Impitoyable, La Horde sauvage, Rio Bravo... les 20 meilleurs westerns

La Rédaction | 21 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 21 février 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Duel au soleil, Rio Bravo, Impitoyable, Johnny Guitare, L'Homme de la plaine... Et s'il fallait n'en garder que 20 ?

Le jeu des classements est difficile, éprouvant et douloureux pour les cinéphiles. Mais il est également drôle, stimulant et irrésistible.

Ecran Large a eu la folle et bête idée de trier les westerns, pour arriver à un top 20. Beaucoup de grands films manquent à l'appel c'est certain, mais les vingt films choisis sont incontestablement parmi les meilleurs du genre (en tout cas pour nous, et c'est déjà ça), rappelant tous à leur manière à quel point le western reste majeur dans le septième art.

 

photo, John WayneComment ça j'ai que 5 films dans ce top 20 ?

 

20. Duel au soleil (Duel in the sun, 1946)

Étonnant film, qui compte une pelletée de poids lourds en coulisses. Car si le film est officiellement signé King Vidor, les conflits entre le réalisateur et le producteur David O. Selznick ont mené à une production légèrement chaotique, où William Dieterle, Josef von Sternberg, Otto Brower, Sidney Franklin, William Cameron Menzies et Selznick lui-même ont pris part à l'œuvre. À l'écran, il y a Gregory Peck, Joseph Cotten, Jennifer Jones (nommée à l'Oscar de la meilleure actrice), ou encore Lillian Gish (nommée comme meilleur second rôle), et la voix d'Orson Welles en narrateur.

Adapté du roman de Niven Busch, Duel au soleil raconte l'histoire de deux frères, qui se disputent l'amour d'une femme. Arrivée dans un ranch au milieu du Texas suite à la pendaison de son père, qui avait tué sa mère, la jeune femme métisse indienne va tenter de résister aux avances des deux hommes. D'abord lancé sur une note dramatique, le film s'envole vite vers les cimes de la pure tragédie, un peu extrême. Les personnages rappellent la pièce la plus noire de Corneille, Rodogune, et le technicolor donne à ces luttes amoureuses quelque chose de spectaculaire. Duel au soleil a notamment marqué par son climax, encore aujourd'hui un aboutissement de la passion vénéneuse au cinéma.

 

Photo Jennifer Jones"Je suis très bien là oui oui"

 

19. L'Homme de la plaine (The Man from Laramie, 1955)

Pierre angulaire d’une œuvre qui définissait complètement le héros dit « mannien », L’Homme de la Plaine fut le dernier des westerns qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart. La fin d'un beau cycle de cinq films, après Winchester 73, Les Affameurs, L'Appât et Je suis un aventurier ;sachant que les deux hommes devaient se retrouver pour Le Survivant des monts lointains, que le réalisateur déclina. Mann raconte que l'acteur lui en a toujours un peu voulu.

James Stewart incarne ici Will Lockhart, qui s'attarde dans une petite ville suite à une attaque des Indiens contre l'armée. Dépeignant à nouveau l’histoire d’un solitaire qui est à la fois aux prises avec les passions humaines (qu’il tente d’éviter sans succès) et une nature parfois hostile (mais dont il fait intiment partie), L’Homme de la Plaine est la forme d’expression la plus pure du western. Magnifié par des prises de vue au Cinémascope qui supplantent en beauté même celles de John Ford, et dominé de la tête et des épaules par un acteur qui réussit à faire oublier son style « all-american » pour incarner un des héros les plus ambivalents du genre.

Par la suite, Anthony Mann partagera quelques regrets sur le film, notamment l'identité du personnage interprété par James Stewart : il aurait aimé que ce soit le frère aîné, qui découvre à la fin que son père est le responsable du trafic d'armes, plutôt qu'un étranger. Le producteur a refusé cette idée. Dans tous les cas, L'Homme de la plaine reste un classique du western.

 

photo, James StewartUn dernier pour la route

 

18. Josey Wales, Hors-la-loi (The Outlaw Josey Whales, 1976)

C'était le cinquième film de Clint Eastwood réalisateur, après Un frisson dans la nuit, L’Homme des Hautes Plaines, Breezy et La Sanction, et avant L'Épreuve de force, Bronco Billy et Firefox, l'arme absolue. Dix ans après la trilogie du dollar, il abandonne les oripeaux du western italien, qui imprégnaient encore L'Homme des Haute Plaines. Eastwood signe ici le retour à une certaine forme de lyrisme non exempt de vérité, qui emprunte autant à John Ford qu’à Arthur Penn.

