BIFFF édition 2010 : le fantastique comme on l'aime

Patrick Antona | 20 avril 2010
Patrick Antona | 20 avril 2010

Soufflant allègrement ses 28 bougies, le BIFFF aka Brussels International Fantastic Film Festival est devenu un des rendez-vous incontournables pour acter de la vitalité du  cinéma d'horreur et de science-fiction et de la diversification des thèmes qui y sont abordées. Avec plus 80 longs-métrages au compteur, le BIFFF aligne pour cette année 2010 une orientation nettement "nordique" avec des productions venues du Danemark, d'Allemagne voire d'Islande (sans histoire de volcan) ainsi que le retour marqué du social parmi les histoires qui y sont projetées.

De plus, le BIFFF diversifie son audience avec ses différentes sections (compétition internationale, Méliès européens, courts-métrages) dont une spécifiquement destinée aux thriller qui attaque sa seconde année. Et, fin du fin, la programmation des séances de minuit permet toujours de se repaître de bons films gore qui font la joie des festivaliers et permet aux commentaires les plus drôles de fuser au moment le plus incongru, grande marque de « belgitude », assurant des fous rires généralisés qui sont une des marques de fabrique de ce Festival à la fois complet et des plus sympathiques, présidé cette année par Dee Wallace, venue en remplacement de Tobe Hooper initialement prévu. Venu pour la seconder dans sa tâche, le réalisateur Takashi Shimizu avait fait le voyage du Japon, accompagnée de la charmante Tomomi Miyashita (la créature de son Marebito).


Dans le rayon évènement, le BIFFF s’est payé le luxe d’accueillir la première européenne des Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec. Luc Besson revenait ainsi 26 ans après la présentation de son Dernier Combat, accompagnée de sa vedette Louise Bourgoin. Mais que ce soit pour sa prestation que pour la qualité de son film, il a quelque peu laissé perplexe un public bruxellois habitué à plus de chaleur de la part d'un invité de marque.

Plus accessible, Lance Henriksen avait fait le voyage pour se faire adouber de l’ordre de la Confrérie des Chevaliers du Corbeau, cérémonie dont il s’acquitta pleinement par un petit calembour en disant que dorénavant il prenait le patronyme de « Lance-a-lot ». Autre figure du genre à fréquenter le lieu, Brian Yuzna était de passage le temps d’un verre au bar VIP avant d’aller travailler sur les SFX de sa prochaine production Amphibious 3-D, dont la post-production sera effectuée en Belgique.

Du fait de la position calendaire du festival bruxellois, de nombreuses productions avaient déjà été présentées dans les manifestations de Sitges ou de Gérardmer comme le gagnant de ce dernier, The Door avec Mads Mikkelsen (et dont aucune date de sortie n’est encore programmée !), les déjà anciens Esther, Daybreakers ou Thirst. Mais plus que dans la nouveauté, le charme principal du BIFFF réside dans la proximité que les officiels permettent avec les réalisateurs présents, soit au moment des nombreux Q & A aménagés ou autour d’un verre et sans cérémonie. Et ainsi on peut se permettre de confronter son avis aux réalisateurs présents, comme Michael J. Bassett avec son plat Solomon Kane, lui souligner que ses deux premiers films étaient bien meilleurs sans que celui en prenne ombrage mais n’hésite pas  vous balancer quelques informations, comme le projet de faire un remake des Vierges de Satan, classique de la Hammer, qui pourrait être à la base d’une nouvelle franchise.

 

Dans la cohorte des films déjà chroniqués sur EL, on peut encore cité Cargo, l’hilarant Symbol, le mauvais Survival of the Dead ou encore le pitoyable Giallo, mais c’est certainement Uwe Boll et son potable et pas mal torché Rampage qui réussit à ravir le plus les suffrages bruxellois, le réalisateur étant d’ailleurs présent pour disserter avec la ferveur qu'on lui connaît sur ces thèmes favoris, la violence, la critique et la mauvaise influence des producteurs hollywoodiens. Mais il semblerait aux derniers échos qu’avec son Bloodrayne: The Third Reich, il soit revenu à un style qui lui est plus commun, à savoir bordélique !

