Berlin 2011 : Jour 6 (Un cheval qui divise)

La Rédaction | 16 février 2011
La Rédaction | 16 février 2011

 

 

 

Il aura fallu attendre la sixième journée d'un festival bien gris - tant pas ses conditions climatiques que par sa programmation - pour voir enfin deux grands films en compétition, le film iranien Nader et Simin, une séparation et le film hongrois The Turin horse. On devrait retrouver ces deux-là- si justice est rendue - dans le palmarès de ce 61ème festival qui sera annoncé samedi prochain. Quant à The future - aussi en compétition - il a plutôt déçu et se rangerait plus dans la série des indépendants ricains branchés mais sans véritable âme.

 

Le rédacteur en chef prend ici la parole car il ne peut pas cautionner ce qui vient d'être écrit par le sieur Martin. Et il revient plus tard pour dire tout le mal qu'il pense du nouveau film de Béla Tarr.

 

 

Le réalisateur iranien Asgha Farhadi, déjà vainqueur de l'Ours d'argent en 2009 pour À propos d'Elly, convainc de nouveau avec ce film.

Tout commence par une demande de divorce : Simin veut quitter l'Iran avec sa fille Termeh, mais son mari Nader ne veut pas abandonner son père qui est atteint de la maladie d'alzheimer.

La première partie de ce film, qui séduit par son caractère imprévisible, montre comment Nader entame sa nouvelle vie et engage une jeune femme pour s'occuper de la maison et de son père. Suite à un tragique événement, les deux visions de la société iranienne - traditionnelle et moderne - vont s'affronter, mettant la l'épreuve le concept de justice mais aussi de morale.

La grandeur du film réside dans le fait que sa problématique transcende la dimension locale. La douleur de la séparation, ainsi que le questionnement sur l'unicité de la vérité font de Nader et Simin, une séparation un film complexe avec plusieurs axes et niveaux de réflexion. (4,5/5)

 

 

 

Le deuxième film de la matinée était aussi attendu puisqu'il s'agissait de The Future, deuxième film de Miranda July, qui avait gagné la Caméra d'Or à Cannes il y a quelques années avec Moi, toi et tous les autres.

Scénariste, réalisatrice et actrice principale de ce film, Miranda July y joue le rôle de Sophie.  Celle-ci vit avec Jason dans un petit appartement de Los Angeles et tous deux passent des heures connectés à internet. Ils semblent s'ennuyer ensemble, jusqu'à ce qu'ils décident d'abandonner leurs travaux respectifs mais surtout d'adopter un chat blessé.

Mais le temps passe, Sophie et Jason ont de plus en plus peur de faire face à leurs responsabilités et d'envisager le futur. D'autant plus qu'ils ne semblent pas plus heureux dans leurs tentatives de changement de vie - la danse pour elle, la défense de l'environnement pour lui.

Le sentiment de vide et de solitude que laissent le film et la vie de ses personnages permet au spectateur de sentir une certaine empathie tout au long du récit, mais le nombrilisme rêveur de ces êtres humains finit par rendre inefficace la proposition de Miranda- Sophie-July. (2,5/5)

 

 

L'après-midi s'annonçait spécialement excitante avec le visionnage de The turin horse, le nouveau film de Béla Tarr.

Le film est librement inspiré par un épisode qui a marqué la fin de carrière de Friedrich Nietzsche lorsque le philosophe, en janvier 1889, se lance au cou d'un cheval maltraité par son cocher. Plongé dans le silence durant des jours à la suite de l'événement, Nietzsche sombra dans la démence et murmura « Nous ne savons pas ce qu'il est advenu du cheval » :

Sur cette base, qui constitue le prologue du film, Béla Tarr explore le destin du cocher, sa fille et son cheval, dans une atmosphère qui n'a rien à envier aux plus grands films sur la fin du monde. Isolés dans des conditions de misère absolue dans une maison où leur seul plat quotidien est une pomme de terre bouillie, père et fille n'ont que peu de marge de manœuvre dans leurs gestes quotidiens, limités presque à la survie et décrits avec une grande minutie par Béla Tarr.

Le réalisateur hongrois conserve ici le style qui a fait sa réputation avec le noir et blanc, de longs plans-séquences et presque sans dialogues pour offrir un grand film qui fascine par sa lenteur et sa beauté apocalyptique époustouflante. (4,5/5).

Et voilà le premier schisme de la team EL. Malgré ses évidentes qualités plastiques, The Turin horse est tout de même aussi un des films les plus ennuyeux du monde. 146 minutes pour nous asséner des plans séquences consistant à filmer un cheval durant 7 minutes galopant le long d'un chemin ou encore cadrer en plan fixe pendant d'innombrables secondes deux pommes de terre en train de cuire, c'est tout sauf une proposition de cinéma qui me fascine. Et que l'on ne vienne pas me citer l'austérité du cinéma russe et Tarkovski comme référence car ce serait bien faire injure à l'immense talent de l'auteur de Solaris. (1/5).

 

 

L'avantage après un tel film, tout pouvait m'apparaître séduisant. Mais Red dog présenté dans la section Génération, n'avait pas besoin de ça pour réussir à me captiver durant 90 minutes. Basé sur une fameuse légende australienne, le film de Kriv Stenders met donc en vedette un drôle de chien. Un animal qui va toucher la vie de tous les habitants d'une petite communauté de mineurs et le récit sous forme de flash-back de nous raconter cette étonnante histoire d'amitié. Entre une cinégénie évidente - y a pas à dire, avec un minimum de bon goût, l'Australie permet d'offrir de sacrés beaux plans de ciné -, des gueules de cinéma particulièrement attachantes - y a bien une dizaine de rôles qui marquent l'esprit -, une construction narrative maligne qui gère bien le suspense, Red dog a de beaux atouts à faire valoir. Mais le meilleur reste cet incroyable chien, une tronche pas possible qu'on a envie d'adopter sur le champ. Un film touchant qui est le meilleur avocat pour le fameux adage « le chien est le meilleur ami de l'homme ». (3,5/5).

 

 

Dans une autre section de la Berlinale, on a pu voir Submarine de l'anglais Richard Ayoade. Une comédie teenager sous la totale influence de Wes Anderson qui nous fait suivre les préoccupations du jeune Oliver Tate, un ado à la recherche de son premier grand amour tout en étant confronté au danger de voir ses parents se séparer. Une œuvre au ton décalé qui ne fait pas si mouche que ça de par le manque d'empathie que l'on peut ressentir pour notre anti-héros. Le jeune cinéaste a beau avoir bien assimilé la méthode Anderson et livré un regard assez juste sur les affres de l'adolescence, la mécanique tourne un peu dans le vide pour convaincre totalement. Juste plaisant ! (3/5).

 

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