Tiré du livre de Forrest Carter, le prétexte est simple : le paisible fermier Josey Wales se transforme en justicier implacable suite au massacre de sa famille, par des brigands pendant la Guerre de Sécession. Non exempte d’humour, cette odyssée violente se déroule dans un Ouest dont la sauvagerie est désormais du ressort de l’homme blanc (les Indiens étant présents, mais réduits au niveau de spectateurs goguenards).

Grand succès à l'époque, au point de donner lieu à une suite (sans Eastwood), Josey Wales a pourtant été façonné dans la douleur. À l'origine, le co-scénariste Philip Kaufman devait réaliser le film, et avait quasiment fini la préparation, avec le choix des décors, costumes et acteurs. Mais les tensions entre Eastwood et lui étaient si gênantes que l'acteur a demandé le renvoi de Kaufman, et a repris son poste. La situation était tellement compliquée que la Guilde des réalisateurs est tombée sur les producteurs, puis a instauré une règle empêchant un acteur ou producteur de virer un réalisateur pour prendre sa place. Le nom de cette règle : "the Eastwood Rule".

Le film marqua dans tous les cas un tournant indéniable dans la carrière de cinéaste de l’ancien homme sans nom. Il complètera par la suite son costume de héros ultime du western avec des œuvres comme Pale Rider et Impitoyable, mais c’est celui du outlaw Josey Wales qui reste le plus parfait. Eastwood est le premier à le dire sur le DVD, parlant de Josey Wales comme l'un des points culminants de sa carrière dans le western.

 

photo, Clint EastwoodLa classe, by Eastwood

 

17. Les Sept mercenaires (The Magnificent seven, 1960)

Une évidence. Plus qu'une version des Sept samouraïs réalisé par Akira Kurosawa, c'est une véritable relecture à l'aune des valeurs américaines, mise en scène avec talent par John Sturges. Et bien sûr, c'est un casting de haut vol.

Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, Robert Vaughn, James Coburn, Horst Buchholz et Brad Dexter forment une bande inoubliable, réunie pour protéger un petit village de paysans mexicains face à des bandits. Là encore, il y avait des tensions sur le plateau, notamment une bataille d'ego entre Steve McQuenn et Yul Brynner, certainement accentuée par l'envie de créer une légende sur un film légendaire. Difficile de ne pas mentionner également la musique composée par Elmer Bernstein.

À l'époque, Les Sept Mercenaires a été fraîchement reçu par la critique et le public, particulièrement aux États-Unis. Depuis, c'est devenu un classique absolu, qui a donné trois suites (Le retour des Sept, Les colts des sept mercenaires, La Chevauchée des sept mercenaires), une version SF (Les Mercenaires de l'espace), une série à la fin des années 90, et un remake en 2016.

 

photo, Les Sept mercenaires, Yul BrynnerTous pour un, et un pour sept

 

16. La Chevauchée fantastique (Stagecoach, 1939)

Western matriciel à plus d’un titre, à l’influence capitale pour bon nombre de cinéastes (Welles ayant avoué l’avoir vu 40 fois à l’époque du tournage de Citizen Kane pour comprendre comment raconter une histoire au cinéma), La Chevauchée fantastique est le film qui a imposé mondialement le nom de John Ford. En s’inspirant d’une nouvelle de Guy de Maupassant (Boule de suif), le cinéaste offre à son western l’une des narrations les plus américaines qui soient : le road movie.

Avec une économie de mouvements de caméra qui nous fait rêver aujourd’hui, Ford parvient néanmoins à créer un dynamisme et une tension extrême au cours de cette poursuite spectaculaire entre une diligence et les Indiens. Huis clos le plus majestueux du monde (ah, ces plans grandioses de Monument Valley que le réalisateur sait et saura filmer comme personne...), La Chevauchée fantastique est à plus d’un titre, comme l’écrit si justement Jacques Lourcelles, « la quintessence du western classique ».

 

photo, Claire Trevor, John WayneFast & Furious, le vrai

 

15. Impitoyable  (Unforgiven, 1992) Clint Eastwood

Le film où Clint Eastwood parvient à transcender le genre qui fit de lui une star. Avec cette histoire de vieux hors-la-loi reconverti dans l'élevage, qui reprend du service pour venger une prostituée défigurée par un sadique, l'acteur et réalisateur redonne vie à un mythe moribond, autant qu'il le dépasse et en acte la disparition.

