Une année, un film : Les oeuvres qui ont marqué Eric Valette (6)

Jean-Noël Nicolau | 21 novembre 2009
Jean-Noël Nicolau | 21 novembre 2009

Le 25 novembre prochain sort Une affaire d'Etat, un modèle de polar à l'efficacité redoutable (lire notre critique) signé par un cinéaste français qui était parti depuis quelques années aux Etats-Unis, Eric Valette. Pour vous donner envie d'aller découvrir un film haletant qui renoue avec un genre (mixant policier et politique) que le cinéma français a laissé tomber depuis trop longtemps, on a donné la parole à son auteur pour qu'il évoque les films qui l'ont marqués au cours de sa vie. On a donc repris le jeu horrible auquel on avait soumis Rémi Bezançon il y a plus d'un an (lire ses choix), à savoir choisir un (et seulement un) film phare par année de sa vie et nous raconter pourquoi ce dernier a marqué sa vie de cinéphile (pour ce jeu, on tient compte de la sortie du film en salles françaises).

 

 

1992

 

JFK d'Oliver Stone

Un grand film gonflé par son propos et spectaculaire dans son ambition, son cast, sa forme. Stone a poussé à son paroxysme les expérimentations formelles avec Tueurs Nés, mais les a développé en parfaite intelligence avec le sujet, ses spéculations, ses questions, dans JFK. L'idée du film dossier, où toutes sortes de sources, de témoignages, d'informations se téléscopent pour former un puzzle de formats, de couleurs, et de grains à travers l'enquête de Garrison est extrêmement brillante. Où quand l'intuition et la puissance du cinéma démonte une vérité officielle qui a largement pris l'eau. 

 

 

1993

Une balle dans la tête de John Woo

John Woo va jusqu'au bout du melo guerrier dans cette oeuvre épique et bouillonnante, un des plus beaux films sur l'amitié jamais réalisés, dont la noirceur en a refroidi quelques uns. Il y a une force primitive dans la narration, une puissance évocatrice de chaque plan, qui fait qu'on a l'impression qu'on nous raconte cette histoire pour la première fois, alors que le film est bourré d'emprunts tant au cinéma américain qu'européen. On ressort du film littéralement épuisé, K.O. par l'émotion. 

 

 

 

1994

L'Impasse de Brian De Palma

Le deuxième chef-d'oeuvre de l'association De Palma / Pacino. Ils devraient retravailler ensemble! Un vrai film noir à l'ancienne. Le personnage du truand qui s'humanise en vieillissant est assez atypique et Pacino l'incarne parfaitement, avec élégance et une certaine sobriété. Les seconds rôles (Sean Penn, Luis Guzman, Viggo Mortensen) sont brillants. De Palma ne néglige pas le style et crée de superbes scènes de tension (la salle de billard, la gare). C'est son dernier grand film en date, mais je ne désespère pas...

 

 

 

1995

Ed Wood de Tim Burton

Un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir sur le cinéma depuis Les Ensorcelés de Minelli. C'est la joie simple de faire du cinéma qui est au coeur du film et évidemment, de le faire en famille: la fantastique bande de rebuts et de disgraciés magnifiques que constitue Ed Wood autour de lui est superbe d'humanité. Burton semble inspiré à tous les instants et sait passer avec délicatesse de séquences extrêmement touchantes à d'autres complètement hilarantes, sans jamais sombrer ni dans le misérabilisme ni dans la caricature.

 

 

 

1996

Heat de Michael Mann

Le polar urbain contemporain ultime. Et un grand film sur Los Angeles, ville aliénante et fascinante à la fois. Mann a su capter son aspect vénéneux et désolé. D'une richesse inépuisable, le film a le parfait équilibre entre action et atmosphère et présente un Mann au sommet de sa forme, capable de traiter tous ses personnages y compris les seconds couteaux (un gros problème dans Public enemies). Le visuel, le son, les acteurs, tout y est hypnotique, avec une grâce qu'on ne retrouvera plus à un tel niveau dans les films suivants, aussi bons soient-ils.

 

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