 

Autre film qui a marqué les séances de minuit, le perturbant The Human Centipede qui proposait de loin l'une des idées de base les plus barges jamais abordées au cinéma mais qui ne réussit jamais à dépasser la force la force de son pitch et se perd dans un final digne d’un épisode de Tatort. Première bonne surprise de la section thriller, le danois Deliver Us from Evil peut se voir comme une variation des Chiens de paille, réalisé par Ole Bornedal (Le Veilleur de nuit) dont la vision des rapports sociaux le rapproche plus de Michael Haneke que de Peckinpah, mais toute aussi violente. A ajouter au crédit du film, une photographie aux teintes acier qui sert efficacement le propos ainsi qu’une interprétation irréprochable, dont celle de la sculpturale Lene Nystrøm, ex-chanteuse du groupe Aqua, et oui « Barbie Girl » c’était elle !

Autre réussite dans le genre du zombie-flick dont la vague ne semble pas se tarir, Pontypool propose un des modes de contamination les plus originaux qui soit, et réussit à tenir le spectateur en haleine de bout en bout, bien que l’action se passe essentiellement dans une station de radio perdue dans le Middle-West. Dans le cadre de la Nuit Gore où furent présentés le nippon Vampire Girl vs Frankenstein Girl et le thaïlandais Macabre, la France fut à l’honneur avec la projection du court Paris by Night of the Living Dead de Grégory Morin, qui n’hésita pas à sacrifier à la coutume de chanter une version alternative du tube de Christophe (« Et j’ai crié… Alien pour qu’il revienne ! ») devant un public des plus réceptifs.

 

Dans le domaine du torture-flick, avec une intrigue mêlant de manière opportuniste Eyes wide Shut avec Hostel, le taïwanais Invitation Only réussit à tirer son épingle du jeu, quoique le format du film en video HD finit par lasser à la longue. Atout de charme non négligeable, la pornostar japonaise Marie Ozawa illumine le film dans quelques trop courtes séquences, ce qui fut suffisant pour en faire un des préférés du festival pour Grégory Morin, dont l’avis critique était souvent sollicité… le plus souvent après une bonne bière au bar. D’ailleurs le réalisateur Kevin Co était présent pour défendre son premier film, et n’hésita pas à se joindre aux festivaliers pour une virée nocturne bruxelloise dont il se souviendra longtemps .

Au rayon des déceptions, on peut noter Christopher Roth, production belge et première réalisation du directeur photo Maxime Alexandre (Haute Tension, Mirrors) qui malgré un casting alléchant ne réussit jamais à transcender un sujet bateau, mais aussi l’islandais Reykjavik whale watching massacre. Moins spectaculaire que son titre évocateur, on reste plus dans la farce, certes violente et gore, que dans un pur shocker qui cite son modèle texan avec conviction, mais qui finit par tourner en rond, faute d’un point de vue original.


Plus pénible à supporter, Beacon 77 tente de marcher sans succès dans les traces de Pi de Darren Aronofsky avec son  scénario paranoïaque à base de complot  du Vatican et de la CIA mais qui ne réussit qu'à susciter l’endormissement le plus profond chez le spectateur.


Le cinéma britannique faisait d’ailleurs un retour en force avec par ailleurs l’irlandais Ondine de Neil Jordan et l’écossais Outcast de Colm McCarthy. Le premier est un conte onirique sympathique et bien troussé qui repose pour beaucoup sur l’interprétation de Colin Farrell, crédible en pécheur bourru mais au verbe acide, mais aussi de la présence de la splendide Alicja Bachleda, qui fit de ce film un autre favori dans le palmarès de Grégory Morin. Le second est un récit de démonologie moderne situé parmi les défavorisés sociaux d’ Edimburgh dont le parti-pris réaliste réussit à donner un nouveau relief, mais dont on peut regretter le manque de suggestion horrifique dans son final pour être pleinement réussi.

