Top horreur n°1 : Psychose

La Rédaction | 29 octobre 2009
La Rédaction | 29 octobre 2009

Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.   

 

1 - Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock

 

 

Patrick Antona :

LE film séminal qui a généré le cinéma d'horreur moderne, et qui, sous une forme d'apparente simplicité, regorge de trouvailles visuelles et narratives qui en font encore maintenant un modèle de l'illustration de la peur, tous médias artistiques confondus.

Laurent Pécha :

Quand une scène de douche continue à autant hanter l’inconscient collectif presque 50 ans après sa première projection, on appelle ça le génie. Et dire que Psychose n’est même pas le meilleur Hitchcock… 

Ilan Ferry :

Un Monument de terreur baroque à la violence psychologique inégalée et insoutenable. Maintes fois imité jamais égalé, Psychose fait partie de ces chefs d’œuvre dont le seul souvenir évoque aujourd’hui encore maintes sueurs froides.

Sandy Gillet :

Une scène devenue patrimoine du cinéma mondial, un film rentré dans l’imaginarium collectif, un cinéaste virtuose au sommet de son Art. Psychose ou l’alchimie parfaite du chef-d’œuvre.

 

C'est un type du nom de Ed Gein, né en 1906, qui fut sans le savoir à l'origine de l'un des plus grands chefs d'oeuvre de l'histoire du cinéma (et accessoirement numéro 1 de notre classement). Surnommé Le boucher de Plainfield, Gein était un tueur en série nécrophile condamné pour "seulement" deux meurtres mais en ayant sans doute commis beaucoup plus si l'on en croit les restes de corps retrouvés chez lui. L'élément ayant apparemment déclenché la folie meurtrière de ce vieux garçon fut la mort de sa mère, qui survint alors qu'il avait 39 ans. C'est de son histoire que s'inspira Robert Bloch pour écrire un roman nommé Psycho en 1958 ; pour la petite histoire, Ed Gein est également cité comme inspiration par les auteurs de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper) et Le silence des agneaux (Thomas Harris).

Désoeuvré après le tournage de La mort aux trousses, Alfred Hitchcock entendit parler du livre par le biais de critiques journalistiques, en dégota un exemplaire à l'aéroport de New York, le lut dans l'avion qui le ramenait à Londres, et appela sa secrétaire dès son arrivée sur le sol anglais pour lui annoncer qu'il avait trouvé le matériau de son prochain film. Un an plus tard, les droits du roman réglés (9.000 dollars, une paille) et l'adaptation rédigée par Joseph Stefano, le tournage de Psycho (ajoutez le -se pour le titre français) était lancé. Auparavant, il avait tout de même fallu virer un premier scénariste dont le travail était trop ennuyeux.

La grande idée du scénario (s'il fallait n'en retenir qu'une, en tout cas), c'est la façon dont il éclate littéralement en son milieu, l'issue de la fameuse scène de la douche imposant un changement inattendu de personnage principal. Le film suit d'abord Marion Crane, secrétaire en fuite après avoir piqué 40 000 dollars à son patron, qui se réfugie dans un motel pour la nuit ; sa rencontre avec Norman Bates, qui gère l'endroit avec sa mère, finira malheureusement par lui être fatale. La deuxième partie place alors sur le devant de la scène Sam Loomis, l'amant de Marion, et Lila Crane, la soeur de celle-ci, qui finiront par rejoindre le motel Bates pour y mener l'enquête. Dès l'écriture, Hitchcock et Stefano eurent l'idée de faire appel à une actrice extrêmement connue pour incaner Marion, solution idéale pour déstabiliser le spectateur, à la fois surpris et horrifié de voir une telle star disparaître au beau milieu d'un film. Hitchcock débaucha donc Janet Leigh, alors au sommet de la vague puisque sortant entre autres de La soif du mal d'Orson Welles

Le rôle de Norman Bates, le psychopathe de service, fut confié à Anthony Perkins à la surprise générale. Dans le roman, Bates était en effet un homme extrêmement gras et alcoolique ; en engageant un homme au physique avenant et à l'air rassurant (au départ en tout cas), Hitchcock s'assurait une nouvelle fois de favoriser l'effet de surprise et de préserver une partie du suspense. Lorsque Marion arrive au motel Bates, lui coller un poivrot obèse dans les pattes aurait sans doute nui à l'intrigue... Le réalisateur mit sa légendaire méticulosité au service du film, dans le choix des décors comme dans celui des accessoires, fit ajouter des clauses de confidentialité à tous les contrats, refusa de livrer le moindre synopsis avant la sortie du film. Autre décision qui entretient aujourd'hui encore la légende du film : à la sortie de Psychose en 1960, il fit afficher dans tous les cinémas la mention suivante : « Personne, absolument personne, ne sera admis dans le cinéma après le début d'une séance de Psychose. Ne vous attendez pas à être admis après le début du film. Personne, absolument personne, ne sera admis pas même le frère du directeur, le président des États-Unis ou la reine d'Angleterre (Dieu la bénisse) ! ». Règle qui fut appliquée à la lettre, des journalistes un rien vicieux (pléonasme) ayant tenté en vain d'entrer dans la salle après le début.

