Top science-fiction n°17 : Planète interdite

Jean-Noël Nicolau | 30 novembre 2009
Jean-Noël Nicolau | 30 novembre 2009

Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible. Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs). La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement.  14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction.  Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.

 

 

17 - Planète interdite (1956) de Fred M. Wilcox

Jean-Noël Nicolau :

Le chef-d'oeuvre de la SF "pré-2001″. Ambitieux, fascinant, tout en restant un vrai divertissement.

 

 

 

Toute la science-fiction en un film ? C'est un peu l'ambition de Planète interdite, inédite pour l'époque. Qu'on en juge : un vaisseau spatial, un équipage polyvalent, un robot intelligent, des rayons laser, des extra-terrestres, un monstre invisible et cruel, un scientifique inquiétant, des données techniques à foison, une jolie fille et un sous-texte psychanalytique plus profond qu'il n'y paraît. Et encore, on en passe. Sans ce film, pas de 2001 (qui prendrait la SF au sérieux ?), pas de Star Trek (toute la série est déjà là, au moins dans son esthétique), pas de space opera et donc pas de Star Wars. Ou alors si, mais dans des formes très différentes. Car tout est dans Planète interdite.

 

 

 

Certes la forme est un peu rugueuse, le rythme se déploie à l'ancienne. Les jeunes générations se demanderont comment une œuvre aussi théâtrale peut encore passionner. Mais c'est bien parce qu'il s'agit ici de SF dite « intelligente » que Planète interdite domine ses concurrents. Le théâtre, c'est l'origine de l'histoire, inspirée par La Tempête de Shakespeare. Le cœur du film se joue dans la psyché des protagonistes. La menace vient de l'intérieur, c'est le « monstre de l'id », selon le concept freudien du subconscient.  Les décors peuvent sembler infinis, les architectures des Krells peuvent écraser les petits humains, l'horreur sera toujours invisible, incontrôlable, plus puissante que toutes les technologies.

 

 

 

La science-fiction atteint son point limite. D'autres, comme Kubrick, tenteront d'explorer plus loin, de mettre des images sur l'indicible. Mais rien ne se situe vraiment au-delà du pouvoir de l'esprit. Planète interdite enrobe son propos de machines fantastiques et de trouvailles cliquetantes, la vérité est pourtant simple : la part des ténèbres est la plus forte. Savant génial, Morbius est dévoré par sa jalousie incestueuse refoulée. Si l'esprit devient le moteur pur et sans contrainte, il laisse s'échapper plus de monstres que de merveilles. Quoi de plus beau que de voir son imaginaire se concrétiser par la simple force de la pensée ? Mais quoi de plus dangereux aussi...

 

 

 

La grande réussite de Planète interdite repose aussi sur la capacité du film à détourner l'attention du spectateur par la grâce d'un univers à la fois crédible et totalement fantaisiste. Le divertissement est ainsi total. Jamais l'œuvre ne se prend trop au sérieux, l'humour est très présent et Robby le robot suffit à nous amuser et à nous intriguer. Devenu une icône de la SF, Robby était en son temps l'un des effets spéciaux les plus chers de l'histoire. Pas moins de 125 000 dollars pour cette merveille de rouages et de lumières clignotantes.

 

 

 

Le film repoussa de nombreuses limites en matière d'effets visuels. Pour la première fois, on découvrait une soucoupe volante pilotée par des humains. Le vaisseau, d'environ 51 mètres, fut construit aux trois quarts en taille réelle. Il fut d'ailleurs réutilisé dans de nombreux épisodes de La Quatrième dimension.

Toute aussi célèbre est la version animée du monstre de l'id. Walt Disney Pictures prêta l'un de ses animateurs les plus célèbres, Joshua Meador, à la MGM. Dessinée à même la pellicule, la silhouette de la bête dévoile des détails inattendus, qui révèle notamment son origine. Nous invitons nos lecteurs à étudier ces scènes de plus près. Autre point notable, certains plans du monstre furent coupés lors des diffusions télévisées, sous le prétexte que la créature était trop effrayante pour les jeunes enfants. Il faut avouer que l'idée d'une telle bête, invisible, qui se glisse nuitamment dans les chambres des humains, a de quoi terrifier. On n'est pas loin, déjà, d'Alien et de son huitième passager, incarnant aussi l'inconscient animal surgissant dans un environnement aseptisé.

 

 

 

L'innovation fut aussi sonore. En effet, le couple Louis et Bebe Barron créa la première bande originale composée électroniquement. En utilisant toutes les possibilités de l'époque, les deux musiciens inventèrent des sonorités jamais entendues au cinéma et par le grand public. Réverbérations, ralentissements ou inversions des pistes, changements de vitesse, l'univers de Planète interdite doit beaucoup à ces audaces harmoniques. Plus proche de la musique concrète que des classiques symphoniques, la BO de Planète interdite fit énormément pour la découverte de la musique électronique et son influence n'a jamais été démentie.

 

 

 

Si Walter Pidgeon est parfait en docteur Morbius, l'autre curiosité de Planète interdite demeure Leslie Nielsen en jeune premier. On connaît l'acteur pour ses grosses déconnades chez les ZAZ, et on ne peut s'empêcher de sourire en le voyant faire les yeux doux à la craquante Anne Francis. Pour certains spectateurs cela suffira même pour décrocher du film. De quoi blâmer pour longtemps la série des Y a-t-il un flic pour sauver... Si on arrive à dépasser cet écueil, ainsi que les aspects les plus obsolètes de l'œuvre de Fred M. Wilcox, impossible de ne pas être fasciné. Le choc est d'abord esthétique puis, peu à peu, il devient intellectuel. La science ne serait pas le plus grand des dangers, c'est bien notre humanité qui finira par nous détruire.

 

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