Gérardmer 2011 : Jour 4

Simon Riaux | 30 janvier 2011
Simon Riaux | 30 janvier 2011
« Les flics viennent de nous arrêter. » Quand un rédacteur en chef vous envoie ce message sibyllin à une heure que les cadrans de montre n'indiquent même pas, plusieurs conclusions s'imposent. Premièrement, vous avez bien fait de ne pas choisir le même hôtel que lui et conséquemment de descendre plus tôt du taxi qui vous ramenait dans vos pénates. Deuxièmement, si une bavure malencontreuse arrivait, la promotion que vous attendiez depuis de longs mois pourrait bien se profiler beaucoup plus vite que prévu. Enfin, il est important de vous planquer et de cesser toute activité qui pourrait vous mettre en relation avec le sinistre individu appréhendé par la maréchaussée. En bref dormir.

Hélas, cet épisode digne d'un roman de James Ellroy trouva sa conclusion ce matin à 8h30 pétantes, lorsque Laurent Pécha (désormais surnommé le roi de l'évasion) apparut devant un Simon défraîchi. « Nan ils m'ont laissé partir. » Oublié les rêves de grandeur, place à The Hunters, d'un petit franchouillard, qui s'est lui-même renommé Chris Briant (prononcez Kouis Bwuayant). Attaquer une quatrième journée de festival alors que l'on n'a toujours pas totalisé une dizaine d'heures de sommeil avec un film pareil, on appelle ça un viol oculaire. Qu'un (très) long-métrage soit stupide, laid, sans queue ni tête, et très mal interprété, passe encore. Mais que des êtres humains puissent le visionner, c'est abominable. Chris Briant a tout simplement commis le premier péché cinématographique.

 

 

Heureusement, Gérardmer c'est aussi des claques monumentales, à l'image de celle administrée en fin de matinée par le long métrage de Kim Jeewoon : I Saw the devil. Véritable plongée dans les tréfonds d'une âme dérangée, le film narre dans la première bobine, une traque de tueur en série dans tout ce qu'elle a de plus classique. C'est peu à peu que le film prend son envol: tour à tour épopée vengeresse d'une violence inouïe autant que contamination psychologique d'un quidam désespéré se voulant bras armé de la justice, le film sombre peu à peu dans une ambiance malsaine et a le mérite de ne pas prendre le spectateur par la main. Le nouveau maitre-étalon asiatique d'un cinéma de genre de qualité enchaine donc les moments de bravoure visuels et une horreur frontale difficilement soutenable. Un pur bonheur de cinéphile que l'on ne peut que vous conseiller de voir lors de sa sortie dans l'hexagone, en juillet 2011.

 

 

Au cinéma comme en politique, on n'est jamais à l'abri de tomber sur un escroc. Celui de cette édition 2011 n'est autre que Gustavo Hernàndez, auteur de Silent House. Vraie arnaque et fausse bonne idée, le concept du film tient en un plan (séquence), interminable, irrémédiablement moche et dont le chef op avait visiblement un paquet de RTT en retard. Mais l'étron qui fait déborder la cuvette n'est autre que le twist scandaleux qui clôt le projet. Être un réalisateur intelligent ne signifie pas prendre ses spectateurs pour des cons, et le brave Gustavo, que l'honnêteté intellectuelle n'étouffe pas, passe allégrement la ligne jaune. A éviter comme la peste un jour de départ en vacances.

 

 

Comme si cela ne suffisait pas, il souffle sur Gérardmer un vent Égyptien. En effet, alors que jusqu'à présent les autochtones nous laissaient tranquillement accéder aux séances en priorité, les dits indigènes nous huent désormais sitôt que nous occupons les places pour lesquelles ils ont payé. Au rythme où va le monde, il y a fort à craindre que les foules ne s'embrasent et ne nous attaquent directement. Quoi qu'il advienne, Écran Large tiendra bon, et relaiera l'information jusqu'à ce que les rebelles lui mettent le couteau sous la gorge. Et puis merde on a des invitations !

 

 

 

 

Petite péloche sans prétention, le film suivant : The Loved ones, est un pur bonheur pour tout amateur de gore qui tâche. Le premier long de Sean Byrne est en effet une vraie bouffée d'air salvatrice. Totalement décomplexée et ultra-bourrine, la bande la plus jouissive de cette 18ème édition conquit aussitôt une salle qui n'en demandait pas tant. Parfois hésitante mais toujours sincère, cette histoire de geôliers complètement allumés faisant vivre un calvaire sans commune mesure à un jeune paumé qui n' en demandait pas tant, est un pur bonheur pour les zygomatiques. Drôle, trash, jusqu'au boutiste, cette fable désenchantée se transforme en survival hard boiled aussi vite que défilent sous nos yeux écarquillés les tortures les plus couillues. Un très bon moment donc, humble et entièrement assumé porté par une actrice habitée en prétendante siphonnée.

 

 

Comme pour s'excuser des deux purges que nous subîmes ce matin, le festival fit miroiter devant nos yeux hagards l'un des meilleurs métrages du festival. Attention roulement de tambour, cris de joie et offrandes en perspectives, le film dont nous allons vous parler est Français. Et dieu sait s'il est rare par les temps qui court d'en croiser un qui ne souille pas les pupilles. Proie est une histoire de sangliers, pas moins ! En même temps, niveau requins et crocodiles, l'exception culturelle française ne peut rien pour nous. Voilà un film carré, doté d'une photographie de toute beauté, d'un casting solide, d'une mise en scène au poil (sic). On est emporté dès les premières images de cette histoire de sangliers mutants venus perturber une partie de chasse, la tension monte crescendo jusqu'à un final paroxystique. Les amis des bêtes en prendront pour leur grade.

 

 

Une avant dernière journée en dents de scie donc, mais dont les hauts tutoyèrent les cimes. A demain pour une ultime journée vosgienne.

 

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