L’Italie à Cannes : un festival de moments forts

La Rédaction | 12 mai 2010
La Rédaction | 12 mai 2010

Avant même son ouverture, le Festival de Cannes 2010 exhale un léger parfum de scandale. Sandro Bondi, le Ministre de la culture italien, a refusé de se rendre sur la Croisette, froissé par la présentation - hors compétition - du Film Draquila - L'Italie qui tremble. La réalisatrice Sabina Guzzanti y dénonce « les dérives autoritaires du pays » à travers la façon dont fut géré l'après-tremblement de terre meurtrier de L'Aquila, au printemps 2009. Bondi déplore la présence de ce « film de propagande » au festival.

Cet évènement vient ainsi s'ajouter à la liste des moments forts que l'Italie a apportés à Cannes. Pour continuer dans la catégorie scandales et mécontentements, le mythique La Dolce Vita de Federico Fellini, Palme d'or 1960, s'attira les foudres du Vatican qui l'accusa d'immoralité et le critiqua vivement dans son journal officiel l'Osservatore, et les catholiques furent même menacés d'excommunication s'ils voyaient le film.

La même année, L'avventura de Michelangelo Antonioni fut copieusement sifflé après sa projection, les spectateurs n'appréciant pas que la disparition du personnage d'Anna, qui sert de point de départ au film, ne soit pas élucidée au final. Lors de la remise du Grand Prix, le réalisateur reçut même quelques tomates de la part du public.

 

 

Cependant, l'un des plus grands tollés fut provoqué en 1973 par Marco Ferreri et son film La Grande Bouffe, mettant en scène l'orgie-suicide de quatre amis. Se voulant critique de la société de consommation, ce long-métrage s'aliéna une bonne partie du public et même des journalistes, qui le huèrent et quittèrent la salle en grand nombre durant la projection.

Mais l'Italie n'a pas amené que des controverses, elle remporta aussi de beaux succès avec des films engagés, tels l'obtention de la Palme d'or en 1946 pour Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini, co-écrit avec Fellini, qui narre le destin d'un homme traqué par la Gestapo, et en 1972 avec L'affaire Mattei de Francesco Rosi, l'histoire de l'ingénieur et ancien résistant Enrico Mattei, catalogué comme chrétien de gauche, mort en 1962 dans des circonstances que Rosi et d'autres considérèrent douteuses. Plus récemment, on se souvient du marquant Gomorra de Matteo Garrone, Grand Prix du jury 2008, et de ses personnages pris dans la tourmente de la fameuse Camorra, la mafia napolitaine.

Pour finir, dans la catégorie émotions, l'un des moments les plus marquants du festival fut sans doute la remise du Grand Prix à Roberto Benigni pour La vie est belle en 1998. L'acteur-réalisateur-scénariste, surpris et ému, délivra un discours de remerciement mémorable, haut en couleur et expansif, bien à son image.

N'oublions pas de préciser l'Italie est le troisième pays (derrière les Etats-Unis et la France) à avoir eu le plus de films présentés en sélection officielle, et à avoir reçu le plus de Palmes (9, contre 16 pour les USA et 10 pour la France). Et il y a fort à parier que le cinéma italien réserve encore de bonnes surprises à la Croisette...

Tatiana Ducrocq

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