Vincenzo Natali : le réalisateur de Cube et Splice donne ses 31 meilleurs films de SF

Vincent Julé | 19 décembre 2009
Vincent Julé | 19 décembre 2009

Après avoir commenté notre top horreur puis notre top des 31 meilleurs films de science-fiction, le réalisateur Vincenzo Natali (Cube, Cypher, Splice) s'est lui-même plié à l'exercice de choisir ses 31 films de SF préférés, sans se faire prier pour tout vous dire. La preuve, s'il avait pu aller jusqu'à 50, il l'aurait fait. Pour les films qu'il avait en commun avec notre top, nous avons remis son commentaire.

 

 

1/ 2001, l'odyssée de l'espace

Par où commencer ? Il y a des films avec lesquels on crée une vraie relation au fil des ans. Celui-ci en est un. Il est si complexe, si profond... si expérimental. C'est comme si c'était une oeuvre différente à chaque fois que je le revoie. La création de Kubrick est une véritable date, elle semble toujours en avance sur tout le reste, dans sa description sans compromis du voyage spatial, dans ses réflexions philosophiques et dans son examen minitieux de l'avenir de notre espèce. La science-fiction est souvent un genre hybride (par exemple, la SF d'action, la comédie SF, la romance SF), et elle semble posséder une personnalité schizophrénique. Mais 2001 ne partage rien avec aucun autre genre... avec aucun autre film. Il s'agit ici de science-fiction pure à 100%. 

2/ La trilogie Star Wars

Un nouvel espoir : Pour moi c'est le plus important de tous. C'est le film qui a débuté ma passion pour le cinéma. J'avais huit ans quand je l'ai découvert et cette expérience est ce qui s'est rapproché le plus d'une révélation religieuse. Evidemment, je n'étais pas le seul dans ce cas. Star Wars est entré profondément dans l'inconscient collectif avec ses thématiques intemporelles. Cela s'est produit à un moment où l'Amerique voulait échapper au cynisme né de la guerre du Viet Nam et du Watergate. Dès que je croise une personne de ma génération, peu importe son origine, nous partageons le même amour pour Star Wars. C'est comme si la Force, un pouvoir invisible, nous réunissait. Je serais toujours reconnaissant envers George Lucas, même s'il a commis ces trois horribles préquelles. Un nouvel espoir demeure en mon coeur comme la première et la meilleure expérience de Star Wars.

L'empire contre-attaque : C'est une oeuvre de grande beauté et le film qui a confirmé Star Wars en tant qu'élément essentiel de la pop culture. Les images de L'Empire contre-attaque sont tellement audacieuses et formidablement réalisées que peu de films, encore aujourd'hui, inspirent le même degré d'émerveillement. Je préfère La Guerre des étoiles, parce qu'il fut le premier. Mais cet épisode ose être complexe et adulte, là où l'original n'essayait pas d'être davantage qu'un rêve d'enfant.

3/ Brazil

Je n'ai jamais pris de drogues de ma vie. Mais après avoir découvert Brazil à l'âge de 16 ans, je n'en ai plus l'utilité. Ce film m'a coupé littéralement la parole pendant plusieurs minutes après sa fin. C'est l'expérience la plus trippante, la plus folle, la plus dense, la plus hallucinante que j'ai vécu au cinéma. C'est un festival d'influences, de Kafka à Lewis Carol en passant par Max Sennet, qui s'épanouit dans une version "steam punk" (des décennies avant que le genre soit inventé) du 1984 de George Orwell. Le film parvient aussi à être une vision très dérangeante du futur, où le gouvernement a besoin des terroristes pour garder le pouvoir et où la liberté individuelle se perd dans un méandre d'erreurs bureaucratiques. Le rythme du film, son passage fou de la réalité à la fantaisie, ses architectures dézinguées, son intelligence non stop attaquent le spectateur avec brio. C'est la SF qui secoue.

 

 

4/ Blade Runner

En 1982, j'ai été voir Blade Runner le premier jour de sa sortie. Lorsque le nom d'Harrison Ford est appru sur le grand écran, une rengée de jeunes filles s'est mise à crier d'excitation devant moi. C'est qu'elles s'attendaient sûrement à voir le côté romantique d'Indiana Jones. A la place, elles ont eu le laconique et hard boiled Rick Deckard. Blade Runner est l'un des plus beaux futurs retro et noir. J'étais ravi, c'était de l'heroïne pour les yeux. Les critiques étaient déstabilisés par les effets visuels à couper le souffle, qui, selon eux, détournait l'attention des personnages et de l'histoire. L'histoire prouvera qu'ils avaient tort. Blade Runner est une film humaniste, qui mêle romance et nostalgie avec des idées sur l'écologie, l'identité, la mémoirire et tout ce qui signifie être humain.