La scène la plus célèbre de Psychose est justement celle où Marion Crane est frénétiquement poignardée dans sa douche. Hitchcock la tourna en 7 jours, au rythme de 10 plans par jour de tournage, le tout pour une durée finale de 45 secondes. Dans le livre, Marion finit carrément décapitée, mais le cinéaste souhaitait ne pas faire un film trop impressionnant - c'est d'ailleurs comme cela qu'il justifie le choix du noir et blanc. Au final, la scène de la douche a tout de même passé l'envie de se laver à des millions de gens, mais bref. Hitchcock, qui ne disposait pas d'un story-board précis, demanda à monsieur Saul Bass de se charger du découpage de la scène. Janet Leigh passa donc le tiers de son temps de tournage sur un morceau de plateau de 15 mètres carrés, à se savonner vigoureusement avant de ployer sous les coups de poignard. Lors de la préparation de la scène, un mannequin fut engagé afin de déterminer l'épaisseur du rideau et le débit d'eau nécessaire pour que le corps nu de l'actrice n'apparaisse jamais vraiment. Le reste est affaire de technique : du coulis de chocolat pour le sang - en noir et blanc, ça passe -, un couteau planté dans un melon pour le bruit - pour l'anecdote, c'est John Woo qui le possède aujourd'hui -, et l'affaire est dans le sac. La scène, bien que compliquée à tourner dans un si petit espace, fut mise en boîte sans encombre ; finalement, Hitchcock ne retira qu'un plan par rapport à ce que Bass avait proposé : LE plan faisant apparaître les fesses de Marion.

Convernant la bande originale, Hitchcock travaillait pour la sixième fois avec Bernard Herrmann, lequel a innové en proposant une musique uniquement composée de cordes. C'est à peu près invérifiable, mais il semblerait que ce soit la première bande originale présentant cette caractéristique. Elle concourt en tout cas à faire de Psychose un sommet d'effroi, d'autant plus perturbant qu'il n'obéit à aucun code du genre. Rien, absolument rien n'est dans la norme. Ni ce tempo étrange, qui laisse Marion Crane prendre son temps, louer une voiture, dîner avec Bates avant que les choses ne s'accélèrent. Ni l'étrange psychopathe incarné par Perkins, mielleux, grotesque et flippant. Les morts se suivent mais ne se ressemblent pas - au meurtre ultra réaliste de Marion succède celui, plus fantasque, du détective Arbogast - sans égratigner pourtant la cohérence visuelle de l'ensemble. Et même la résolution, très explicative et effectuée dans un calme relatif, reste éminemment inquiétante et totalement perturbante. On pourrait analyser Psychose outre mesure, sauf que les sensations procurées sont de l'ordre de l'indicible, ce qui concourt sans doute à sa réussite éclatante. Certaines techniques ont beau avoir vieilli en un demi-siècle, il reste toujours aussi impressionnant, de par la maestria totale dont fait preuve Hitchcock. Le talent ne s'explique pas. Ce qu'Anthony Perkins n'a apparemment pas bien compris


Car le pauvre bougre eut la mauvaise idée de reprendre son personnage à 2 reprises, d'abord en 1983 (pour un Psychose 2 à succès, qui oppose un Bates sorti de l'asile et une Lila Crane déterminée à l'y renvoyer), puis en 1986 pour le bide Psychose III, qui replace une fois encore Norman Bates au sein du fameux motel. Il y eut aussi le téléfilm Bates Motel, cette fois interprété par le type qui doublait Perkins dans les films précédents, mais dont le véritable héros est le compagnon de cellule de Norman Bates... Bref, du grand n'importe quoi. Plus intéressant en revanche, le projet de remake opéré par Gus van Sant en 1998. Le réalisateur refit le même film plan par plan, ne cherchant jamais à faire mieux qu'Hitchcock, à réactualiser effets et mise en scène ou à moderniser la direction d'acteurs. Seules quelques micro-variations, forcément voulues vu la précision du reste, émaillent cette quasi photocopie qui servit de modèle, quelques années plus tard, à un Michael Haneke qui refit son propre Funny games au plan près. Mais, malgré tout le bien que l'on peut penser de Gus van Sant, son projet apparaît bien vain tant le Psychose de sir Alfred apparaît comme un monument indépassable, un sommet d'effroi hors du temps et des conventions, que seul un génie absolu pouvait enfanter.

Thomas Messias

 

Retrouvez l'intégralité de notre classement ci-dessous et en cliquant sur les images, vous pouvez accéder à nos articles sur les films respectifs. Bonne lecture !

 31  30  29
 

  Hurlements (1981)

 Le Projet Blair Witch (1999)

 The Descent ( 20005)


 28

 27

 26

 
 
 

 Hellraiser (1987)

 Le Masque du démon (1960)

 Candyman (1992)

 

 25

24 

 23

 
 
 

Re-Animator (1985)

Ring (1998)

Le Loup-garou de Londres (1981)

22

21

20

 
 
 

 Carrie au bal du diable (1976)

 La Féline (1942)

 Les Griffes de la nuit (1985)

 

19

18

17

   

 Le Cauchemar de Dracula (1958)

 Suspiria (1976)

La Fiancée de Frankenstein (1935)

 

16

15 

14

 

 Evil dead (1981)

 Les Yeux sans visage (1959)

 La Mouche (1986)

 

13

12

11

 
 

Rosemary's baby (1968)

Nosferatu (1922)

Les Innocents (1961)

 

10
9
8

Massacre à
la tronçonneuse
(1974)

La Maison du diable (1963)

Halloween (1978)

 

7

6

5

     
 La Nuit des morts-vivants (1968)  L'Exorciste (1973)  Shining (1980)

 

4

3

2

     
 Les Dents de la mer (1975)
 The Thing (1982)
 Alien (1979)

 

1

 
 Psychose (1960)

 

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