne s'agisse d'un aveu d'impuissance. Les comédiens sont méchamment gratinés, à l'image de l'épouse, qui ne sait témoigner de son trouble intérieur que par de longues phases de bégaiement plus poussives les unes que les autres. Les deux autres personnages sont à l'avenant, pâle resucée de William Forsythe pour l'un, clone paresseux de Dexter pour le second. Enfin, la description absurde du serial killer enfonce le clou, le présentant plus comme un petit assassin crapoteux qu'un meurtrier mû par des névroses et des pulsions.

 

 

 

 

Alors que se profile la la fin de la journée, voici venue l'heure du palmarès, après quelques heures de débat vifs entre Stéphane Debac, Blandine Bellavoir, Thomas Day, Steve Johnson, Jean-Baptiste Thoret, et leur bien-aimé président, Thierry Frémont, ainsi que leurs collègues du jury jeune. Tous montent sur scène sous les applaudissements du public qui aura pu sans mal les approcher tout le long du festival et se régaler de leurs interventions chocs. Le prix du public sera remis à l'attachant Neighbour zombie, dont deux des quatre réalisateurs, émus au point d'en perdre leur anglais, avaient fait le déplacement depuis la Corée. Pas encore remis de leurs émotions, ils sont rappelés une nouvelle fois sur scène, pour recevoir le prix du jury jeune, de son côté Steve Johnson a du mal à cacher son émotion, bouleversé par le film.

 

L'oeuvre finalement primée par le jury n'est autre qu'une des plus drôles et maîtrisées du festival, Fubar 2. Ne vous y trompez pas sous ses airs de Wayne's world canadien, le film surprend le spectateur par sa finesse, sa réalisation élégante, et un final tour à tour hilarant et touchant. Professionnels et jeunes récompenseront respectivement deux courts-métrages également appréciés du public, Danny Boy, poème animé et délicat, ainsi que Les Conviviaux, ou une attaque en règle contre une certaine idée de la fête.

 

 

 

 

Mais l'équipe de Mauvais genre ne pouvait pas nous abandonner de la sorte, quelques secondes après l'annonce du palmarès, débute Midori-Ko, de Keita Kurosaka, fable d'animation sur une jeune femme qui, dans sa passion pour les aliments et les légumes, se retrouve avec sur les bras un curieux hybride de plante et d'humain. Évoquant Bill Plympton autant que Myazaki, le film est surtout un sacré bordel, où l'on croise pêle-mêle des vieillards lubriques, des légumes au transit intestinal spectaculaire, des femmes citrons affamées, j'en passe et des meilleures. Dur de dire si la salle est convaincue, bien qu'elle soit assurément traumatisée.

 

Ça y est, le festival s'achève. Il est temps de faire ses valises, pleurer dans les bras des organisateurs en promettant de revenir, saluer un jury aussi cohérent qu'efficace, et retourner à Paris la grisâtre. Mais comme l'a annoncé le maître des lieux, l'inénarrable Gary, la sixième édition est d'ores et déjà dans les cartons ! À dans un an donc !

 

 

 
 
 
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