Avec Impitoyable, il clôture en beauté son cycle sur l'Ouest autour de ses thèmes favoris, à savoir révéler la part d'humanité, de faiblesse et donc de vérité, que cachent les mythes et légendes. Pour ça, il détourne sciemment le symbole du duel pour abattre la figure chevaleresque et noble du pistolero. Wowboy vieilli, rattrapé par la réalité, Will Muny lui offre un chant du cygne mémorable. Sachant que Clint Eastwood avait eu le scénario de David Webb Peoples entre les mains au début des années 80, et qu'il a présenté Impitoyable comme son dernier western, la boucle était magnifique bouclée.

Morgan Freeman et Gene Hackman sont les autres visages inoubliables du film, immense succès à sa sortie, couronné par quatre Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle pour Hackman, et meilleur montage).

 

photoLa der des der

 
14. La Rivière rouge (Red River, 1948)

"Je ne savais pas que ce salopard savait jouer !". Voilà ce qu'aurait dit John Ford en découvrant John Wayne dans La Rivière rouge, où la star du western incarne un homme autoritaire, dont l'autorité est remise en question par son protégé, recueilli lorsqu'il était enfant.

Tourné en noir et blanc par Howard Hawks, qui le préférait au Technicolor, le film a connu quelques problèmes en post-production : Hawks a changé de monteur, a décidé de raccourcir et alléger la narration, puis a dû revenir sur le montage lorsque Howard Hughes l'a accusé d'avoir copié le climax de Le Banni (où Hawks avait travaillé comme co-réalisateur, non crédité). À noter également que Arthur Rosson, réalisateur de seconde équipe de La Rivière rouge, est crédité officiellement comme co-réalisateur.

La Rivière rouge, c'était le premier western de Howard Hawks. C'était l'un des premiers grands rôles dramatiques, nuancés, réellement complexes de John Wayne. C'était aussi la rencontre entre cette légende et Montgomery Clift, qui faisait ses premiers pas au cinéma (même si Les Anges marqués sortira avant vu la post-production compliquée).

 

photo, John Wayne, Montgomery CliftUn duo ravageur

 

13. La Porte du Paradis (Heaven's gate, 1980) 

Le film maudit par excellence, qui a fait couler autant d'encre qu'il y a eu de sueur et larmes sur le tournage de cette superproduction folle. Tourné entre avril 1079 et mars 1980, avec un budget qui avait triplé, le film a été un enfer du début à la fin. Reconstruction entière d'un décor, irrigation d'une zone pour recréer la verdure, multiples prises, animaux maltraités, retards insensés pour attendre la bonne météo, tentative de virer Michael Cimino pendant le tournage, bataille dans la salle de montage, première version de 5h25, nouvelle bataille pour raccourcir le montage... la légende est presque aussi grandiose que les images.

La réalité est néanmoins plus triste. Sorti fin 1980, La Porte du paradis a été un immense échec, avec moins de 4 millions au box-office pour un budget de plus de 40. Une nouvelle version, plus courte, sera diffusée quelques mois après, mais ne sauvera pas la mise. Un désastre qui a été le coup fatal pour United Artists, et pour une certaine idée du Hollywood d'autrefois. Il faut lire Le Nouvel Hollywood, le passionnant livre de Peter Biskind, pour mesurer l'impact du film dans l'industrie.

Mais au-delà de la partie historique, il reste un film fou. C'est l’expression la plus extrême de la mauvaise conscience de l’Amérique, et le constat amer et sanglant qu’au pays de la bannière étoilée, c’est la volonté du plus riche qui prime d’abord. Mettant en relief des héros ambigus et en souffrance, La Porte du Paradis rejoint par certains côtés la vision jusqu’au-boutiste de Sam Peckinpah, et marque par des séquences hallucinantes de beauté et de sauvagerie. Le summum est la bataille finale, dont le déroulement meurtrier et concentrique n’est que la concrétisation d’une société américaine qui sera ainsi stratifiée. À voir et à revoir inlassablement.

 

photo, Isabelle HuppertLa douceur dans la tempête


12. Rio Grande (1951)

Le dernier des trois films réalisés par John Ford sur la cavalerie américaine, après Le Massacre De Fort Apache (où John Wayne incarne déjà Kirby York) et La charge héroïque. C'est aussi la première rencontre du couple mythique John Wayne/Maureen O'Hara., qui se retrouveront notamment dans L'Homme tranquille, L'aigle vole au soleil et Big Jake.