5/ Orange mécanique

6/ Metropolis

Il y a de nombreux montages différents de ce classique. A ma grande honte je dois avouer que celui que je connais le mieux est la version de Giorgio Moroder (j'avais l'affiche dans ma chambre pendant des années). Oui, je parle de celle avec la musique rock. Mais vous savez ? Cela fonctionne. Et même si cela outrage les puristes, je peux vous affirmer que même Bonnie Tyler ne peut pas nuire à la vision futuriste de Fritz Lang et à sa beauté art déco. Une création qui a trouvé échos (je devrais dire : qui a été canibalisée) par un nombre incalculable de films de SF qui ont suivi, en particulier Star Wars et Blade Runner

 

 

7/ Stalker

8/ Matrix

Je suis certain que ce film aurait été beaucoup plus haut dans le classement s'il n'y avait pas eu ses suites décevantes. Si on les met de côté, il est important de se souvenir que Matrix est un film merveilleusement construit et innovant. Même s'il doit beaucoup au travail de William Gibson (et d'autres), c'est le premier film (et peut-être le dernier) qui a réussi à rendre crédible une histoire de réalité virtuelle au cinéma. Et les aspects philosophiques et mythologiques sont essentiels. C'est du cinéma audacieux et visionnaire. 

9/ THX 1138

10/ Solaris

11/ Mad Max 2

De tous les films de cette liste, je crois que celui-ci présente la description la plus crédible de notre futur. Il sera primitif, régressif et motivé par une quête sans fin de l'essence. Quel film prophétique/mythique/d'action absolument brillant ! Et même s'il s'inspire d'un film comme Apocalypse 2024 et de quelques autres, il demeure la vision définitive d'un monde post-apocalyptique. Un chef-d'œuvre. 

12/ Les fils de l'homme

13/ Eternal Sunshine of the Spotless Mind

14/ La planète sauvage

15/ Les aventures de Buckaroo Banzai dans la huitième dimension

16/ Battle Royale

 

 

 

17/ Ghost in the shell

L'une des principales influences de Matrix. J'aime ce film. Et J'ADORE la bande-originale signée Kenji Kawaï. Elle est aérienne et primitive, pas du tout ce que l'on attend dans un film de science-fiction. C'est vrai pour l'œuvre toute entière, qui contient des moments d'animation incroyables. C'est un film de cyborg génial, très réfléchi, qui pose la question de savoir ce qui définit l'humanité. La conclusion exprime (je crois) qu'il n'y a aucune différence entre la vie naturelle et la vie artificielle. C'est une notion inspirée du Shinto japonais. Le réalisateur, Mamoru Oshii, donne un style poétique et contemplatif à l'action, et c'est à couper le souffle. Je suis aussi un très grand fan de ses autres films, en particulier Avalon et The Sky crawlers

18/ Rencontres du troisième type

Je l'ai revu récemment et j'ai été impressionné par sa sophistication. Le film évoque des concepts très abstraits et subtils (proche de ceux de 2001) mais d'une manière totalement émouvante et humaine. C'est à ce moment que Spielberg était à son zénith en tant que réalisateur. Chaque instant du film est rempli d'invention cinématographique et de performances remarquables. Et tout respire l'authenticité. Richard Dreyfuss, le Roy Neary timbré qui abandonne sa famille pour aller chasser l'alien... c'est typiquement le genre de choses que les gens faisaient tout le temps dans les années 70 !

19/ L'invasion des profanateurs de sépulture

Ce film m'a terrifié quand j'étais môme. Et le remake par Philip Kaufman était encore plus traumatisant. Je n'ai pas pu dormir pendant des jours car j'avais peur de devenir une « pod person ». Le film de Siegel est la meilleure invasion extra-terrestre des années 50. Elle peut être comprise de deux manières opposées : soit un avertissement contre l'influence communiste, soit une dénonciation du McCarthisme. La version de Kaufman (qui est toute aussi réussie) est plus un commentaire sur le nombrilisme des années 70. Quelle que soit la façon dont on interprète ces films, une chose est sûre, ce sont des chefs-d'œuvre de paranoïa. De surcroît, ils présentent la plus réaliste des invasions d'aliens. Ici ils n'utilisent pas une technologie peu plausible pour atteindre la Terre. Ce sont des graines qui se laissent portées par les vents solaires. Ils font partie des meilleurs films de SF de tous les temps et ils n'ont pas pris une ride.

 

 

20/ Planète interdite

21/ Vidéodrome

J'ai d'abord été surpris de le retrouver dans la liste, parce que j'ai toujours estimé que c'était un film d'horreur. Mais en fait Videodrome défie toute catégorisation. C'est une oeuvre totalement originale et le film le plus juste et prophétique jamais conçu sur la télévision. De manière fort appropriée, j'ai découvert Videodrome en vidéo, car j'étais trop jeune pour le voir en salles. Mais c'était peut-être le meilleur moyen de percevoir pleinement le message auto-réflexif du film. Cronenberg étudie les relations entre la télévision et le spectateur et démontre de manière très littérale (et gore) comment l'une affecte l'autre. J'étais changé par Videodrome, pour toujours. Long live the new flesh ! 

