Les 10 meilleurs polars asiatiques

Vincent Julé | 23 mars 2009
Vincent Julé | 23 mars 2009

A l'occasion de la sortie de The Chaser et du grand retour de John Woo, Ecran Large a voulu vous proposer le meilleur du polar asiatique. Une mission quasi impossible, surtout si vous demandez une liste informelle à Patrick Antona. Du japonais La marque du tueur (Seijun Suzuki, 1967) au hongkongais SPL (Wilson Yip, 2005), les films se multipliaient à chaque minute de réflexion. Le Top 10 devenait un Top 20 puis 50. Même après s'être décidé sur cette période où le polar asiate a opéré un virage hard boiled, soit des années 80 à aujourd'hui, nous n'étions pas plus avancés. Dans ces cas-là, un simple coup de fil au chef Laurent Pécha suffit à remettre les pendules à l'heure : « Bah, tu me mets du Park Chan-wook, du Tsui Hark, du Kitano avec Sonatine... Shiri, c'est bien aussi... et Full Contact ». De là à ce qu'il croit qu'il s'agit du Jean-Claude Van Damme et non du Ringo Lam. Toujours est-il qu'avec l'aide de tous les rédacteurs, voici notre liste non exhaustive, personnelle, biaisée et alphabétique.

 

 


 

 

A bittersweet life de Kim Jee-Woon (Corée du Sud, 2004)

Résumé : Un chef de gang suspecte sa petite amie Hee Su d'avoir une liaison avec un autre homme. Il demande à son bras droit, Sun Woo, de suivre Hee Su et de l'éliminer s'il la surprend en galante compagnie.

 

S'il n'est pas l'un des meilleurs, le polar de Kim Jee-Woon est l'un des plus symboliques. Il représente en effet un condensé, une synthèse de ce qu'a été le film noir au gré des années et des bobines. C'est la marque de fabrique du réalisateur. Tel un presse-citron, il se débarrasse de toutes les fioritures et autres artifices pour ne garder que l'essence du genre. Il l'a d'ailleurs aussi fait avec l'horreur dans 2 sœurs et le western dans Le bon, la brute et le cinglé. A bittersweet life est ainsi droit, direct, désespéré.

 

 

 

Bullet Ballet de Shinya Tsukamoto (Japon, 1998)

Résumé : Jeune cadre falot, Goda apprend un jour que son amie s'est suicidée à l'aide d'un revolver. Errant ivre mort dans un quartier mal famé de Tokyo, il rencontre Chistato, jeune femme énigmatique attirée par la mort. Elle est membre d'un gang qui humilie Goda et le passe à tabac. Pour lui, l'obtention d'un revolver devient alors une véritable obsession. Mais ses tentatives maladroites ne lui apportent qu'humiliations et coups, jusqu'au jour où le hasard met entre ses mains un revolver.

 

Noir, très noir... et blanc. Si Shinya Tsukamoto a travaillé le corps comme personne dans le cyberpunk Tetsuo, Bullet Ballet en est le pendant réaliste, social, urbain et humain. Toujours impliqué jusque dans sa chair (acteur, réalisateur, monteur, directeur photo), ce fou furieux se consume toujours plus à chaque plan, où l'expérimentation le dispute à la virtuosité. Peut-être son film le plus personnel... avant le prochain The Bullet Man !

 

 

 

 

Full contact de Ringo Lam (Hong-Kong, 1992)

Résumé : Afin d'aider un ami à régler une dette de jeu, Jeff est obligé de travailler pour la police. Mais les choses tournent mal. Craignant des représailles, Jeff et son ami sont obligés de fuir et de se cacher. Quand Jeff apprend qu'on lui ment depuis le début, une incroyable envie de vengeance le prend.

 

Un trio d'acteurs (Chow Yun Fat, Simon Yam, Anthony Wong), une ville (Bangkok) et surtout une catégorie (III). Avec ce polar violent, déviant, vulgaire et surréaliste, un des piliers du genre Ringo Lam (City on Fire, Prison on Fire) atteint une sorte de quintessence de la Cat III, fun et décomplexée. Il détourne chaque code, jusqu'à la limite du bon goût, fait de ses héros des générés et transforme son film en vrai jeu de massacre. Ce qui n'empêche pas les coups de génie, comme cette scène de bullet time avant l'heure. Full Contact fonce dans le mur... et le défonce avec plaisir.

  

 

The Killer de John Woo (Hong-Kong, 1989)

Résumé : Comment un tueur à gages, décidé à changer de vie va, lors de son dernier "contrat", provoquer la cécité d'une jeune chanteuse. Pour trouver l'argent nécessaire à l'opération de la jeune femme, il accepte un autre contrat.

 

Avec John Woo, il y a deux écoles. Ceux pour qui son meilleur film est A toute épreuve, et les autres pour qui c'est The Killer. S'ils se mettront d'accord plus tard avec Volte Face (et pas sur Mission : Impossible 2 bizarrement), il fallait pourtant faire un choix pour ce meilleur du polar asiatique. Et c'est bien parce que The Killer n'est pas simplement un polar ou un film d'action qu'il a été choisi. La violence y est transfigurée tour à tour en tragédie, western, film d'auteur,  comédie musicale et finalement œuvre unique et culte.

 

 

 



 

The Longest Nite de Patrick Yau (Hong-Kong, 1997)

Résumé : Deux puissants gangs s'affrontent dans Macao, laissant les rues jonchées de cadavres. Tony, un tueur au crâne rasé arrive en ville et se trouve confronté à Sam un flic corrompu qui tente malgré tout d'assurer un minimum d'ordre...