Motivé par la perspective de réaliser L'Homme tranquille juste après, pour aller dans la romance, John Ford laisse ici parler ses sentiments et particulièrement son humanisme. Au détriment de l'action, il s'intéresse au couple. Il met en opposition leur amour et le devoir du soldat, Kirby étant tiraillé entre son cœur homme, et ses obligations de soldat.

 

photo, John Wayne, Claude Jarman Jr., Maureen O'HaraUn couple mythique

 

11. Johnny Guitare (Johnny Guitar, 1954)

Comme son titre ne l'indique pas, Johnny Guitare est un film de femme. Le film a beau porter le nom du personnage incarné par Sterling Hayden, c'est bien Joan Crawford la star, dans la peau d'une tenancière de saloon pas comme les autres. Baroque, féministe, le film réalisé par Nicholas Ray doit énormément à l'actrice, qui avait acheté les droits du livre de Roy Chanslor. Mais il y a aussi ce décor d'immense saloon vide, à flanc de montagne, semblable à une grotte ; et la photographie rougeoyante de Harry Stradling, avec le procédé Truecolor.

Là encore, l'histoire derrière le film est savoureuse, avec une formidable mésentente entre les acteurs, notamment Joan Crawford et Mercedes McCambridge, étalée dans la presse. Le réalisateur en garda lui-même un mauvais souvenir, d'autant que Johnny Guitare n'a pas vraiment été un succès à sa sortie. Admirateur du film, Martin Scorsese racontera que le public américain ne savait comment juger cette œuvre moderne, hésitant entre en rire et l'ignorer, tandis que le public européen l'a accueilli avec enthousiasme. Truffaut notamment l'a encensé dans Les Cahiers du cinéma, décrivant une version de La Belle et la Bête en western.

 

photo, Joan CrawfordQui est la Belle, qui est la Bête ?

 

10. Winchester 73 (1950)

Le premier western du duo Anthony Mann/James Stewart est aussi l'un des plus réussis. À l'origine prévu avec Fritz Lang à la réalisation, avant que le studio Universal ne lui refuse un rôle de producteur, Winchester 73 a évolué avec l'arrivée de Mann, et des réécritures du scénario de Borden Chase et Robert L. Richards. James Stewart, lui, a en partie accepté pour pouvoir tourner Harvey, un projet plus risqué que le studio avait du mal à valider.

Le film a justement marqué les esprits grâce à son scénario astucieux, basé sur la fameuse arme du titre qui passe de main en main, et traverse la grande légende de l’Ouest. C'est aussi la définition d’un nouveau héros américain qui est notable ici, presque antipathique par sa volonté d’indépendance absolue, mais dont on admire au final la résolution et la volonté de justice.


photo, James StewartÀ armes égales

 

9. Le Bon, la Brute et le Truand (il bUono, il brutto, cattivo, 1966)

Comment passer à côté de la trilogie du dollar, de l'Homme sans nom incarné par Clint Eastwood, de la mise en scène folle de Sergio Leone, et de la musique éternelle d'Ennio Morricone ? S'il ne fallait en garder qu'un (et même si personne ne veut ça au fond), ce serait le dernier volet où Eastwood et Lee Van Cleef sont rejoints par Eli Wallach. L'Histoire secoue l'histoire avec la guerre de Sécession à l'horizon, faisant de cette conclusion un prequel, où l'Homme sans nom enfile son célèbre poncho à la toute fin.

C'est la rencontre entre trois personnages hors-normes, troubles et ambigus, pour un affrontement mortel devenu mythique. Eastwood et Van Cleef sont impeccables, mais Eli Wallach impressionne, entre fulgurances comiques et répliques cultes. Son interprétation de Tuco est formidable de force, de truculence et d'énergie, et après Les Sept Mercenaires, c'était la consécration.

A l'origine, il y a d'abord le studio américain United Artists, qui avait repéré Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus, et rêvait de se placer sur une suite. Sergio Leone et le scénariste Luciano Vincenzoni n'y pensaient pas, mais se sont laissés tenter. Résultat : l'un des sommets du western spaghetti, et la fin de la collaboration entre le cinéaste et Eastwood. La relation entre les deux hommes tournera au vinaigre, si bien que l'acteur refusera par la suite un rôle dans Il était une fois dans l'Ouest, tandis que Leone ne manquera pas de l'égratigner, le qualifiant de "star" avant d'être comédie.

