Notre Tarantino préféré

Laurent Pécha | 16 janvier 2013
Laurent Pécha | 16 janvier 2013

Pour la sortie de Django unchained ce mercredi 16 janvier, Ecran Large rend hommage à Quentin Tarantino en recyclant un vieux dossier (publié à l'époque de la sortie de Inglourious basterds) et en le modernisant avec les participations des membres de la rédaction qui sont arrivés entre temps. Soit un paquet de jeunes femmes. C'est Quentin qui serait content !

Si à l'époque, c'était Pulp fiction et Jackie Brown qui menaient la danse dans nos films préférés du cinéaste, la donne a changé presque 4 ans plus tard puisque ce sont tous ses autres films qui sont, au moins, cités deux fois. L'avantage : tous les films de Tarantino ont désormais le droit à un coup de projecteur. Découvrez notre sélection en détails ci-dessous.

 

Aude Boutillon : Reservoir Dogs

Fut un temps, Quentin la Crapule n'avait pas encore abreuvé son public jusqu'à plus soif de tics de réalisation et obsessions à peine digérées. Ce temps, c'est celui de la découverte d'un talent vif, maniaque, rongé par les influences. C'est celui de Reservoir Dogs, de ses interminables digressions verbeuses encore inédites, de ses protagonistes iconiques, de ses ellipses futées et de sa hantise de l'approximation. Et puis c'est surtout celui du casting masculin le plus érectile des 90's.
 
 
 

Perrine Quennesson : Boulevard de la mort

Même si Tarantino lui-même le considère comme son moins bon film et qu’il ne s’agit d’ailleurs pas de son meilleur, il fallait faire un choix. Et dire quel film de Quentin Tarantino est supérieur aux autres revient, pour moi, à me demander qui je préfère entre mon père et ma mère. Il me fallait donc une autre raison : Boulevard de la mort a été une prise de conscience. Si dans Inglourious basterds et Django unchained, il est clair que QT venge les opprimés de l’histoire en réalisant leurs fantasmes, ça l’est moins sur ses films précédents. Et pourtant, de Reservoir Dogs à Boulevard de la mort, Tarantino s’occupe du cas des femmes, êtres placés sous une dominance masculine depuis toujours. Au fur et à mesure de ses longs-métrages (jusqu’à Boulevard de la mort), il affirme l’égalité de la femme (voire sa supériorité) en partant d’une situation où elle n’existe pas (juste mentionnée), puis en lui faisant prendre de plus en plus de place, jusqu’à supplanter l’image de l’homme dominateur par un coup de talon vengeur. Quentin, un misogyne ? Je ne crois pas non.

 

Damien Virgitti : Kill Bill - Volume 2

Bien avant Django unchained, Tarantino prouvait qu'il était très à l'aise dans le genre du western à travers le deuxième volet de son diptyque Kill Bill. En prenant place dans les paysages désertiques chers à Sergio Leone, Tarantino instille à son film toute la dimension romantique qui en découle et en fait plus qu'une simple suite. Ici, les personnages délaissent leur dimension archétypale du premier volume et gagnent en humanité : La Mariée, dont on connaît ici la véritable identité, n'est plus qu'une simple tueuse et est soudain confrontée à son destin de femme et de mère, tandis que le Bill du titre n'apparaît plus comme juste l'homme à abattre mais un tueur mélancolique qui aime à deviser sur la dualité de Superman. Et jusqu'au face à face tant attendu, le réalisateur ne perd pas son temps pour nous alimenter en scènes cultes, du duel au sabre avec Daryl Hannah à une libération mystique d'outre-tombe de l'héroïne (claustrophobiques, s'abstenir). L'un des premiers films du réalisateur où, au delà de l'hommage, on peut soudain sentir tout l'amour qu'il porte à ses personnages. "Bang, bang, he shot me down!". La chanson d'ouverture de Nancy Sinatra ne nous avait pas menti en tant que spectateur. "Bang, bang, I hit the ground!".
 

 

Nicolas Thys : Inglourious basterds

Parce que de film en film, Tarantino va de plus en plus loin dans l'horreur, l'absurde et repousse ses propres limites. Et cet opus est pour le moment le plus intense, s'amusant avec le cinéma Bis pour en faire quelque chose de plus maîtrisé mais tout en gardant en tête les parties les plus caricaturales et les plus fortes de ce genre de film. Les acteurs, l'action, jusqu'au détournement de l'Histoire elle-même : tout flambe dans une débauche d'énormités totalement jubilatoire. Gros, gras mais terriblement bon ! 

 

Patrick Antona : Kill Bill Volume 1 et Kill Bill - Volume2 (les 2 sont indissociables)

Le cinéaste cinéphile par excellence, celui qui a réinventé le cinéma de genre dès son premier opus Reservoir Dogs, rend un superbe hommage, des plus respectueux et en rien servile, à ces genres nobles du cinéma que sont le kung-fu movie, le chambara et le western in fine dans cette saga vengeresque illuminée par une Uma Thurman portée au pinacle. Morceaux de bravoures,  répliques  ciselées, délires gore et moments de grâce se succèdent dans ce véritable opéra qui bouscule et enchante à la fois, et qui gardent toute leur « fraîcheur » malgré le nombre  de visionnages que j’ai pu faire de ces deux merveilles de cinoche. Qui plus est, le plaisir immédiat en tant que spectateur est multiplié par celui du fan-film de base qui sait que la réussite de cette œuvre  met un coup de projecteur positif  sur des films que d’aucuns considéraient comme mineurs  (Lady Snowblood, Le dernier face à face) et qu’autour de cela se recrée toute une dynamique de cinéma des plus salutaires. Un peu comme si, tel un nouveau Messie, Tarantino nous faisait redécouvrir la foi en un certain cinéma, foi que l’on ne peut plus abjurée sous peine de se prendre un bon coup de katana.

 

Mélissa Blanco : Boulevard de la mort

C'est parce qu'il arrête de se cacher derrière une ou plusieurs intrigues que Quentin Tarantino fait dans l'efficacité. Boulevard de la mort, ce projet fou devenu film à part entière, cet hommage sans limite au cinéma bis est aussi, à bien des égards, celui qui ressemble le plus à son réalisateur: simple et expéditif, aussi fun qu'expérimental. S'il va droit au but côté intrigue (un tueur en voiture pourchasse des jeunes filles), Quentin Tarantino livre pourtant son film le plus théorique. Deux films en un et un travail sur la répétition osé... pour un plaisir décuplé. Décomplexé, girly et burné !

 

Vincent Julé : Pulp Fiction

Parce que je fais attention quand je prends un dos d'âne en bagnole, parce qu'à l'époque mon père a fait avance-rapide sur la scène de viol, parce que t'as l'air toujours con quand tu veux imiter Travolta sur la piste de danse mais tu peux pas t'en empêcher, parce que tu te surprends des années après un soir où tu te fais chier à vouloir remettre le film dans le bon sens, parce que maintenant j'ai peur des piqûres mais pas de la drogue, parce qu'il est sorti au Canada sous le titre Fiction pulpeuse, parce que j'en peux plus d'entendre Misirlou, parce que Vincent Vega, c'est moi... 



Sandy Gillet : Jackie Brown

Le plus mature, le moins tape à l'œil et celui qui en dit le maximum sur l'univers cinématographique du bonhomme (ses influences et sa façon de travailler). Dans l'absolu un must ! 

 

Stéphane Argentin : Kill Bill Vol 1

Véritable « movies digest » de Quentin Tarantino, Kill Bill Vol 1 est à ce jour le film le plus homogène, complet et jouissif du cinéaste.

 

 

Laurent Pécha : Inglourious basterds

Du point de vue pûrement jouissif, mon choix se porterait sur Kill Bill volume 1 à l'image d'une dernière demi-heure anthologique mais j'opte pour la fraicheur d'Inglourious basterds, extraordinaire déclaration d'amour à la toute puissance du cinéma par le plus cinéphiles d'entre tous les cinéastes.

 

Didier Verdurand : Reservoir dogs

Rien de plus jouissif qu'un premier film d'un futur « génie » du 7è Art. A l'époque, une claque instantanée. Depuis, personne n'ose dire à Tarantino de couper ses scènes de bavardage et c'est bien regrettable... Reservoir dogs dure 1h de moins que Inglourious basterds ! Certes on ne va pas juger un film sur sa durée mais il y a une frontière entre se faire plaisir et penser au spectateur. Visiblement, Tarantino s'en moque de plus en plus.   

 

 

 

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