Scarlett Johansson - portrait

Thomas Messias | 8 octobre 2008
Thomas Messias | 8 octobre 2008

Ne pas avoir encore fêté ses 24 ans et avoir déjà tourné trois fois avec Woody Allen : c’est l’une des nombreuses gloires de Scarlett Johansson, qui fiche un sérieux coup de vieux aux Mia Farrow, Diane Keaton et autres Judy Davis, actrices ayant eu un temps leur carte de membre chez un réalisateur aimant tourner avec le plus grand nombre de comédiens différents. Faut-il que la demoiselle lui ait tapé dans l’œil pour la voir figurer dans trois de ses quatre derniers films (Le rêve de Cassandre excepté), devenant du même coup le symbole du nouveau départ d’un Woody qu’on disait fini. Elle est canon, elle est talentueuse, elle est polymorphe : le rêve pour un metteur en scène doué et libidineux. Il y a dix ans, on aurait difficilement imaginé que Scarlett Johansson serait la nouvelle muse du cinéaste, ni même le fantasme numéro un des spectateurs mâles.

 

 


 

 

La petite fille aux oreilles décollées

Il faut se méfier du statut d’enfant-star : souvent, nos amis les marmots cabotinent dans un ou deux films, font fondre le cœur des ménagères, sont annoncés comme les vedettes de demain, avant de retomber aussitôt dans un long anonymat. Avec pourquoi pas une lente descente aux enfers dans la drogue, l’alcool ou la déprime (rayez les mentions inutiles). Autant dire que la gamine de 13 ans qui caresse des canassons dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, on n’a guère l’intention de s’y attacher. Assez mimi en dépit de ses oreilles décollées et de sa moue lippue, la petite Scarlett se comporte en vraie pro face à Robert Redford et Kristin Scott-Thomas. De là à en faire une future grande… Et tandis que passe le cap des années 2000, le nom pas commun de la jeune actrice semble amené à tomber dans l’oubli, laissant à jamais Scarlett au haras (rires). Non, l’ado-star du moment, c’est Haley Joel Osment, le nabot dépressif et déprimant de Sixième sens et Intelligence artificielle. Mais les tendances sont faites pour s’inverser, et tandis que le mioche qui voit des morts partout est tombé dans la bibine avant sa majorité, un soleil nommé Scarlett vient pointer le bout de son nez. Timidement d’abord avec le mélo An american rhapsody, dans lequel elle joue une réfugiée hongroise, et The perfect score, teen-movie sympatochement plat qui la voit monter une opération visant à récupérer les solutions du grand examen du lendemain. Après ces quelques hésitations, la suite aurait pu être délicate à négocier. Pas pour Scarlett.

 

 


 

 

Cul culte

 

Utilisons le mot comme il l’est de nos jours, c’est-à-dire n’importe comment : le début du XXIème siècle va faire de Scarlett Johansson une actrice culte, soudain au sommet de la hype alors que personne ne la connaissait quelques mois plus tôt. Ça commence par Ghost world, adaptation réussie du brillant comic de Daniel Clowes par le débutant Terry Zwigoff (jusque là auteur d’un doc sur Robert Crumb). Enid, l’héroïne du film, est jouée par Thora Birch, qui se fait de nouveau remarquer après son rôle dans American beauty. Elle aussi disparaîtra mystérieusement dans le cruel rouleau compresseur qu’est Hollywood. Plus effacé qu’Enid, le personnage de Rebecca est restitué le plus fidèlement du monde par Johansson, applaudie comme ses partenaires par les cinéphiles et les fans de Clowes. Allez hop, culte. Après un second rôle marquant dans The Barber : l'homme qui n'était pas là, bijou retro des frères Coen (elle y propose notamment une prestation orale à Billy Bob Thornton) et une prestation raide comme la justice dans La Jeune fille à la perle, la voici en route vers la gloire. Il suffira d’une culotte rose et très transparente (et du film qui s’ensuit) pour que le patronyme de Johansson soit définitivement considéré comme culte. Deuxième film de Sofia Coppola, Lost in translation confirme le statut d’intouchable de la jeune cinéaste, donne une deuxième vie au grand Bill Murray et fait d’elle à la fois une grande actrice et une bombe à fragmentation. Car celle qui n’était jusqu’ici qu’une ado photogénique et souriante est devenue en un clin d’œil une véritable icône, au-delà du désirable, sexuellement comme cinématographiquement. Dans les années qui suivent, elle prendra d’ailleurs un malin plaisir à se construire une réputation légèrement sulfureuse – sans tomber dans le pathétique à la Lindsay Lohan, professionnalisme oblige. Pourquoi démentir ces rumeurs d’accouplement sauvage avec Benicio del Toro dans les toilettes du Kodak Theater lors de la soirée des Oscars ? Pourquoi ne pas laisser un présentateur vous peloter les seins sur le tapis rouge d’une cérémonie du même genre ? Parce que ça excite ces messieurs, et parce qu’une légère aura de salope ne peut pas faire de mal dans ce milieu.

 

 


 

 

Les affaires sont les affaires

 

Quitte à stimuler la libido des spectateurs et à être le sujet préféré des magazines type FHM, autant tourner aussi dans des films susceptibles de séduire ce genre de public. Quoi de mieux qu’une virée chez Michael Bay, surtout si celui-ci met des neurones dans son scénar ? Qui plus est, avec The Island et son histoire de clones, on a droit à deux Scarlett pour le prix d’une. Le succès n’est pas aussi éclatant que prévu, mais la belle continue de faire parler d’elle, multipliant les partenariats commerciaux avec les plus grandes marques, couturiers comme horlogers. Et parce qu’il ne faut négliger aucun spectateur, la voilà qui tourne une (bonne) comédie dans le bien nommé En bonne compagnie, un (pas mauvais) drame avec le peroxydé John Travolta dans Love song, un (excellent) film de genre avec la bande des Chris (Bale et Nolan) dans Le Prestige. Des choix de carrière judicieux et sans frime, qui en font une actrice exigeante avec elle-même et avec les autres. Pas question de se bimboïser à l’extrême et de montrer sa généreuse poitrine dans le premier film venu : Scarlett joue de ses différents atouts avec une parcimonie rare pour une jeune femme de cet âge. Amoureuse enflammée dans Le Dahlia noir, vamp bien trop impressionnante pour le maigrichon Josh Hartnett, elle est capable de s’assagir totalement dans le film suivant (il n’y a qu’à voir le timoré Journal d’une baby-sitter, dans lequel son personnage est d’une rare fadeur). Arriver à dissimuler son sex-appeal naturel derrière un rôle : il faut bien du talent pour y parvenir, et Johansson en a à revendre.

 

 


 

 

La clé Allen

Et puis vient la rencontre avec le vieux Woody, éreinté par les critiques en raison de pondaisons laborieuses. Sa grande remise en question et son désir de nouveau départ coïncident comme par enchantement avec l’arrivée parmi les actrices qui comptent de Scarlett Johansson, qu’il engage pour le british Match point. Lorsqu’elle apparaît, bien droite derrière une pauvre table de ping-pong, on comprend qu’une nouvelle femme fatale est née. Fatale au héros du film (?) ainsi qu’à nous autres, mais partie intégrante du succès de ce qui était alors le film le plus sexy de son auteur. Féline et cérébrale, c’est un poison pour tous les couples et une actrice innée. Elle montrera son talent dans d’autres registres avec Scoop, sa deuxième collaboration avec le réalisateur, où son personnage nettement plus sage rappelle la Mia Farrow de l’ancien temps. Sauf que Mia Farrow ne fait pas hurler au loup dès qu’elle approche d’une piscine dans son maillot de bain rouge. Sacré Woody, qui exauce enfin son fantasme de femme coincée mais sacrément bonnasse malgré elle. Dans Vicky Cristina Barcelona, il ne lui faudra que peu de temps avant de s’abandonner aux bras de Javier Bardem, puis aux lèvres de Penélope Cruz. Outre un regain d’inspiration, Woody Allen a également trouvé un bon filon : du cinéma intello, bobo et sexy, capable de toucher plusieurs publics à la fois. Tant mieux pour lui, et pour nous. On devrait encore en prendre plein les mirettes dans les prochains films de la belle, The Spirit et Ce que pensent les hommes : dans le premier, elle côtoiera Eva Mendes ; dans le second, elle sera tout simplement entourée de Jennifer Aniston, Drew Barrymore et Jennifer Connelly. Groovy, baby.

 

 

 

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