 

PhotoSacré Eli Wallach

 

8. La Captive aux Yeux Clairs (The Big sky, 1952)

Exaltation de la figure des trappeurs, qui défrichèrent les territoires inconnus au-delà de la dernière frontière, La Captive aux yeux clairs est un des modèles les plus « hawksiens » du genre. En s’appuyant sur la rivalité de deux aventuriers aux caractères trempés qui s’affrontent pour les beaux yeux d’une Indienne, Howard Hawks s’amuse à assoir la représentation du mâle moderne américain. Une idée qui fait écho à son précédent et premier western, La Rivière rouge.

Le cinéaste n'en oublie pas pour autant le côté picaresque de l’aventure, d'où un merveilleux catalogue d’images. Le relief philosophique qui affleure par moment trouve des échos dans une période qui prône le respect de la nature, et le casting parfait (Kirk Douglas, Elizabeth Threatt, Dewey Martin, et Arthur Hunnicutt qui sera nommé aux Oscars) termine d'en faire une belle réussite. Ce sera néanmoins le seul film d'Elizabeth Threatt, visiblement écoeurée par Hollywood.

Pur projet de commande du studio RKO, qui avait besoin d'un succès comme La Rivière rouge, La Captive aux yeux clairs a été victime de sa nature puisque les producteurs décident de raccourcir le film d'une quinzaine de minutes, pour l'exploiter sur plus de séances. Un choix peu inspiré, et qui n'a pas empêché au film d'être un échec commercial.

 

photo, Elizabeth ThreattPetits hommes et grand ciel

 

7. La Charge héroïque (She wore a yellow ribbon, 1949)

Des trois films que John Ford a consacrés à la cavalerie (entre Le Massacre de Fort Apache et Rio Grande), La Charge héroïque est sans doute celui où transparaît le plus l’humanisme du cinéaste. À l’image de son titre anglais infiniment plus juste (dans l’univers de la cavalerie, une femme amoureuse se pare d’un ruban jaune pour indiquer à tous que son cœur est pris), ce sont ici les rapports humains qui priment, bien plus que cette fameuse charge.

À ce titre, la performance de John Wayne noue plus d’une fois les tripes. Et John Ford de le filmer avec une tendresse et admiration qui n’ont peut être jamais paru aussi évidentes. La légende raconte qu'à l'origine, le réalisateur ne voulait justement pas le caster (notamment, car il était trop jeune pour ce rôle), avant que sa performance dans La Rivière rouge ne lui fasse changer d'avis. À la fin du tournage de La Charge héroïque, Ford lui aurait même offert un petit gâteau, avec un message : "Maintenant, tu es un acteur". Sentiment pas forcément partagé par ses contemporains, à tel point que John Wayne aurait toujours gardé un peu d'amertume, lui qui considérait que c'était parmi ses meilleurs rôles.

Visuellement splendide avec le Technicolor (Oscar de la meilleure photographie), doté d’une charge émotionnelle rare explosant dans un final inoubliable, le film mérite amplement de figurer dans le top 10 des meilleurs westerns du monde.  

 

photo, John WayneLes trois cavaliers

 

6. La Charge Fantastique  (They died with their boots on, 1941)

Le réalisateur Raoul Walsh se fiche de la vérité historique du général George Armstrong Custer, figure légendaire de la cavalerie durant la Guerre de Sécession, puis dans les guerres indiennes du XIXe siècle. Ce qui l'intéresse, c'est sa vision du héros et ses valeurs morales, avec la peinture d'un homme léger, extravagant et plus intéressé par la gloire que l'argent.

Première d'une longue collaboration entre le cinéaste et Errol Flynn (qui se retrouveront notamment pour Gentleman Jim, Aventures en Birmanie et Le Saboteur sans gloire), La Charge fantastique est un western épique, tragique et politique, qui donne toute la mesure du génie de son auteur. C'est aussi la dernière et probablement la plus belle collaboration du couple mythique de la Warner, formé par Olivia de Havilland et Errol Flynn - quelle scène d'adieu. Car c'est aussi une sublime et bouleversante histoire d'amour, qui a certainement contribué à faire du film un immense succès à l'époque.

 

photo, Errol FlynnLa Charge romantique, aussi


5. Il était une fois dans l'Ouest (Once upon a time in the west, 1969)

La vision de Sergio Leone est purement fantasmagorique, et c'est en cela qu'elle touche au grandiose. Le réalisateur transforme son western en fresque épique et tragique, et accouche d'une oeuvre d'une ampleur phénoménale. De la séquence d'ouverture au flashback de l'Harmonica, le film est parcouru de scènes à l'intensité remarquable, qui impriment immédiatement la rétine du spectateur.

Là encore, le projet est parti des studios. Alors qu'il ne voulait plus plonger dans le western et refusait les offres des productions, tout en préparant Il était une fois en Amérique, Leone s'est laissé tenter par la proposition de Paramount : un gros budget et son acteur de rêve, Henry Fonda (qui a d'abord refusé). Bernardo Bertolucci, Dario Argento, puis Sergio Donati écrivent le scénario.

À la limite de la parodie, Sergio Leone rassemble tous les ingrédients du western pour les magnifier, et amener le genre jusqu'à sa limite. Peut-être le western qui fait définitivement basculer l'Ouest dans le mythe.

Moyennement accueilli aux États-Unis (où il sort en version plus courte), Il était une fois dans l'Ouest rencontre un immense succès en Europe, notamment en Italie et en France. Et inutile de redire que depuis, il est considéré comme un chef d'œuvre.

 

photo, Charles BronsonUn duel inoubliable

 

4. La Horde Sauvage (The Wild bunch, 1969)

Film mythique dont la portée dépasse le cadre du western, La Horde Sauvage est autant une épopée furieuse et nihiliste, que le portrait intime de héros vieillissants et affectés par le changement de siècle. Au zénith de son art, Sam Peckinpah imprime un nouveau style au cinéma d’action avec son usage extrême du ralenti et du montage éclaté, tout en appuyant à fond sur la violence aux limites du sadisme, et en renvoyant définitivement les bons et les méchants dos à dos.

C'est d'autant plus cocasse que le cinéaste traîne alors une sale réputation, suite au tournage chaotique de Major Dundee où il était incontrôlable, et qui a accouché d'un échec commercial. À l'origine écrit par Walon Green et Roy Sickner, le scénario de La Horde sauvage est arrivé entre ses mains grâce à Lee Marvin et aux producteurs Phil Feldman et Kenneth Hyman. Sans grande surprise, le budget du film explose pendant le tournage, notamment parce que Peckinpah aime l'improvisation, renvoie plusieurs techniciens, et que les décors sont isolés.

Rompant définitivement une forme de règle implicite qui faisait du cowboy américain un chevalier sans reproche, La Horde Sauvage peut être perçu comme une œuvre crépusculaire sur un certain Hollywood, ainsi qu'une forme de renaissance qui continue à faire des émules maintenant - jusqu'à un projet de remake par Mel Gibson. C’est aussi à cela que l’on reconnait un chef d’œuvre.

Né dans la douleur, avec un montage compliqué vu la longueur et la violence des images, La Horde sauvage a été tronçonné à sa sortie, si bien que la vraie version de Peckinpah s'était perdue. C'est uniquement après sa mort, et avec l'aide de Scorsese, que le film est ressorti, presque comme le cinéaste l'aurait voulu.

 

photoLes sauvages en horde

 

3. L’Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance, 1961)

L'Homme qui tua Liberty Valance a quelque chose d'extraordinaire : c'est le dernier immense western de celui qui personnifie le mieux le genre, John Ford. Pour l'occasion, le réalisateur retrouvait le noir et blanc de ses débuts (celui de La Chevauchée fantastique), tout en continuant d'explorer les thèmes qui lui sont chers.

C'est sans doute avec Liberty Valance qu'il aura su le plus magnifiquement mettre en évidence son profond et viscéral attachement à la justice et aux valeurs humaines. Formidable évocation d'un Ouest en pleine mutation, le film met en balance, et dans la plus intense des confrontations, la violence des armes (John Wayne vs Lee Marvin) face à la volonté d'imposer un état de droit, en la personne de l'avocat Stoddard (James Stewart dans un rôle proche de celui qu'il tenait chez Capra).

Habilement construit autour d'un flashback, L'Homme qui tua Liberty Valance est empreint d'une fascinante mélancolie qui explose lors des derniers instants, au détour d'une phrase lancée par le contrôleur du train (« On n'en fera jamais assez pour l'homme qui tua Liberty Valance »). C'est seulement à ce moment que Stoddard, et plus encore le spectateur, réalise que sa vie, et donc au fond l'Histoire de l'Amérique, s'est construite sur un mensonge, sur un secret enfoui et jamais révélé.

Western intimiste, profondément humain et terriblement touchant, L'Homme qui tua Liberty Valance est tout simplement l'un des plus grands films qu'Hollywood ait jamais produits.

