Le top des frères Coen

Jean-Noël Nicolau | 4 décembre 2008
Jean-Noël Nicolau | 4 décembre 2008

A l'occasion de la sortie de A serious man, retour sur la filmographie unique en son genre de Joel et Ethan Coen. Humour très noir, regard ironique et désenchanté sur la nature humaine, hommages au cinéma hollywoodien de l'âge d'or et surtout galeries de personnages inoubliables font de leurs films des objets cultes et intarrissables

 

 

1-

 

Fargo (1996) 

 

Histoire de se faire pardonner le léger faux-pas du Grand saut, les Coen reviennent à ce qu'ils font de mieux : le thriller décalé. Pour la première fois, et ce ne sera pas la dernière, ils se repenchent sur Sang pour sang pour l'adapter à de nouveaux personnages et à un nouveau polar improbable. Médiocrité et méchanceté s'épanchent dans les paysages enneigés, mais l'humour fait passer la pilule. La femme-flic enceinte, incarnée  par Frances McDormand, est l'un des personnages les plus extraordinaires jamais brossés par le duo. Leur meilleur film ? A la rédaction d'Ecran Large c'est ce que nous pensons. Yah !

 

 

2-

 

  Miller's crossing (1990)

 

Pour les fans, c'est le trésor caché de la filmographie des Coen Bros. Pour un nombre conséquent de cinéphile, c'est même leur chef-d'œuvre, qui réunit toute la force de leur style dans un univers cohérent et touchant. Juste avant la reconnaissance de Barton Fink, c'est avec Miller's crossing que les Coen s'imposaient comme des auteurs à part entière. L'équilibre entre drame, humour, violence, détails absurdes et hommage au film noir est si brillant que l'on peut facilement s'incliner. Parfois un peu oublié, Miller's crossing possède pourtant l'aura des œuvres juste assez humbles et imparfaites pour être les plus attachantes.

 

 

3-

 

  The Big Lebowski (1998)

 

Pas le meilleur film des deux frangins mais certainement le plus culte (ce qui n'est pas peu dire). La galerie de personnages qui se dévoile dans The Big Lebowski est la plus attachante de leur filmographie. Le Dude, en particulier, est devenu un modèle de coolitude déjantée, revendiquée par toute une génération. Répliques à reprendre en toutes circonstances ("This agression will not stand, man !"), scènes entières passées à la postérité, surréalisme bon enfant plus accessible que celui de Barton Fink et moins cruel qu'à l'accoutumé, The Big Lebowski est la plus brillante comédie du duo.

 

 

 

4-

 

  No country for old men (2007)

 

En adaptant Cormac McCarthy, les Coen trouvent un auteur à la mesure de leur univers. L'œuvre cinématographique, d'une perfection glaçante, se greffe miraculeusement à la prose extrêmement sombre et désenchantée de l'écrivain. Thriller passionnant, fable métaphysique, tour de force stylistique et festival d'acteurs (Javier Bardem est immense en Terminator disco), No country for old men est le coup de poing de la filmographie des Coen. Plébiscite critique, multiples récompenses et autres Oscars à la clef...

 

 

 

5-

 

  Barton Fink (1991)

 

La première reconnaissance par le grand public de l'oeuvre des Coen n'est pas la moindre. Elle s'avère même unique dans l'histoire du Festival de Cannes car personne avant, ni après eux (et le règlement fut changé en ce sens) ne cumula autant de prix (meilleur acteur, mise en scène et Palme d'Or). Exagéré ? Certainement pas, tant l'étrangeté de Barton Fink, hautement cérébrale, poétique et réfléxive, est un moment clef du travail du duo. John Turturro et John Goodman ("I"ll show you the life of the mind !") y trouvèrent des rôles anthologiques et le nom des Coen devint pour longtemps quasi intouchable et certainement incontournable. Le film est ainsi considéré par beaucoup comme le meilleur du duo.

 

 

6-

 

Sang pour sang (1984)

 

Comme on le dit de certains premiers films : tout est déjà là. La forme sera affinée, la matière refondue, mais l'essentiel s'impose, dans sa brutalité partagée entre hommages et (petite) révolution. La mise en scène glacée et méticuleuse, la cruauté savoureuse, l'absurdité distillée et les personnages incroyables ne se retrouveront finalement avec autant de force que dans No country for old men.

 

 

 

 

7-

 

  Arizona junior (1987)

 

Entamant un mouvement de balancier qui deviendra assez régulier, les Coen passent du très noir à la nuance de gris avec une comédie cartoonesque qui profite des performances de quasi débutants déjà excellents. Nicolas Cage (du temps de sa grandeur), Holly Hunter,  John Goodman ou William Forsythe sont inoubliables. Le côté déjanté, mais néanmoins profond, de l'œuvre permis au Coen de renforcer leur crédibilité et d'étendre un culte déjà très vivace.

 

 

 

8-

 

Burn after reading (2008)

 

Retour vers la comédie, comme une vraie-fausse récréation après l'exploit de No country for old men. Car, malgré son casting qui s'amuse et ses nombreux gags, Burn after reading s'impose comme l'une des œuvres les plus dures et riches des Coen. Satire politique et sociale, thriller disjoncté, parodie méchante, le film fait la part belle aux acteurs mais s'avère bien plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Un culte en devenir.

 

 

 

9-

 

  The Barber : l'homme qui n'était pas là (2001)

Expérience formaliste, The Barber marqua un renouveau créatif dans le cinéma des Coen. Dans une épure minimaliste et lancinante qui n'est pas sans rappeler Barton Fink, le personnage "transparent" incarné par Billy Bob Thornton déroule son histoire. Méticuleux, doucement ennuyeux, vraiment fascinant, The Barber est un bijou esthétique.

 

 

 

 

 

10-

 

  O'Brother (2000)

 

Les Coen s'essaient à la comédie musicale cool et référentielle. Le film est extrêmement joyeux et attachant (et un peu potache) mais vaut au final surtout pour l'arrivée de George Clooney au sein de la bande habituelle. Parfaitement à son aise, l'acteur acquit ici une part de sa crédibilité cinématographique.

 

 

 

 

 

11-

 

  Le Grand saut (1994)

 

Face à une filmographie sans faute et en perpétuelle amélioration, on pardonna à l'époque assez aisément la récréation qu'était Le Grand saut. Il s'agit pourtant de la première déception liée aux Coen et d'une œuvre gentiment indigente même si globalement sympathique. Victime d'un essoufflement conséquent, le film se repose sur ses acteurs sans jamais conquérir vraiment. C'est parfois drôle, joliment filmé, mais facilement oubliable.

 

 

 

 

12-

 

  Intolérable cruauté (2003)

 

Les Coen s'amusent avec leur nouvel acteur fétiche. C'est donc un festival Clooney, parfaitement secondé par une Catherine Zeta Jones à tomber. En bidouillant la comédie romantique à leur sauce, les réalisateurs ne réussissent pas complètement leur coup mais offrent de grands moments virtuoses.

 

 

 

 

 

13-

 

  Ladykillers (2004)

 

Pour beaucoup le plus gros faux-pas des Coen et probablement leur plus mauvais film. En lui-même ce remake de Tueur de dame n'est pas exempt de bons moments, mais on attendait bien mieux d'un sujet au fort potentiel. Tom Hanks n'est pas à son aise et malgré un personnage de mama black truculent et une BO énorme, l'ensemble est un peu trop vulgaire et commun pour du Coen. Une occasion manquée.

 

 

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