 

C'est de notoriété publique, The Longest Nite est moins un film de Patrick Yau que de Johnnie To. Et c'est peut-être même son meilleur. Véritable diamant noir, ce polar fait preuve d'une ultra violence de tous les instants : graphique, brutale, étouffante et foutrement belle.  Le spectateur a la tête maintenue sous l'eau pendant 1h20, qui en paraissent le double ! Un film fou et libre, qui tient aussi son caractère unique dans le fait qu'il fait suite directe à la rétrocession de HK à la Chine et ne semble alors appartenir à aucune des deux époques.

 

 

Memories of murder de Bong Joon-ho (Corée du Sud, 2003)

Résumé : En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée et assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. La rumeur d'un serial killer grandit, et une unité spéciale est créée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...

 

Avant le Zodiac de David Fincher, Bong Joon-ho opère lui aussi un démontage en règle du polar, ses codes et ses enjeux. Entre la virtuosité de la mise en scène et la distance de la thématique, il réalise presque une parodie, mais qui fait moins rire que mal, très mal même. Une déprogrammation du genre aussi fascinante que glaçante.

 

 

 



 

Police Story de Jackie Chan (Hong-Kong, 1985)

Résumé : Policier assoiffé de justice, l'inspecteur Chan met tout en œuvre pour arrêter un des boss des Triades, Chu Tu, quitte à démolir tout un quartier. Suite à cette opération spectaculaire, Chu Tu est arrêté avec sa secrétaire Salina ; cette dernière devient le témoin clé du procès du mafieux et est placée sous la garde de l'inspecteur Chan ce qui n'est pas du goût de sa petite amie, May. Libéré sous caution, Chu Tu va alors mettre un contrat sur l'inspecteur Chan et Salina...

 

Si Jackie Chan nous faisait marrer à se vautrer dans les génériques de fin de Sammo Hung et pleurer à enfiler un Smoking, un Médaillon ou Chris Tucker, il ne faut pas oublier qu'il est un cascadeur et réalisateur de talent. Avec Police Story, il arrête de faire le clown et devient un vrai action man brutal et intense. En une poignée de scènes spectaculaires et emblématiques, il dynamite tout, que ce soit un bus, un supermarché ou un bidonville avec des voitures lancées à toute allure. Bien sûr, il ne peut s'empêcher de quelques écarts comiques, aidé par le bagout et la fraîcheur de la débutante Maggie Cheung, mais sans jamais parasiter un récit sur la corde raide. Après deux suites en 1988 et 1992, Jackie Chan tournera New Police Story en 2004 comme pour se laver de ses affronts américains. Et comme il y a encore du boulot, il est attendu de pied ferme avec L'incident de Shinjuku de Tung-Shing Yee.

 

 

Sympathy for Mister Vengeance de Park Chan-wook (Core du Sud, 2002)

Résumé : Ryu est un ouvrier sourd et muet, dont la soeur est en attente d'une opération chirurgicale. Son patron, Dong-Jin, est divorcé et père d'une petite fille. Yoong-Mi, la fiancée de Ryu, est une activiste gauchiste. Lorsque Ryu perd son emploi et voit diminuer les chances d'opération de sa soeur, elle lui propose de kidnapper la fille de Dong-Jin. La rançon obtenue servirait à pouvoir soigner la soeur de Ryu. Mais le plan parfait tourne à la catastrophe.

 

Bien que beaucoup considèrent Old Boy comme le chef d'œuvre de Park Chan-wook, c'est aussi le film où il montre ses premières limites qui se confirmeront avec Lady Vengeance. Mieux alors (re)voir le premier opus de sa trilogie vengeresse, un film tout sauf sympathique. Car Sympathy for Mister Vengeance est un polar retord, qui n'existe que par ses personnages et leur rencontre. Maladroit, tortueux, radical et donc indispensable.

 

 

 


 

 

 

Time and Tide de Tsui Hark (Hong-Kong, 2000)

Résumé : Tyler, jeune loup hbaitué aux dangers de la rue, a mis enceinte, une femme policier infiltrée. Pour gagner de l'argent rapidement, il devient le garde du corps au service de Hong, un chef de triade. Il s'associe avec Jack, un ancien mercenaire décidé à refaire sa vie avec Hui, la fille de Hong. Mais de guets-apens en trahisons, ils vont se retrouver opposés et entraînés vers une confrontation mortelle.

 

Il suffira d'un souvenir, d'une scène, d'une image. Des câbles, une façade d'immeuble et des hommes qui la dévalent dans un ballet étourdissant. Jamais une ville n'avait été filmée comme ça. Jamais l'action n'avait été mise en scène comme ça. Jamais le spectateur n'avait vu ça.

 

 

Violent Cop de Takeshi Kitano (Japon, 1989)

Résumé : Azuma, un policier individualiste et taciturne découvre qu'un gang de yakuzas est responsable de la mort de son meilleur ami et du viol de sa jeune sœur. N'hésitant pas utiliser la violence pour faire respecter sa loi, il se retrouve aux prises à la fois avec sa hiérarchie et un gang dirigé par le truand Kiyohiro.

 

Si Sonatine ou Hana-Bi ont plus sur leur place dans un Top Kitano, Violent Cop n'en reste pas moins à l'origine de tout. Alors qu'il ne devait que tenir le rôle principal, Beat Kitano se retrouve, à la suite de la défection du réalisateur, à le mettre en scène. Lui qui avoue ne rien connaître au cinéma, et n'avoir vu que quelques films, transforme un polar classique en portrait d'antihéros et débarque sur le plateau bille en tête. Pas de chichi, des plans fixes, tranquilles, silencieux et une violence qui implose ! « La violence est comme la comédie : elle arrive soudainement, nous surprend, sans nous avertir. Je pense qu'il est plus effrayant de voir le poing que celui qui est frappé. »

 

 

Dossier réalisé par Vincent Julé et Patrick Antona.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire