Coluche - L'histoire du mec

Lucile Bellan | 25 septembre 2008
Lucile Bellan | 25 septembre 2008

Coluche, de son vrai nom Michel Colucci, est né le 28 octobre 1944 à Paris et décédé le 19 juin 1986 à Opio d'un accident de moto. Deuxième enfant de la famille, le petit Michel ne connaît quasiment pas son père car celui-ci, peintre en bâtiment originaire d'Italie, décède d'une poliomyélite en 1947. Sa mère, surnommée Monette, se retrouve donc à gérer seul la petite famille avec son maigre salaire de fleuriste. Le jeune garçon grandit donc entouré d'une famille aimante mais ne semble pas fait pour une vie classique. Pourtant habitué à la pauvreté, il ne se décide pas à trouver un travail sérieux. Il enchaîne donc les petits boulots, d'où il se fait régulièrement virer, puis l'armée, où il fait de la prison pour insubordination, et enfin il travaille avec sa mère comme fleuriste, un job qu'il quitte car peu excitant ce qui a le don d'exaspérer sa mère.

 


 

A la fin des années 60, Michel décide de se lancer dans la musique. Tout d'abord chanteur aux terrasses des cafés, il reprend les titres de Boby Lapointe à George Brassens en passant par Boris Vian accompagné de deux amis. Comme il n'est pas très doué, il décide à cette période de se reconvertir dans la comédie. En parallèle d'un petit boulot de plongeur en cuisine, il se produit sur la scène d'un cabaret du quartier de la Montagne Sainte Geneviève à Paris, Chez Bernadette. Il y rencontre Georges Moustaki qui, tombé sous son charme, l'héberge et le soutient financièrement. Il travaille ensuite au cabaret La méthode, rue descartes, en tant que barman et régisseur. C'est ici qu'il fera une rencontre qui changera sa vie avec Romain Bouteille, acteur et humoriste, qu'il présentera toute sa vie comme son modèle.

 

 

Ensemble, ils fondent le 12 juin 1969 le Café de la Gare, endroit d'où débuteront une pléiade de comédiens devenus célèbres : Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko et Gérard Jugnot. Le premier sketch de Coluche, « c'est l'histoire d'un mec », tourne en dérision la difficulté de raconter une histoire drôle mais surtout crée un personnage encore inconnu du grand public : le gentil mais bête monsieur tout le monde, raciste de circonstance. Le succès est au rendez vous et ne fera que croître. Pourtant la grossièreté du monsieur fâche déjà certains et même si lui la revendique, il se défend de n'être jamais vulgaire. Malgré le succès populaire, Coluche tombe dans l'alcool et ses accès de violence l'obligent à quitter la troupe en 1970. En octobre 1971, Jacques Martin le recommande pour l'émission télévisée Midi magazine avec Danièle Gilbert, qui ne tient pas plus de cinq jours. En novembre de la même année, il fonde une autre troupe, Le vrai chic parisien et y rencontre sa femme, Veronique Kantor, qui lui donnera deux fils.

 

 

Pendant deux semaines entre février et mars 1974, Coluche monte sur la scène de l'Olympia pour le spectacle Mes adieux au Music Hall, où il enfile pour la première fois la salopette à rayures bleues et le tee-shirt jaune qui deviennent sa marque de fabrique. La galerie de portraits qu'il interprète est truculente de méchanceté et de bêtise, des personnages comme il les aime (détester). En 1975, son succès ne se dément pas pendant qu'il tourne dans toute la France et que sa parodie du Schmilblick passe sur les ondes. A partir de 1978, il se voit offrir une tribune radiophonique pour ses délires, On n'est pas là pour se faire engueuler sur Europe 1 avec Gérard Lanvin, mais ses propos sur la mort du Pape le font renvoyer un an plus tard. Même topo sur RMC où il tient moins de deux semaines à cause d'un « Bonjour, nous sommes en direct du rocher aux putes ».

 

 

 

Entre la scène et la radio, le boulimique de travail qu'est Coluche a le temps de démarrer une carrière au cinéma, des figurations de 1971 à 1976 puis son premier rôle avec L'aile ou la cuisse. En 1977, il s'entoure de ses amis du show-business pour Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, dont il est l'acteur, scénariste et réalisateur. Il enchaîne ensuite les comédies de plus ou moins mauvais goût et plus ou moins populaire avec Inspecteur la Bavure, Signé Furax, Deux heures mois le quart avant Jesus-Christ, Banzaï, Le bon roi Dagobert ou La vengeance du serpent à plumes. Mais Coluche laisse aussi son empreinte en prenant le public comme la critique à contre-pied avec sa performance tragique et impressionnante de Tchao Pantin, devenue un cas d'école et récompensée du César du meilleur acteur en 1984.

 

 

 

En octobre 1980, il annonce sa participation à l'élection présidentielle de 1981. Ce qui n'était au départ qu'une blague s'emballe vite et les sondages le crédite même au plus haut de 16% d'intentions de votes. Seulement, la fumisterie est très mal vue par les politiques qui, en plus de menaces directes ou indirectes, le font disparaître des émissions de télévisions. Coluche commence alors une grève de la faim pour acquérir le droit de participer à de vraies émissions politiques et pousser les hommes politiques dans leur retranchement mais sa demande n'est pas écoutée. Suite à l'assassinat de son régisseur, René Gorlin, Coluche se retire des élections en avril 1981. Cette année est aussi dure pour l'humoriste car, suite à son divorce en décembre, il sombre dans la dépression, l'alcool et la drogue.

 

 

Avec cette (més)aventure électorale, Coluche se révèle être un véritable agitateur d'idées. Et si avec ses spectacles, il a toujours tiré dans les pattes des racistes, des militaires, des fonctionnaires et autres français moyens, il veut maintenant offrir plus aux causes qu'il défend. Il anime en juin 1985 avec Guy Bedos un concert de SOS Racisme, puis organise en septembre son mariage bidon avec Thierry Le Luron afin de parodier les mariages médiatisés et de poser la question du mariage homosexuel. Toujours dans la foulée, il lance l'idée des Restos du cœur, qui se concrétise en décembre et que Coluche va défendre jusque devant le Parlement européen. Toujours d'actualité, l'association est plus que jamais active.

 

 

 

Alors que Coluche s'est installé sur la Côte d'Azur, à Opio, pour roder son nouveau spectacle en 1986, il percute un camion sur une route sinueuse de Grasse et se tue. Homme public et agitateur sans égal, la mort de Coluche sera pour toujours pour certains nimbée d'un halo de mystères et de thèses d'assassinat. Son enterrement a lieu au cimetière de Montrouge à Paris le 24 juin 1986 en présence de personnalités et amis.

 

Si en terme d'années, l'exposition publique de Coluche est assez minime, l'humoriste est devenu très vite un sujet très populaire puis une affaire d'état avant de laisser à jamais sa patte dans les milieux défavorisés. Boulimique de travail, jouisseur et excessif, cet homme parti de rien et sans autre bagage que son bon sens légendaire a su avec talent mettre la France et les Français devant ses pires travers, pour que cela puisse changer. Et lui qui disait que son empreinte disparaîtrait (« d'années en années, il y a de moins en moins de cons qui ont connu Napoléon ») est plus que jamais d'actualité et dans le cœur de tous, et bientôt au cinéma avec le film d'Antoine de Caunes, Coluche , l'histoire d'un mec, sur son essai tragicomique en politique. Ceux qui voudraient tout changer en la matière auront de quoi en prendre de la graine.

 


 

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