Gérardmer 2010 - Jour 4

Vincent Julé | 31 janvier 2010
Vincent Julé | 31 janvier 2010

Youhou, quelle compétition ! Avec les trois derniers films présentés (Hierro, The Door, Les témoins du mal), Gérardmer 2010 confirme que si le festival est toujours intéressant de par les attentes et les curiosités, il manque aussi d'originalité et d'identité. Peut-être le symptôme d'un genre qui a du mal à se renouveler ? Oui, c'est une question, pas une affirmation.


 

Hierro n'est pas un film fantastique à proprement dit, et c'est tant mieux. La manière dont le fantastique s'infiltre dans un genre existant, ici le drame, est toujours fascinant... au départ. Ainsi, dans Hierro, les visions fantasmagoriques ne font que traduire un état (la phobie de l'eau), un sentiment (le doute, la culpabilité) ou plus loin encore, la perte de l'autre, la perte de soi. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l'imagerie invoquée est nouvelle ou originale. C'est le problème de cette histoire d'une femme, Maria, qui alors qu'elle voyage à bord d'un ferry vers l'île d'El Hierro, voit son fils disparaître. Est-il tombé à l'eau ? A-t-il été kidnappé ? Personne ne le sait, et six mois plus tard, alors qu'elle essaie de faire son deuil, un corps d'enfant est découvert. Elle doit alors retourner sur El Hierro afin de procéder à son identification. Une femme seule sur une île déserte, le réalisateur espagnol Gabe Ibanez sait le mettre en scène, et il en abuse d'ailleurs un peu. Par contre, sa manière de gérer le drame en tant que tel est bien vu, une rencontre amenant à une fausse piste, un errement ou une révélation, en toute simplicité, avec retenue et beauté. On se dit alors que c'est peut-être un tel film qui manque au cinéma de genre français pour s'épanouir, s'élargir. Mais en Espagne, ils avaient déjà L'orphelinat

 

 

The Door (aura-t-on le droit à un culotté « La Porte » pour une éventuelle sortie française) est un film fantastique allemand avec le désormais très prolifique Mads Mikkelsen (malheureusement doublé ici). Une aubaine de découvrir une œuvre de genre en provenance de nos amis teutons tant cela est relativement rare. Et une agréable surprise à l'arrivée tant le quatrième film d'Anno Saul parvient à imprégner sa petite musique tristounette dans un récit sobre qui n'utilise le fantastique que pour évoquer la difficulté de faire le deuil d'un être aimé. David, ancien peintre à succès (le charismatique et doux Mikkelsen) est responsable de la mort de sa fille de 7 ans et sa femme l'a quitté. Errant comme une âme en peine, il va découvrir une porte qui lui ouvre un passage lui permettant d'avoir une seconde chance. Mais peut-on vraiment en avoir une ? Le destin n'est-il pas irrévocable ? Une intrusion du fantastique proche de La quatrième dimension, une quasi unité de lieu, une douceur de la mise en scène, flottante, qui contraste avec la dureté des sentiments éprouvés, et un vrai regard sensible sur deux personnages en souffrance, font de The Door une œuvre certes mineure mais d'une belle justesse à l'image d'un plan final sobre et touchant.

 

 

 

Les témoins du mal, de son titre orignal No-do  (nom désignant les bandes d'actualité espagnoles des années 30) part avec de louables ambitions. Une narration fragmentée mélangeant trois récits  avec un couple dont la femme est atteinte de dépression post-natale, un prêtre/ psy chargé d'enquêter sur les processus des béatification et une vieille femme sortant de 60 ans de coma  ; tous ces personnages convergeant vers une vieille bâtisse - un ancien pensionnat catholique pour jeunes filles - ayant défrayé la chronique, les fameux « No-do » qui viennent ponctuer régulièrement les transition entre chaque récit. Mais si le pari est ambitieux, le mieux s'avère comme souvent l'ennemi du bien et malgré une direction artistique impeccable (décors, effets spéciaux, photo), le réalisateur, Elio Quiroca dont c'est le troisième film, peine à trouver sa voie  à force de vouloir courir quatre lièvres à la fois. Son principal défaut, arriver après Fragile, Saint Ange, La secte sans nom, L'orphelinat  et consorts. Chaque image - aussi belle soit-elle -, chaque idée,  semble provenir d'un film ayant déjà existé il y a peu, chacun des films précités étant eux-mêmes des films hommages ultra référentiels. D'où ce sentiment de déjà-vu qui plane à chaque instant de la projection et laisse le spectateur initié de marbre. Amer constat donc pour  le cinéma fantastique ibérique (il n'est d'ailleurs pas le seul à être atteint de ce «  mal » parmi les films en compétition) qui se nourrit de lui-même et peine à se renouveler, compilant avec un certain brio des images mille fois répétées.

 

Palmarès Gérardmer 2010


Grand prix : The Door d'Anno Saul

Prix du jury : Moon de Duncan Jones

Prix de la critique : Moon de Duncan Jones, avec mension spéciale à Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani 

Prix du public : 5150, rue des Ormes d'Eric Tessier 

Prix du jury SyFy : La Horde de Yannick Dahan et Benjamin Rocher

Prix du jury jeunes : Possessed de Lee Yong-ju 

Prix du court-métrage : La morsure de Joyce A. Nashawati 

 

 

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