 

photo, James StewartLa vie est belle, qu'ils disaient

  

2. Rio Bravo (1959), Howard Hawks

C'est l'essence du western : le shérif droit et juste, les méchants retords prêt à abattre lâchement le héros, la longue rue déserte et poussiéreuse, le saloon, les échanges de tirs, le crescendo jusqu'à ce que la poudre parle... Mais Rio Bravo, c'est aussi une histoire de rédemption émouvante, une romance pittoresque sublime, un humour truculent et un aparté musical anthologique.

Le film réalisé par Howard Hawks est rempli de scènes mémorables : l'entrée par devant du saloon de Dude tentant de surmonter son alcoolisme ; les joutes verbales entre Chance et Feathers, éternels tourtereaux qui ont du mal à avouer leurs sentiments ; le sauvetage éclair de Chance par Colorado ; le duel final à coups de dynamite, cadré de manière aussi stupéfiante qu'évidente avec une musique lancinante magique de Dimitri Tiomkin.

Considéré comme une réponse au Train sifflera 3 fois réalisé par Fred Zinnemann, également comparé à 3H10 Pour Yuma, largement copié depuis (notamment par John Carpenter pour concocter Assaut), Rio Bravo respire le cinéma à chaque plan. Un très grand western, et un film essentiel.

 

photo, John WayneIncontournable

 

1. La Prisonnière du désert (The Searchers, 1956)

Un film puissant qui détonne avec le reste de l'oeuvre de John Ford. Plus pessimiste, plus noir, John Wayne y interprète Ethan, un homme à la recherche de sa nièce enlevée par les Indiens, après que sa famille ait été massacrée. Héros fordien de par sa quête et sa volonté inflexible, Wayne en est aussi la négation : un homme qui renoncera à ses valeurs pour atteindre son but. Ce monde qui s'éteint est désormais bien plus complexe à déchiffrer, au-delà des lignes si faciles entre les gentils et les méchants.

 

Photo John WayneLe noir derrière la couleur

 

Dès son ouverture, exceptionnelle, le film illustre sans pareil la déréliction d'un certain Ouest, alors en pleine transformation. Fable philosophique et politique, La Prisonnière du désert transcende pas à pas les codes du cinéma dont il est issu, jusqu'à un final poignant en forme d'adieu. L'image de John Wayne s'éloignant de dos n'est d'ailleurs pas devenue célèbre sans raison : elle est le meilleur héraut de ce film à part, comme de la filmographie de son auteur.

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commentaires
Dugol
09/06/2021 à 11:25

Il y a deux sortes de commentaires ici : les 2% (merci à eux !) qui argumentent et donnent des titres en connaissance de cause, et ceux de deux lignes (98%) qui rabâchent en boucle que les films de Leone (et accessoirement de Peckinpah) écrabouillent tout le reste.
Moi qui suis en train de découvrir vraiment le western américain (les Mann, les Boetticher, les Daves..., tant de merveilles), ce radotage un peu écœurant me dégoûte presque des films de Leone que je comptais pourtant bien revoir.

GUTENBERG
26/02/2021 à 11:46

Rien ne vaut les Westerns de Sergio LEONE !

GUTENBERG
23/02/2021 à 19:45

De loin et inégalables les 3 Westerns de Sergio LEONE qui a tué les Westerns américains avec le chef d'oeuvre des chefs d'oeuvres : "LE BON, LA BRUTE ET LE TRUAND".
On ne pourra jamais faire mieux !

Jesse James
23/02/2021 à 17:16

d'une certaine éthique

Jesse James
23/02/2021 à 17:13

Le western s'est toujours prévalu l'une certaine éthique, portant en lui même des valeurs de droiture, de loyauté, d'honnêteté et de courage, surtout durant l'âge d'or hollywoodien avec des acteurs comme John Wayne, Henry Fonda ou James Stewart pour ne citer qu'eux ; même les "bandits" n'étaient pas dénués, à leur manière d'une certaine moralité. Tout cela avant l'arrivée des westerns dits "crépusculaires " incarnés principalement par Clint Eastwood et qui sont venus rebattre les cartes en bousculant l'ordre établi et en remettant en cause toutes ces valeurs jusqu'alors glorifiées !

Ryan
23/02/2021 à 13:22

Le western est lié à l acteur qui l interprète comme cooper ou Lancaster c'est aussi le réalisateur comme Ford ou leone et surtout aux belles images du cinémascope

Hocine
23/02/2021 à 13:11

Les films qui composent cette liste font assurément partie des westerns incontournables ou charnières dans l'évolution du genre. Certes, comme beaucoup l'ont souligné ici, cette liste est loin d'être exhaustive. De plus, chacun a ses préférences.
Il y a aussi cette question très pertinente de la définition du western.
Aujourd'hui, on peut même rencontrer l'expression "néo-western" pour qualifier certains films.
Si on prend la définition au sens strict, un western est un film qui se déroule au XIXème siècle, aux Etats-Unis, plus particulièrement à l'Ouest du fleuve Mississippi.
Il est question de la conquête de l'Ouest, de l'idée de frontière, de fonder une communauté, une civilisation, un Etat de droit dans lequel la loi et l'ordre, la justice et les libertés individuelles sont établis.
Les protagonistes sont des aventuriers, des éleveurs de bétail, des propriétaires terriens, des hommes de loi, des militaires, des mercenaires, des bandits, des hors-la-loi qui doivent lutter contre d'autres hommes ou contre des forces de la nature, pour survivre.
L'opposition entre le bien et le mal est souvent au cœur des westerns.
La question du génocide indien a pu ternir l'image du western.
De manière plus simpliste, un western est un film de cow-boys ou un film avec des cow-boys et des indiens.
Cela dit, le western, même s'il évoque une période de l'histoire des Etats-Unis d'Amérique, est avant tout un spectacle, le genre cinématographique le plus américain qu'il soit.
Le rêve américain, le mode de vie américain, l'idée de libertés individuelles, la virilité, la fétichisation des armes à feu sont largement véhiculés par le western.
Le cinéma est quasiment apparu à la fin de la conquête de l'Ouest: beaucoup de cinéastes américains s'en sont inspirés pour faire leurs films et raconter l'histoire de leur pays.
Le western a connu plusieurs phases et a peu à peu atteint une certaine maturité.
La Chevauchée Fantastique de John Ford est souvent considérée comme un film charnière à partir duquel il a été prouvé qu'un western pouvait être un film d'auteur, avec des qualités artistiques, et qui pouvait concourir aux Oscars.
Ce film a permis à John Wayne de relancer sa carrière qui était alors dans une impasse: celle des serials, des séries B destinées à divertir un public de masse de l'Amérique rural.
Il lui faudra attendre 10 ans de plus pour trouver le rôle qu'il allait jouer le restant de sa carrière: Tom Dunson dans La Rivière Rouge. A travers des westerns de John Ford, Howard Hawks ou Henry Hattaway, John Wayne sera considéré comme l'acteur emblématique du genre, statut quasi incontesté jusqu'à présent.
Les autres grands acteurs du western des années 40 et 50 sont Gary Cooper, James Stewart, Randolph Scott et Henry Fonda.
A la fin des années 50, le genre est tombé en désuétude: les grandes stars du genre étaient vieillissantes voire mourantes, et la télévision a produit une quantité phénoménale de séries westerns. C'est en Europe que le western allait connaître un nouveau souffle dans les années 60. Sergio Leone allait révolutionné le genre avec des petits films, dans lesquels jouaient des acteurs quasi inconnus, dont un venait justement de la télévision: Clint Eastwood.
Cet acteur américain, qu'Hollywood n'avait pas su exploiter dans les années 50, allait se faire un nom en Europe, avant de revenir triomphalement en Amérique et de contribuer à maintenir le western vivant: de 1973 à 1992, et en seulement 4 films (L'Homme des Hautes Plaines, Josey Wales Hors-la-loi, Pale rider et Impitoyable), il est quasiment le seul cinéaste en activité dont l'œuvre est étroitement liée au western.
Je finirai par une citation de Clint Eastwood: "L'Amérique n'a engendré que deux formes d'art originales: le jazz et le western"

Pat Rick
23/02/2021 à 11:24

@ Ray Peterson

"Pat Rick, mais tellement d'accord pour Aldrich, un réal assez injustement oublié encore"

Oui, Aldrich est un grand réalisateur pas toujours reconnu à sa juste valeur.
D'ailleurs en terme de western, il a aussi réalisé dans les années 70 l'excellent Fureur Apache.

Zorro
23/02/2021 à 08:54

Et le gaucher avec Paul newman

Dixy
23/02/2021 à 08:53

Une liste comme une autre... Pour moi 1. Les 7 mercenaires. 2. The Homesman 3. La horde sauvage. Après... Oubliés : Shane, les 7 chemins du couchant (Audie Murphy), Le vent de la plaine, Shenandoah, La vallée de la poudre, et surtout Rio Conchos!

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