Nos Woody Allen préférés

Vincent Julé | 24 septembre 2013
Vincent Julé | 24 septembre 2013

A l'occasion de la sortie de son nouveau film Blue Jasmine, un très grand cru, la rédaction d'Ecran Large s'est replongée dans l'œuvre du petit juif new-yorkais à lunettes. Soit 40 films, parmi lesquels chaque rédacteur a dû choisir son Woody Allen préféré. Maintenant, à vous de jouer dans le forum.

 

Laurent Pécha : Manhattan (1979)

Bien qu'Annie Hall ait été le film de la consécration pour Woody Allen (quatre Oscars), Manhattan demeure son chef d'œuvre. On y retrouve toutes les obsessions de son auteur sublimées par un magnifique scope noir et blanc et la musique de Gershwin. Depuis sa sortie, Manhattan est sans conteste la meilleure publicité jamais faite à la ville de New York. Une sorte de poème amoureux d'un cinéaste qui la connaît dans ses moindres recoins. Si vous ne devez voir qu'un seul film de Woody Allen dans votre vie, c'est celui-là et aucun autre.


Guillaumme Meral : Zelig (1983)

Parce qu'il faut rappeler que Woody Allen n'a jamais autant brillé que lorsqu'il concevait le cinéma comme un espace de liberté qui ne révélait jamais autant son potentiel burlesque que lorsqu'il exposait ses conventions à la transgression.  En l'occurrence, Zelig constitue l'apothéose d'un style qui a rarement aussi bien dissocié un formalisme de ses propriétés sensitives. Faux-documentaire façon film d'études scientifiques centré sur un homme qui ne peut s'empêcher de prendre l'apparence de ceux qu'il côtoie,  Zelig constitue une nouvelle mise en abyme de la personnalité de son auteur, dont le relativisme compulsif, éternel catharsis de son narcissisme assumé, atteint  ici sa quintessence conceptuelle. Jusqu'à ce final mémorable, dans lequel Allen se déguisera en nazillon au cours d'une rechute douloureuse... A revoir ne serait-ce que pour mesurer à quel point ce qui était autrefois le signe d'une créativité artistique bouillonnante a pu se muer en complaisance embourgeoisée  maintenant que son style n'essaie même plus de déguiser la vacuité de ses effets...

 

Simon Riaux : Manhattan

Revoir Manhattan, c'est réaliser avec nostalgie que malgré d'innombrables retours gagnants (dont le tout récent Blue Jasmine), Woody ne nous offrira plus jamais semblable danse. Mélancolique, divinement interprété, écrit et photographié, le métrage contient la quasi-totalité de la filmographie de son auteur. Ici, les identités remarquables ne sont pas des tics, les névroses des running gags, ou le malaise une pitrerie. Devant Manhattan, on s'émeut, on pleure, mais surtout on admire la perfection d'une œuvre aux images et à la musique inoubliables. On rit beaucoup aussi, rien d'étonnant de la part d'un auteur qui a mieux quiconque compris que l'expression des zygomatiques était la politesse du désespoir.


Sandy Gillet : Zelig (1983)

Une histoire d'homme caméléon dans les années 20 tourné comme un vrai-faux documentaire dont le sujet central est le questionnement sur la reconnaissance et la célébrité. Une mise à nue du bonhomme cinéaste en N&B dont le ressort central est la comédie de situations toujours drôle et stimulante. Du grand Art pour un film faussement mineur et injustement oublié dans la filmo d'Allen ! On notera d'ailleurs que le cinéaste new-yorkais prolongera l'introspection avec Brodway Danny Rose, le film qu'il réalisera juste après, sur un impresario minable qui se dévoue corps et âmes pour ses artistes ringards, comme un nouveau pied de nez à un futur qu'il appréhende même encore aujourd'hui... Sa faculté à enchaîner les films ne montre-t-il pas d'ailleurs à quel point l'homme a peur du vide, de la notoriété versatile et in fine évanescente ?


Damien Virgitti : Tout le monde dit I love you (1996)

Avant de nous offrir une belle claque avec le sombre Match Point, Woody savait nous prouver qu'il était l'un des maîtres de la légèreté. Entre ses numéros musicaux époustouflants, son casting 4 étoiles et un humour jubilatoire (la scène pourtant classique de la bague cachée dans le plat au restaurant reste indémodable), Tout le monde dit I love you porte bien son titre tellement on ressort de ce film porté par un immense vent de fraîcheur. A l'image de ce ballet final sur les quais de Seine avec une Goldie Hawn touchée par la grâce. Woody, I love you !


Louisa Amara : Anything else (La vie et tout le reste) (2003)

Anything else n'est pas le meilleur film de Woody Allen, mais il a une fraîcheur très appréciable. Car oui, Woody Allen vieillit. De film en film, il se répète et traite souvent des mêmes thèmes, sauf exception telle que Match Point. Avec Anything else, pour une fois, c'est un jeune couple qui est en vedette. Jason Biggs et la trop rare Christina Ricci forme un couple névrosé donc allenien au possible. La jeunesse et la beauté en plus. Des détails qui ont leur importance quand on joue un texte qui n'est finalement qu'une variation d'un script précédent.

 

 

Perrine Quennesson : Vicky Cristina Barcelona (2008)

Il fallait bien mettre un peu de films récents dans ce classement et Vicky Cristina Barcelona fait sûrement partie des meilleurs Woody Allen de ces dernières années. Le soleil ibérique semble avoir tapé comme il fallait sur la capacité du réalisateur à nous parler des relations amoureuses. Du piquant, le film n'en manque pas que ce soit par ses rebondissements, les minauderies de Scarlett Johansson et les piques froides de Rebecca Hall. Mais surtout il parle d'amour, de coup de foudre ou d'amour latent, de pulsion et de frustration, de l'art difficile de se conjuguer à deux. Et si Cristina et Vicky sont deux personnages différents, ne seraient-elles pas au fond la même femme jouant les divers jeux de la séduction et de l'amour ? Et ce petit air de guitare, Entre dos aguas de Paco de Lucia, qui vient ponctuer le tout comme une rengaine, montrant finalement que ces histoires-là n'ont finalement rien de nouveau. Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut pas les raconter, et ce aussi joliment.

 

Patrick Antona : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe... sans jamais oser le demander (1972)

Son talent d'auteur-réalisateur-interprète ayant explosé dans Prends l'oseille et tire-toi et Bananas, Woody Allen impose définitivement son humour judéo-new yorkais avec ce panorama de la sexualité du monde moderne, dans une suite de sept sketchs plus désopilants les uns que les autres. Changeant de style à chaque segment, il navigue avec aisance de l'hommage au film de monstre de la Universal avec John Carradine en savant-fou à l'évocation des tourments d'une relation zoophile entre Gene Wilder et une brebis, sans oublier une parodie d'Antonioni d'une rare finesse et dialoguée tutto in italiano ! Mais le meilleur est à la fin avec un Woody dans le costume blanc de Sperm No. 2 nous offrant tout un condensé de sa vision angoissée mais lucide des rapports humains (et physiques) dans le sketch « What happens during Ejaculation », séquence anthologique devenue référentielle (et maintes fois copiées) et que l'on peut voir et revoir avec grande délectation comique.

 

 

Christophe Foltzer : September (1987) /  Prends l'oseille et tire-toi (1969) :

Impossible de ne choisir qu'un seul film qui serait la synthèse de son versant comique et dramatique. Impossible de réduire Woody Allen à une seule oeuvre (bien qu'il y ait eu la tentation Manhattan). September d'une part, pour sa justesse intimiste, son portrait implacable de l'humain dans ce qu'il de plus dépressif, dans ses doutes, ses angoisses face à la vie. Prends l'oseille et tire-toi, parce que tout Woody Allen est, quelque part, déjà là. Il s'est imposé de lui-même. 

 

Geoffrey Crété : Match Point (2005)

Il y a un doux parfum de trahison dans cette renaissance inespérée mais impitoyable du metteur en scène, sponsorisé par Londres et gonflé à bloc par la sculpturale Scarlett Johansson, encore à l'aube d'une fabuleuse carrière de cinéma. Délaissant un New-York surfait et la sécurité d'un humour routinier, Woody Allen orchestre la douloureuse ascension sociale d'un jeune homme ambitieux dans les hautes sphères britanniques, armé d'un scénario d'une pureté saisissante. Une grande tragédie moderne, noire et amère, d'une beauté renversante et d'une violence inouïe. Quelques petites marches au dessus de Vicky Cristina Barcelona et Blue Jasmine.

 

 
 
Julien Welter : Annie Hall (1977)

Annie Hall est souvent considérée comme la petite soeur de Manhattan, le brouillon du chef d'oeuvre en noir et blanc de Woody Allen. Comme si la légèreté ironique ne valait rien face à la déprime romantique. Et pourtant, Annie Hall est bien le plus beau film d'Allen, le pont entre ses années de bouffonnerie (Guerre et Amour, en 1975) et ses années de prises de têtes (Intérieurs, en 1978). D'ailleurs, la mise en scène, ludique sans être pompeuse, est, au fond, celle que les cinéphiles attendent de retrouver un jour. Mais tout le monde le sait. Annie Hall est son plus beau film parce que c'est une déclaration d'amitié à une femme qu'il a aimé et qui tient le rôle-titre : Diane Keaton. Le regard qu'il porte sur leur relation, ce que l'on devrait penser de tous nos anciens amours, se résume à cette réplique : « J'ai compris quelle personne formidable elle était et combien c'était chouette, juste de la connaître. » A revoir inlassablement avec un pot de glace. 
 

 

 

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