22/ E.T.

La qualité et la profondeur de ce film ont été éclipées par son succès. C'est de la magie absolue capturée sur pellicule. Les mômes sont tout à fait naturels et crédibles. En fait, tout le film est un reflet parfait du point de vue d'un enfant sur le monde. Il est intéressant de noter que Spielberg voulait d'abord faire d'E.T. un film d'horreur (du nom de Night Skies), qui est, j'en suis convaincu, la source d'inspiration de M. Night Shyamalan pour Signes. Dans tous les cas Spielberg a fait le bon choix, parce que la beauté et la tristesse de ce film ont rarement été égalées. 

23/ Delicatessen

24/ Robocop

J'ai vu Robocop pour la première fois lors d'une avant-première. Il y avait même un type dans un costume de Robocop devant le cinéma. Personne ne savait rien sur le film. Dès que ED-209 explose le yuppy au début du film, le public est devenu hystérique. C'est le film qui a magnifié l'ère Reagan tout en l'attaquant. Je dois aussi faire remarquer que Robocop est clairement inspiré par le comic book britannique Judge Dredd. On y retrouve le même mélange de satire et de L'Inspecteur Harry dans une métropole du futur. En fait c'est une bien meilleure adaptation de cette BD que l'horrible film avec Stallone. 

 

 

25/ Aliens, le retour

La première version non officielle de Starship Troopers. James Cameron emballe une suite brillante en tournant un film totalement différent du chef-d'oeuvre de Ridley Scott. Au-delà des prémisses de SF, c'est un film de guerre qui étudie l'essence du conflit Vietnamien, ainsi que la défaite des Etats-Unis face à un ennemi technologiquement moins avancé mais beaucoup plus déterminé. Comme dans les Terminator, l'héroïne est une guerrière, une Walkyrie, et sa compassion n'est approchée que par son désir de tout casser ! Il y a aussi une poignante et inattendue relation mère-fille qui fait écho à la nature des Aliens et à la confrontation finale avec la Reine. Comme ce monstre, l'histoire est une bête élegamment construite. Tous les accessoires sont excellents. Les scènes d'action sont parfaites. Personnellement, c'est mon film de James Cameron favori. Wow ! 

26/ 1984

27/ Alphaville

28/ Terminator 1 et 2

T1 : Quand j'ai entendu pour la première fois le sujet de Terminator : un robot du futur qui se bat dans Los Angeles, cela ressemblait à une série B produite par Roger Corman. Et ce n'est pas surprenant que ce soit dans la boîte de Corman, New World, que Cameron ait débuté sa carrière. Mais Terminator devient l'un des films de SF les plus intelligents, poétiques et émouvants de tous les temps, avec une élégante romance spatio-temporelle en son coeur. Il a aussi placé très haut la barre de l'action et il a apporté une touche sombre et punk à la guimauve façon Spielberg qui dominait les écrans à l'époque..

T2 : Même si le film n'est pas aussi intelligent que l'original, dans sa manière d'aborder les paradoxes temporels, il a bouleversé la donne par l'introduction des effets digitaux. Ceux qui n'étaient pas nés quand ce film est sorti ne peuvent pas vraiment apprécier l'effet hallucinant que fut le "morphing". Oui, à présent vous pouvez faire la même chose avec un Mac Powerbook aujourd'hui, mais en 1991, cela semblait vraiment organique et réel... c'était comme de la magie !

 

 

29/ Retour vers le futur

C'est tellement plus malin qu'il ne le laisse paraître, ou même qu'il n'a le droit de l'être. Il joue des paradoxes temporels avec une telle aisance et noue le tout dans un ruban de Möbius parfait. C'est aussi irrévérencieux et gentiment transgressif dans sa façon d'appréhender le complexe d'Oedipe. LA première fois que je l'ai vu, je commençais à être fatigué des films de Spielberg et j'étais prêt à le détester. Mais il est impossible de ne pas aimer Retour vers le futur. C'est un film parfait. Un de ceux qui vieillira bien avec les années.

30/ Woody et les robots

31/ Barbarella

 

Mentions honorables (sans ordre particulier) : New York 1997, L'armée des 12 singes / La Jetée, Dark City, Avalon, Galaxy Quest, Starship Troopers, Au-delà du réel, Les femmes de Stepford, La guerre des mondes,  Paprika, District 9, Moon, Repo Man, Le dernier survivant, Pi, Primer, Le mystère Andromède, La planète des singes, Abattoir 5, Silent Running, L'âge de cristal, Des monstres attaquent la ville.

 

 

 

Tout savoir sur Vincenzo Natali

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire