Top science-fiction n°14 : New York 1997

Florent Kretz | 3 décembre 2009
Florent Kretz | 3 décembre 2009

Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible. Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs). La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement.  14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction.  Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.

 

 

14 - New York 1997 (1981) de John Carpenter

Vincenzo Natali : Une excellente idée, en particulier à l'époque où le film a été fait et où New York ressemblait à une prison délabrée. Je l'ai revu il y a peu et j'ai été impressionné par la beauté de la photographie de Dean Cundy et par les effets spéciaux exceptionnels (surtout pour un film avec un aussi petit budget). Une fois encore, John Carpenter nous rappelle son talent extraordinaire et pourquoi il est le réalisateur le plus "remaker" de tous les temps.

Ilan Ferry :

Tout simplement culte !

Sandy Gillet :

Je te croyais mort Snake !

Laurent Pécha :

Enfant, je voulais être Snake Plissken. Et aujourd'hui, je veux être...Snake Plissken !

 

 

 

John Carpenter! S'il y en a bien un qui mérite de se trouver dans n'importe quel classement consacré au cinéma de genre, c'est bien lui. D'ailleurs s'il s'est illustré avec maestria dans le registre de l'horreur et de l'épouvante avec des chef d'œuvres tels que Halloween, Fog ou Prince des ténèbres, il aura aussi largement contribué au domaine de la science-fiction. Et plus spécialement dans l'anticipation, son New York 1997 (Escape from New York) se faisant très rapidement fleuron du genre. Car encore aujourd'hui, les aventures de Snake Plissken incarnent le modèle absolu et inégalé. New York 1997, une œuvre impérissable qui, en plus d'apposer une solide pierre  à l'édifice, dévoile l'ensemble des thématiques du maitre, sa vision du cinéma et sa façon de travailler. Retour sur un film de légende que beaucoup auront tenté de plagier ou d'imiter sans pour autant parvenir à sa hauteur!

 

 

New York 1997 se pose là comme un point important dans la filmographie de John Carpenter. Contrairement à quelques unes de ses œuvres les plus pertinentes, ce dernier est loin d'être une démonstration de son génie naturel: si tout au long de sa carrière, il prouvera son incroyable faculté à se réapproprier les projets et à les transcender spontanément, New York 1997 correspond à une oeuvre beaucoup plus personnelle qui aura trouvé maturité dans le rejet et l'attente. Des refus plus ou moins légitimes qui permettront au réalisateur de prendre un peu de recul. Lorsqu'il évoque pour la première fois le sujet de son projet, dans le courant des années 70, il se confronte aux réactions négatives de ses interlocuteurs: écrit en réaction au scandale du Watergate, on reproche à Carpenter de vouloir attiser le feu qui ronge l'Amérique. De plus, ses revendications ouvertement de gauche et l'accueil très mitigé de son premier long, Assaut, ne lui permettent pas de convaincre les studios d'étudier plus attentivement l'ambitieux projet. Contraint de le mettre de côté, il profite de quelques opportunités, se fait embaucher en tant que scénariste (Les yeux de Laura Mars, Zuma Beach...) avant d'accepter de réaliser quelques commandes.

 

 

 

Des tâches alimentaires qu'il va très vite tourner à son avantage: quand il acquière une nouvelle manière d'appréhender les tournages avec une équipe professionnelle avec le téléfilm Meurtre au 43ème étage, il insuffle littéralement une nouvelle virginité au cinéma d'horreur avec sa Nuit des masques, expérimentant et sacralisant par la même occasion quelques codes novateurs. Conscient qu'il se doit de profiter de l'élan considérable qu'il vient de prendre, il signe coup sur coup une nouvelle fiction destinée à la télévision et un énième opus d'épouvante. Deux projets aux allures anodines mais qui vont pourtant lui permettre d'obtenir un peu plus de considération auprès des dirigeants. Le premier, une biographie du King baptisée assez logiquement Le roman d'Elvis, lui offrira une réputation de réalisateur capable de s'extirper du genre et lui permettra surtout de rencontrer celui qui deviendra par la suite son acteur phare, Kurt Russel. Le second, Fog, est un film d'horreur surnaturel qui fera une très belle carrière dans les salles obscures: le nom de Carpenter ne résonne plus uniquement dans le milieu mais aussi auprès du public qui attend avec impatience ses prochains travaux.

 

 

 

Enfin en odeur de sainteté, il est approché plus sérieusement par la Avco Embassy, une société de distribution reconvertie dans la production et à qui on doit quelques succès tels que Hurlements de Joe Dante par exemple. Ayant déjà mis quelques billes dans le financement de Fog, les dirigeants n'entendent pas lâcher leur poulain aux autres studios: Carpenter est aussitôt sollicité pour réaliser The Philadelphia experiment. Un projet qui est bien vite refourgué à Stewart Raffill, Big John continuant de garder un œil dessus et conservant ainsi le titre de producteur délégué. Car le metteur en scène a d'autres comètes en vue: pour s'assurer qu'il restera à leurs côtés, les producteurs lui garantissent la mise en chantier de son fameux New York 1997! Lui promettant un budget de sept millions de dollars, ils invitent tout de même Carpenter à revoir son script: assisté de son complice de toujours, Nick Castle, homme à tout faire sur Dark Star ou interprète du Shape pour La nuit des masques, ils reprennent l'intrigue et l'épaississent. Ajout de personnages (Castle insiste pour qu'un peu d'accalmie se fasse dans le chaos sous les traits de Cabie, incarné à l'écran par Ernest Borgnine), relecture de l'action pour correspondre au budget alloué, le script de New York 1997 commence à prendre la forme qu'on lui connait.

 

 

 

Décrivant une dimension parallèle dans laquelle l'île de Manhattan est devenue une prison abandonnée aux mains des pires rebus de la société, l'action suivra plus précisément les aventures d'un criminel légendaire, Snake Plissken, confronté à un éprouvant ultimatum s'il veut rester en vie. Un personnage incroyable, improbable mais surtout typique du cinéma du réalisateur qui en avait déjà fait une esquisse dans son Assaut sous les traits de Napoléon Wilson et qui en fera presque une marque de fabrique. Si l'univers de Carpenter est habité d'anti-héros tels que John Nada (Invasion Los Angeles), Desolation Williams (Ghosts of Mars) et dans une certaine mesure Jack Burton (Big trouble in little China), c'est assurément Snake Plissken qui fera office de figure sacrée, le personnage devenant quasiment l'alter-égo d'un Big John revanchard. Un personnage burné et radicalement à contre-courant se voulant autant du cow-boy si cher au Carpenter/metteur en scène que du justicier anarchisant si proche du Carpenter/citoyen. Un parti pris accepté par la production, celle-ci tentant malgré tout d'arrondir les angles: connaissant les penchant du réalisateur pour les western, ils pensent parvenir à le soudoyer en lui proposant Charles Bronson pour le rôle, acteur mythique habitué aussi bien aux héros du Grand Ouest qu'aux personnages coriaces et réactionnaires. Rien n'y fait: Bronson est trop vieux et Carpenter a d'autres vues! Différentes tentatives suivront: Kris Kristofferson, Jeff Bridges, Nick Nolte ou même Tommy Lee Jones mais l'auteur a son vieil ami Kurt Russel en tête. Parvenant à l'imposer, il entreprend de peaufiner un peu ses traits.

 

 

 

A commencer par sa légende! Si Russel propose d'en faire un borgne, Carpenter repense à un film avec John Wayne pour redéfinir la mythologie de Plissken: dans Big Jake, tout le monde s'interroge, le héros étant réputé « mort »! Reprenant le concept, il omettra cependant d'en souligner la référence, prétextant que l'anecdote vient « d'un ami de Cleveland »! Si Russel offrira au protagoniste un jeu légendaire et nonchalant, apportant aussitôt une dimension culte enrichie par une répartie savoureuse, le reste du casting ne fera qu'étoffer le charisme du type. Affrontant le Duke, truand régnant sur Manhattan et joué par Isaac Hayes, les trognes de Lee Van Cleef, du fidèle Tom Hatkins ou de Harry Dean Stanton ajoutent au prestige de l'entreprise lorsque la belle Adrienne Barbeau, femme de Carpenter, glisse un brin de féminité. Et lorsque le réalisateur offrira quelques apparitions à des amis comme Season Hubley (femme de Russel) ou à son inconditionnelle Debra Hill dans un caméo vocal (que la légende attribue pourtant à Jamie Lee Curtis), il proposera à Donald Pleasence de jouer le malheureux président des Etats-Unis: tandis qu'il avait hésité pour le rôle du Docteur Loomis dans la Nuit des masques, celui-ci saute sur l'occasion de collaborer une seconde fois avec le jeune réalisateur! Plus encore, il rédige quelques monologues sensés offrir plus de profondeur à son personnage, s'inspirant même de sa propre expérience de prisonnier de guerre! Malgré le refus d'intégrer ces textes dans la trame, il participera tout de même au tournage de New York 1997.

 

 

 

Un tournage chargé, l'enjeu principal étant de parvenir à s'évincer du simple statut de série b dans laquelle le relègue pourtant la faiblesse du budget. Ne pouvant tourner à New York (un seul plan sera tourner là-bas), Carpenter établit son tournage dans la ville de St Louis dont le centre-ville a été récemment frappé par un violent incendie. Tournant essentiellement de nuit, la production obtient d'occuper plus de dix blocs désertés et se fait même couper l'électricité sur toute la zone pour des soucis de sensationnalisme: pour combler le manque d'éclairage, le chef opérateur Dean Cundey utilisera une nouvelle lentille révolutionnaire et ultra sensible. Quand aux « monuments » new yorkais, ils sont réinventés avec ingéniosité: lorsque le tout jeune James Cameron s'occupera des matte-paintings omniprésentes dans le film, on changera l'immense salle du Grand Hall, abandonnée depuis des années, et qui deviendra par la même occasion un simulacre efficace du Madison Square Garden! Et Carpenter ira plus loin, usant du système D comme moteur: il trouve la verdure de Central Park dans un parc de San Fernando et fait croire à l'apocalypse en faisant venir illégalement les débris d'un avion écrasé près de Tucson en Arizona! Le résultat est bluffant: on aura rarement vu aussi remarquable et crédible dans un film...

 

 

 

D'ailleurs tout le monde semble être certain de l'incroyable démesure du projet et du résultat fascinant qu'ils approchent: lorsqu'on réalisera des maquettes avec trois fois rien pour simuler les vues aériennes de la Grosse pomme (elles seront repeintes puis réutilisées pour Blade Runner, preuve évidente de la stupéfiante foi de l'équipe envers le projet), les acteurs et les figurants se donnent au maximum, certaines chorégraphies musclées entre Kurt Russel et Ox Baker tournant même à la réelle altercation! Une anecdote dans un tournage marathon qui amène même le réalisateur a oublier de tourner quelques plans: pour compenser, il s'installe dans son garage avec sa compagne et organise des prises de vues sauvages! Et le film au final? Une merveille! Lorsque Carpenter soulignait qu'il était bien plus qu'un réalisateur sur des films comme Halloween, New York 1997 le consacre assurément tel un auteur et un véritable artiste. Fort d'un scénario puissant et racé qu'il transcende d'une des ses meilleures compositions musicales et par une mise en scène à la fois novatrice et référentielle, il n'hésite pas à couper dans le gras pour le bien de son métrage: pour amplifier la grâce et la légende de son salopard de héros, il décide même d'ôter du montage final quelques séquences narrant les épisodes accessoires (tels que le braquage qui le fera coffrer par exemple)! Un exemple aussi sidérant que génial appuyant la grandeur d'un gars comme Carpenter. Car d'une série B courageuse, il aura su faire quelques choix risqués pour finalement en sortir un chef d'œuvre.        

FLORENT KRETZ

 

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