La science-fiction était le parent pauvre du BIFFF avec seules quelques œuvres réussissant à se démarquer par leur originalité. A ranger dans la SF intimiste et aux résonances sociales particulières, Timer de Jac Schaeffer et Cold Souls de Sophie Barthès (prévu sur nos écrans sous le titre idiot de Ames en stock !) ont réussi à intéresser un public dont on pouvait penser qu’il n’était friand que de gaudriole gore et potache. Peut-être aussi que parce que ce sont deux films réalisés par des femmes (dont une française expatriée aux States) qui ont réussit à entraîner le spectateur sur une pente inattendue, Timer étant un récit d’anticipation habillé en comédie romantique alors que Cold Souls est plus une parabole philosophique et drôle sur la merchandisation galopante dans notre monde.

 

Plus anecdotique, après son potache Black Sheep, le néo-zélandais Jonathan King est de retour avec  Under the Mountain qui rappelle les productions Disney des 70’s, comme La Montagne ensorcelée ou Les Yeux de la Forêt, mais qui est ampoulé par son côté trop bavard et prévisible mais disposant de SFX de qualité.

Tentative belge dans le domaine, Glenn 3948 avec son robot mélomane ressemble au final plus à un téléfilm de luxe malgré un casting international où se croisent Billy Boyd, Patrick Bauchau et notre Gégé national.

 

Car ce qui reste le cœur du festival demeure le bon rouge qui tâche, avec une orientation encore plus marquée vers le trash que dans les précédents opus, mais avec cette fois-ci un nouveau pays qui promet beaucoup, la Serbie. Marqués du sceau déconseillé aux moins de 20 ans, ce qui est plutôt rare pour ce genre de manifestation, les deux films présentés ont eu leur impact sur un public qui était plutôt déçu en général de la sélection. The life and death of a Porno Gang, faux documentaire sur une troupe de comédiens qui fait dans le porno-cabaret itinérant avant de verser dans le snuff movie, ne réussit malheureusement pas à dépasser une première moitié prometteuse qui le rapproche des œuvres subversives de John Waters ou de Jodorowky mais se voit sans déplaisir aucun.

D’une facture technique supérieure, le autrement plus dérangeant A Serbian Film, dont la réputation de film extrême était connue depuis longtemps (particulièrement réputé pour une séquence effectivement choquante) va loin quand à sa dénonciation du voyeurisme et de la voie de l’excès qui est prise dans le monde du porno trash, même si on a du mal à déceler une forme de constat politique sur un pays que l’on sait meurtri par des années de guerre. Un film polémique et tendancieux sur lequel il sera évident de revenir quand il trouvera un distributeur en France, ce qui risque d’être un long chemin de croix !

Avant de plier bagage et cela bien avant la clôture du BIFFF prévue pour ce mardi avec la projection de Kick-Ass, et de regretter de ne pas visionner l’ultime volet de la trilogie 20th Century Boys, les quelques nouveautés dont nous eurent la primeur dans le dernier week-end se révélèrent décevantes à différent titre.  


Le thriller redneck de Michael Winterbottom, The Killer inside me, d’après un roman de Jim Thompson, est ce que l’on appelle un pétard mouillé, qui ne vaut que pour la vision fugitive des magnifiques rondeurs de Jessica Alba, et se terminant sur une des issues les plus grotesques vues au cinéma depuis longtemps.

Tentative de fantasy à petit budget, Ink est plus une carte de visite pour son réalisateur indépendant Jamin Winans qu’une œuvre formellement aboutie, mais dont certaines idées s’avèrent percutantes. Quant aux Crazies de Breck Einser, on peut regretter que la charge subversive et libertaire du film initial de George A. Romero ait été sacrifiée au pur zombie-flick, certes efficace mais oublié sitôt vu.


En tout cas rendez-vous est pris pour l’édition 2011 pour ce qui est devenu par sa longévité un des évènements majeurs du cinéma fantastique, mais se distinguant par sa convivialité et la bonhomie autant de son staff que de son public, en fait sa « Belgitude ». dans tout le sens noble du terme Encore un grand merci à Jonathan Lenaerts et aux organisateurs du BIFFF, ainsi qu’à nos hôtes Katia Olivier et Youssef Signora.


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